7 avril 2015

Irrésistible Lavaux

De Cully à Rivaz, une promenade permet d’arpenter, sans difficulté, cette région vaudoise viticole inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Idéale au printemps.

Lavaux, chemin entre les vignes
Les paysages de Lavaux ont été façonnés autant par la nature que par l’homme.
Temps de lecture 5 minutes

«Lavaux, ce n’est pas juste beau. C’est une histoire. Une passion. Des gens.» Le ton est donné. Matthew Richards, notre guide mandaté par l’association Lavaux Patrimoine mondial , tient à cette précision. Et il a raison. Il serait ainsi tentant de résumer cette région à son esthétique hors norme. Il faut reconnaître que le paysage a de quoi séduire: les vignobles en terrasses plongent dans le Léman et se livrent à un face-à-face majestueux avec les montagnes. Mais il serait réducteur de ne pas prêter attention à l’histoire et à la nature particulière du lieu. Œuvre de l’être humain et de la nature, il est inscrit à l’Unesco depuis 2007.

Le guide Matthew Richards.

Pour cela, rien de compliqué. Il suffit d’enfiler des chaussures confortables et d’ouvrir les yeux. La promenade du jour nous emmène de Cully à Rivaz et débute sous un soleil à peine voilé par quelques brumes. Après avoir acheté un pique-nique dans une charmante épicerie du village, nous nous dirigeons au bord du lac, sur la place d’Armes. A côté de l’obélisque dédié au major Davel , un platane attise la curiosité. C’est qu’il n’est pas tout jeune ce grand arbre. Planté en 1798, il rappelle que le canton de Vaud s’est libéré de la tutelle bernoise il y a deux cent dix-sept ans.

Nous continuons notre chemin au bord du lac, direction Vevey. Après avoir longé le camping, la partie «physique» de la balade commence. Afin d’accéder au village pittoresque d’Epesses, il faut effectivement monter un petit chemin escarpé. Ici les poussettes sont déconseillées (si tel est le cas, commencez la balade directement au village d’Epesses). Ce sentier pentu n’en est pas moins de toute beauté. Il longe le Rio d’Enfer, un ruisseau ténébreux (comment ne pas faire le jeu de mots?) qui donne un charme bruyant et rafraîchissant à l’ascension.

Une architecture particulière

Une fontaine située en haut du chemin nous permet d’étancher notre soif. Nous la contournons ensuite par la gauche afin d’accéder à Epesses: un petit trésor au cœur des vignes. Il règne une atmosphère paisible dans ces ruelles étroites. Matthew Richards propose de s’y arrêter. «Dans le centre, plusieurs indices nous font revivre une période où les habitants n’étaient pas que des vignerons. Regardez ces ouvertures horizontales: elles servent à ventiler les pièces où l’on fait du fromage. Les portes de granges étaient quant à elles utilisées pour le bétail. Aujourd’hui, il s’agit souvent des entrées des caveaux des vignerons.»

Une maison villageoise typique de Lavaux avec sur le toit l’accès au «dôme», une sorte de grange.

Les maisons villageoises de Lavaux ont une autre caractéristique typique. «Jetez un coup d’œil en haut des constructions. On y voit des ouvertures. Il s’agit d’un accès à une sorte de grange sous le toit appelée dôme. Cela a été pensé pour garder le maximum de terrains pour les vignes.»

Et c’est justement dans celles-ci que nous continuons la balade. En sortant du village, une place offre une vue exceptionnelle. Le lac s’étire de tout son long dans des scintillements hypnotisants. Le vignoble aux 10 000 terrasses «tombe» dans cette étendue d’eau. Un vrai paysage de carte postale. Nous longeons ensuite la route sur une cinquantaine de mètres. Puis tournons à droite pour rejoindre un large chemin viticole.

Les trois soleils et les moines

Ce tronçon nous emmène à Rivaz. Il est plat et facile. Idéal au printemps quand la chaleur n’est pas encore écrasante. Aussi, notre guide nous explique qu’à Lavaux il y a trois soleils. Vraiment? «Il y a le soleil dans le ciel. Celui reflété sur l’eau. Puis, lorsque la nuit tombe et qu’il commence à faire frais, la chaleur du jour est restituée par les murs: il s’agit là du troisième.» Ouf. L’explication est plausible. Ce n’est donc pas l’abus de chasselas – principal cépage de la région - qui lui a fait voir triple!

Sans tituber mais en zigzaguant à flanc de colline, nous découvrons deux bâtisses imposantes sur notre droite. Il s’agit du clos des Moines. Puis, quelques mètres plus loin, du clos des Abbayes. Ces maisons appartiennent à la ville de Lausanne depuis, respectivement, les XIXe et XVIe siècles.

A l’origine, des moines cisterciens travaillaient dans ces domaines. Ils venaient pour défricher, rendre la terre cultivable et l’exploiter.»

Nous longeons ensuite la partie la plus pentue du vignoble, le Dézaley. Le paysage est toujours grandiose. Mais comment ce domaine peut-il être aussi raide? «C’est dû à l’érosion, nous explique le guide. Le glacier du Rhône a creusé, en plusieurs glaciations successives, le bassin lémanique. Il culminait à environ 1400 mètres d’altitude.» De la glace et des mammouths sur ces pentes aujourd’hui modelées par la main de l’homme? Il est temps de s’arrêter... Et quelle chance, au bout de la route, une sorte de gros caillou avec une vue à couper le souffle nous permet de casser la croûte sur un banc.

Repus et quelque peu étourdis par le soleil, nous rejoignons la gare de Rivaz. (Il est également possible de poursuivre la balade jusqu’à Chexbres: comptez vingt minutes en plus ou Saint-Saphorin, quarante minutes). Nous passons à côté d’une petite construction blanche afin d’emprunter un chemin bucolique. Il traverse la rivière du Forestay. «Des fossiles de tortues et d’hippopotames ont été retrouvés ici», sourit Matthew Richards.

Ces considérations préhistoriques nous donnent envie d’un verre de vin! Un vœu rapidement exaucé. Ainsi, en sortant de Rivaz et juste avant le premier tilleul à droite, de petits escaliers serpentant dans les vignes nous mènent sur la grande route. Après quelques mètres en direction de Lausanne, le Vinorama permet de finir cette balade en dégustant l’un des crus de la région. Il nous faudra encore une dizaine de minutes pour rejoindre la gare de Rivaz. Six minutes de train plus tard, la boucle est bouclée. Et nous donnons définitivement raison à notre guide: «Lavaux, ce n’est pas juste beau»!

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Texte: Emily Lugon Moulin

Photographe: Mathieu Rod

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