3 août 2017

«Je ne cherche pas à défier l’impossible, juste à réaliser mes rêves»

De ses années de snowboard freeride, Xavier Rosset a conservé le goût de l’adrénaline et le besoin de repousser ses limites. Après 300 jours passés en solitaire sur une île déserte du Pacifique en 2008, il part dès cet été en ULM pendulaire à la découverte de cinq continents et cinquante pays.

Xavier Rosset
Le parcours autour du monde de Xavier Rosset sera révélé au fur et à mesure du voyage au public.
Temps de lecture 6 minutes

Comment est né le projet Fly the World?

A mon retour de l’île de Tofua, en 2009. Pendant cette aventure en solitaire, j’ai pu me découvrir moi-même en même temps que cette superbe parcelle de 64 km2 inhabitée. Alors, en rentrant, je me suis dit: pourquoi ne pas étendre le concept et aller à la rencontre des cultures et paysages du monde entier? L’environnement dans lequel on évolue au quotidien est passablement négatif et anxiogène. Avec cette aventure aérienne interactive, j’ai envie de partir à la découverte de la diversité géologique de notre planète et des gens qui l’habitent pour en montrer une image positive. Et pour ce faire, je publierai des petites vidéos de deux minutes chaque semaine sur les réseaux sociaux.

Et pourquoi l’ULM pendulaire?

Il me fallait un moyen de locomotion avec lequel aller dans des endroits difficiles d’accès par voie terrestre. Il permet des décollages et atterrissages très courts et sur des terrains pas forcément plats. Ça me laisse une belle marge de manœuvre.

Une telle aventure n’a encore jamais été tentée. Sortir des terrains battus et tenter l’impossible, c’est un besoin chez vous?

On me demande souvent si tous ces projets ne sont finalement pas une fuite en avant. Mais pas du tout! J’ai besoin de revenir à Verbier régulièrement, c’est là que sont mes racines et mes proches. Je ne cherche pas à défier l’impossible, juste à réaliser mes rêves. J’ai besoin d’aventure et d’imprévu. Je suis convaincu que c’est en faisant des expériences et en repoussant ses limites qu’on grandit et qu’on apprend à se connaître. J’ai besoin de cette adrénaline, mais je suis loin d’être une tête brûlée. Je reste très prudent, même si le risque zéro n’existe pas.

Serez-vous accompagné?

Je pars seul, car ça me laisse une liberté d’action incroyable et une autonomie totale. Et puis je ne dois faire attention qu’à moi.

Y a-t-il un itinéraire précis pour ces quatre cents jours?

L’objectif n’est pas de faire un tour du monde, mais de visiter cinquante pays sur cinq continents. En théorie, mon temps de vol global est estimé à environ deux cents jours et 80 000 km. Le reste sera consacré aux découvertes, aux rencontres et aux prises de vue par exemple. J’ai déjà une petite idée du parcours, mais je n’ai pas envie d’en dire trop. J’aimerais que les gens se laissent surprendre et qu’ils voyagent avec moi sans savoir où je les emmène.

Votre quotidien sera très différent de celui sur l’île de Tofua. Comment est-ce que ça se passera concrètement?

J’aurai avec moi un sac de couchage, une tente, un réchaud, un peu de nourriture lyophilisée et un litre d’eau. C’est ce qu’il faut pour tenir trois jours en mode aventurier de l’extrême. Pour le reste, je ne sais pas trop, c’est l’aventure! Ça va beaucoup dépendre de la zone dans laquelle je me poserai. S’il n’y a personne, je resterai seul et sinon, j’irai à la rencontre des gens pour passer du temps avec eux et documenter le tout. Si un pêcheur m’accueille par exemple, eh bien je le suivrai aussi bien au moment de la pêche, que de la vente à la criée. Je pars en observateur pour raconter notre monde et l’histoire de ceux qui l’habitent.

Quelle a été votre préparation?

