29 août 2017

La compositrice qui n'aimait pas trop les instruments

Joséphine Maillefer propose à l’église Saint-François de Lausanne un concert de musique expérimentale dans le cadre d’une exposition pour le 500e anniversaire de la Réforme. Entre échelles brûlées, cloches, machine à écrire et livres.

Joséphine Maillefer rend un hommage pour le moins original à Luther!

De bric et de broc

«95 échelles de bois brûlé, 10 voix, cloche grave, métallophones, xylophones, piano, pailles, sampler, orgue de chœur, pièce de 5 francs, machine à écrire, micro piezo, livres, espace et acoustique de l’église Saint-François.» C’est avec cette énumération de bric et de broc que la compositrice Joséphine Maillefer présente le concert «Décibels# Echelles» qu’elle donnera dans l’église susmentionnée. Les échelles, ce sont celles installées par l’artiste Sandrine Pelletier dans le cadre d’une exposition sur les 500 ans de la Réforme. Le chiffre 95 fait référence aux 95 thèses de Luther, et les échelles, selon le pasteur de l’endroit Jean-François Ramelet, soulignent «qu’il n’y a plus besoin de mon­ter les échelons d’une pseudo-perfection pour être sauvé». C’est dans ces circonstances qu’une création musicale de quarante-cinq minutes a été commandée à Joséphine Maillefer. «L’idée était d’utiliser ce lieu et les éléments de l’exposition.»

Sa musique, la jeune femme la qualifie d’éclectique. «Si quelque chose définit mes compositions, c’est leur côté brut, humain, qu’on retrouve dans la voix ou les objets que j’utilise. Ce que je cherche, c’est toucher aux tripes, sans chichis ni fioritures.» Ce qu’elle aime moins en revanche, ce serait «le pathos des violons. Je prends un malin plaisir à détourner les objets et les instruments.» Comme disait l’autre, osez, Joséphine.

Une journée avec Joséphine Maillefer

10h00 A la gare «J’amène en train et à vélo mon fils de 2 ans depuis Grandvaux jusqu’à Renens chez ses grands-parents. Zéphir a l’habi­tude. A sa naissance, quand je suis sortie de l’hôpital de Morges, on est rentrés à la maison à vélo: moi sur le mien et Zéphir sur celui de son papa, dans un petit siège.»

11h00 A vélo vers Lausanne

«On est six enfants et nos parents ne pouvaient pas nous emmener partout. