29 mai 2018

La vie en roses de Jean-Luc Pasquier

Horticulteur à Fribourg, Jean-Luc Pasquier a la main verte et la langue d’un poète. Rigoureux et passionné, il sera le nouveau président du groupement des obtenteurs de la Fédération mondiale des sociétés de roses.

Jean-Luc Pasquier
Jean-Luc Pasquier a l’âme si sensible qu’il peut pleurer devant une rose. (Photo: Dom Smaz)

Cet homme est d’une grande douceur. Les mots, les gestes, le regard. Il respire comme un arbre, pense à la façon d’un végétal. C’est un émerveillé, un émotif volontaire, qui s’incline devant la nature, s’émeut des courbes d’une rose, mais ne rechigne pas ­devant l’effort. Jardinier et poète à la fois, mains dans la terre, mots dans les nuages. Voilà, s’il fallait tirer en quelques lignes, le portrait de Jean-Luc Pasquier, maître horticulteur fribourgeois, que le grand public connaît surtout pour ses chroniques botaniques dans La Liberté.

Mais ce passionné des belles plantes, 48 ans, a plus d’une bêche dans sa brouette: gestionnaire des filières brevet-maîtrise pour la Romandie et enseignant à Grangeneuve (FR), coach en jardin, expert en conflits de voisinage, homme de médias et juré international dans les concours floraux, il vient de décrocher en prime le titre de président du Breeders’ Club de la Fédération mondiale des sociétés de roses. «C’est une immense reconnaissance, j’en suis très touché», dit simplement celui qui succède à Gérald Meylan, son ami et mentor genevois, également fondateur dudit club.

Espérer la rose parfaite

Être, appelons-le comme ça, le président des créateurs de roses – «une fonction honorifique, bénévole, sans aucun intérêt commercial» – ça veut dire quoi? D’abord aimer voyager, parce qu’il faut parcourir les serres des obtenteurs. Entrer dans cet univers étrange et fou des créateurs, qui donnent parfois dix ans de leur vie pour faire éclore une nouvelle variété. Un jeu de hasard, à quitte ou double. Sélectionner les plants, à tâtons, espérer la rose parfaite, résistante et parfumée, qui devra être au sommet de sa beauté pour le jour du concours. «Tous les obtenteurs espèrent avoir des enfants beaux et brillants, mais nul ne maîtrise les lois de la génétique. Et puis, même un produit phare nécessite une armada de marketing pour cartonner. On peut avoir une merveille sur tige, mais qui, si elle est mal diffusée ou n’a pas la bonne couleur au bon moment, restera méconnue.» Certains s’y sont piqué les doigts, d’autres sont devenus légendaires, à l’instar de la dynastie Meilland à Lyon ou du cultivateur américain William Radler, qui a gagné le jackpot avec notamment une rose, malicieusement baptisée Knock-Out

Tous les obtenteurs espèrent avoir des enfants beaux et brillants, mais nul ne maîtrise les lois de la génétique

Jean-Luc Pasquier

Jean-Luc Pasquier se frotte les mains. Il adore voir défiler les miss en jupons, les hybrides de thé, polyantha, rosiers sarmenteux… Chaque année, des dizaines de nouvelles variétés sont présentées lors des concours. Qu’il faut observer, humer, dont il faut détailler la floribondité, la résistance aux parasites, la brillance du feuillage. «Il y a des roses qui m’arrachent des larmes. Quand on se retrouve devant des variétés sublimes, c’est une émotion unique, un véritable orgasme oculaire, que l’on n’oublie jamais.»

Mais occuper le poste de président, un mandat de trois ans, veut dire ­aussi être le gardien des valeurs de la rose. S’assurer que les variétés existantes des obtenteurs membres sont respectées. «Les gènes n’appartiennent à personne, le matériel végétal est libre de droits. Mais le travail de croisement est protégé et soumis à royalties.» Autrement dit, n’importe qui peut s’amuser librement à faire de l’hybridation, mais nul ne peut s’approprier les droits d’un rosier déjà ­enregistré.

Un lien entre les hommes

Ainsi Jean-Luc Pasquier devra encore fédérer les obtenteurs, vingt et un en tout, du Japon à l’Espagne en passant par la France et la Belgique, mais très peu en Suisse. «Aucun créateur suisse ne fait encore partie du club…» Il espère aussi faire évoluer les mentalités, casser les clichés qui collent à la reine des fleurs. «J’aimerais stimuler un changement de paradigme, montrer que la rose n’est plus la plante fragile qu’il s’agissait d’entretenir à grand renfort de produits chimiques. La rose parfaite existe déjà, parfumée et résistante, mais il faut la faire connaître auprès du grand public et lui donner accès aux catalogues des pépiniéristes.»

Sûr que Jean-Luc Pasquier est l’homme de la situation. Compétent et enthousiaste. Un émerveillé, un vrai, qui a gardé l’émotion intacte ­depuis le jour où, à 6 ans déjà, il faisait pousser des tagètes dans le sol aride de la Mauritanie. «Parler de roses, c’est quand même plus sexy que de parler de logiciels! La rose crée un lien entre les hommes, que l’on soit comte ou simple jardinier. C’est un milieu de passionnés, du coup, on se fait des amis partout dans le monde.»

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