J’ai dû dans un premier temps faire une licence pratique pour l’ULM pendulaire, ce qui implique une partie théorique et une quinzaine d’heures de vol. Je me suis ensuite concentré sur l’itinéraire et ai réfléchi aux endroits que je voulais voir. Il a également fallu que je prenne en compte le contexte politique et social de chaque région, ainsi que les conditions météorologiques. Mais le plus gros challenge a clairement été la recherche de partenaires. J’ai eu besoin de beaucoup de temps et d’énergie pour trouver des entités qui croient en mon projet et soient d’accord de me soutenir, aussi bien financièrement que matériellement.

Après les trois cents jours passés en solitaire sur Tofua en 2008, aller vers les autres cette fois, c’était une nécessité?

Non pas forcément. Quand je suis rentré en 2009, la vie a repris son cours normal et mon séjour sur l’île est devenu une parenthèse. Je ne recherche pas à avoir une overdose de rencontres. Peu mais bien, c’est ma devise. C’est pour ça par exemple que je souhaite éviter les villes au maximum, pour m’aventurer hors des sentiers battus.

On peut aisément imaginer que vous avez dû souffrir de la solitude sur l’île. Comment y avez-vous fait face?

Effectivement, l’aspect mental a été très difficile à gérer. Je me rappelle avoir craqué au sixième jour. J’étais en train de fabriquer un piège à poissons quand je me suis demandé ce que je fichais là. C’est comme si on m’avait débranché. Et puis je me suis dit que c’était ma décision. Personne ne m’avait forcé à y aller, alors il fallait que j’assume et que j’aille jusqu’au bout. Il y a eu une phase d’acceptation qui m’a permis de mettre ma vie en Suisse de côté pour pouvoir me concentrer totalement.

Quel sera selon vous le plus gros challenge de ces quatre cents jours?

C’est un peu dur à dire, car je ne sais pas ce qui m’attend. Quand je suis parti sur Tofua, je n’aurais jamais pensé que la solitude serait le plus difficile.Et pourtant! L’ULM pendulaire est une machine qui attire l’attention. C’est super, car ça facilite le contact, mais cela peut aussi susciter les convoitises. Il y a donc l’aspect humain à gérer, car on ne sait jamais sur qui on va tomber. Et il faudra naturellement que je sois très attentif aux conditions météorologiques.

Vous avez une famille, des amis et une conjointe. Comment gèrent-ils ces absences prolongées?

C’est une source de stress pour eux bien entendu. Contrairement à moi, ils n’ont pas choisi de partir à l’aventure et vivent mes voyages par procuration. Je pensais qu’ils s’habitueraient au bout d’un certain temps, mais ce n’est pas le cas. Ce qui ne les empêche pas de me soutenir et de me laisser la liberté de vivre mes rêves. Si on me retenait, je serais obligé de couper les ponts, car cela serait me plier à la volonté de quelqu’un d’autre. Et ça, ce n’est pas vivre. La seule chose que mes parents me demandent est de rentrer en vie. Ils sont fiers de me voir aller au bout des choses et de réussir dans ma voie en étant heureux.

Envisagez-vous de vous poser un jour?

Jamais. Je suis posé quand je suis en voyage, sinon je ressens un gros manque.

Vous foncez et réalisez vos rêves. Qu’est-ce que vous dites aux gens qui n’osent pas franchir le pas?

Quand on sort du moule, on peut très rapidement être marginalisé, car de nombreuses personnes vivent au travers du regard des autres. Foutez-vous de ça et ne vous justifiez pas. Ceux qui vous veulent du bien vous accepteront tel que vous êtes. Je dis toujours qu’une idée est le début de quelque chose. Certains rêves durent une journée, d’autres toute une vie. Il est essentiel d’en avoir, ça permet de savoir pourquoi on se lève le matin. La pire des choses selon moi est de passer sa vie à la rêver, sans la vivre et d’avoir des regrets à l’heure du bilan. Rien n’arrive sur un plateau, ça ne tient qu’à nous au final. Et si c’est difficile, il faut s’accrocher et ne pas abandonner. Ces petites étapes réussies donnent confiance et boostent pour la suite. Alors foncez!

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