12 décembre 2019

Des Jésus par dizaines

À Estavayer-le-Lac, l’Itinéraire des crèches permet d’admirer plus de soixante scènes de la Nativité disséminées dans la bourgade. Elles sont toutes l’œuvre de bénévoles passionnés, dont Cécile Duffey et Louis Joye.

Cécile Duffey s'est inspirée de la Fête des vignerons pour créer une nouvelle crèche. Joseph est représenté par Kevin Uldry qui a chanté le ranz des vaches à Vevey. A gauche, on reconnaît la petite Julie
Cécile Duffey s'est inspirée de la Fête des vignerons pour créer une nouvelle crèche. Joseph est représenté par Kevin Uldry qui a chanté le ranz des vaches à Vevey. A gauche, on reconnaît la petite Julie.

Avouons-le. Le joli surnom d’Estavayer-le-Lac (FR) – la cité à la rose – n’est pas forcément toujours adéquat. C’est le cas par exemple en hiver. Entre les deux fêtes chrétiennes que sont la Saint-Nicolas et l’Épiphanie, la bourgade mériterait plutôt le titre de Capitale des crèches. En effet, la cité historique accueille durant cette période une soixantaine de scènes de la Nativité. Posées derrière la vitrine du boulanger, sur le rebord de la fenêtre d’un résident, devant un café ou dans des meurtrières des remparts, elles égaient le magnifique centre médiéval et les quartiers avoisinants plus modernes. Pour rester dans l’esprit de Noël, aucune compétition n’a lieu autour de cette manifestation organisée par l’Office du tourisme. Ainsi, il n’est pas remis de prix de la plus belle crèche par exemple. Le jury aurait d’ailleurs la tâche difficile, car toutes diffèrent par leur taille et leurs matériaux. Elles présentent cependant un point commun: elles sont confectionnées avec amour par des bénévoles habitant Estavayer-le-Lac.

C’est le cas de Louis Joye, 85 ans. Depuis 1997, il monte devant chez lui un vrai petit ­village composé de maisons en terre cuite. «Il y a une centaine d’habitations. Elles ont été élaborées par des enfants de l’école secondaire et m’ont été données par leur instituteur.» Tous les ans, le Staviacois réinvente sa crèche en jouant sur les décors et l’éclairage. Et cette année, il a même pris le pari fou d’installer, non loin de là, un second hameau en équilibre sur les bords du grand bassin de la fontaine Saint-Laurent datant de 1533. Construite sous l’escalier menant à la collégiale, celle-ci offre un magnifique écrin pour sa crèche. L’installation n’a toutefois pas été sans effort, puisque l’un des piliers soutenant le plateau étagé sur lequel sont posées les maisons prend appui au fond du bassin.

Cette année, Louis Joye a installé une partie de sa crèche sur la fontaine Saint-Laurent d’Estavayer.

«Heureusement, d’année en année, je peux compter sur l’aide de quatre amis. Le jour du montage, nous en profitons pour manger ensemble une fondue.» Expert ès crèches, Louis Joye aime se soucier des détails et sait ce qui plaira aux milliers de visiteurs qui font chaque année le déplacement. Il a ainsi placé des personnages au fond du bassin, qu’illumine une lampe dès que l’éclairage public s’allume. «Pour les enlever, il faudra vider la fontaine», reconnaît l’arrière-grand-père. Car pas ­question de plonger les bras dans l’eau glacée.

Clin d’œil à la Fête des vignerons

Fidèle parmi les fidèles également, Cécile Duffey imagine sans cesse de nouvelles crèches. «Cette année, je me suis notamment inspirée de la Fête des vignerons. Joseph est représenté par Kevin Uldry qui a chanté le ranz des vaches à Vevey. Les enfants des chœurs qui étaient habillés en papillon sont devenus des anges. Et puis j’ai aussi placé la petite Julie», décrit la professeure de rythmique, non sans une pointe de fierté. Avec sa formation de maîtresse d’école enfantine, «et donc de bricoleuse», Cécile Duffey n’a pas peur de mettre la main à la pâte. «Cette nouvelle crèche m’a demandé trois week-ends.»

Et ici aussi, les détails sont au rendez-vous. Il faut ainsi admirer la robe de Marie, une copie d’une de celles portées cet été par les figurantes lors d’une scène du grand spectacle sur les bords du Léman, ou le «loyi» de Joseph, la petite sacoche des armaillis, représentant ici le Moléson, pour se rendre compte de tout le soin apporté. Ne manquant jamais d’inspiration, Cécile Duffey doit cependant freiner son ­enthousiasme. «La place vient vite à manquer dans la cave.» C’est que les crèches ne sont pas jetées une fois la fête des Rois passée. Au contraire, elles revivent d’année en année après avoir éventuellement subi une petite opération esthétique, histoire de changer ici un vêtement défraîchi, là de renforcer une couture. Pourtant, la Staviacoise n’a jamais connu de vandalisme ou de vol. «Le dérèglement climatique, les tempêtes causent bien plus de dégâts.» Pour tenter d’y remédier, Cécile Duffey teste la résistance au vent et à la pluie des tissus qu’elle utilise dans son jardin. Une vraie perfectionniste.

Tous deux chrétiens, Louis Joye et Cécile Duffey trouvent avant tout la motivation de participer à l’Itinéraire des crèches dans la joie que procurent ces saynètes. «C’est magnifique de voir les enfants courir d’une crèche à l’autre», reconnaît Cécile Duffey. Et Louis Joye de conclure: «Je ferai tout pour que la tradition se maintienne, car les gens qui viennent voir ces crèches, et ils viennent de loin, vivent ensemble un moment de bonheur.»

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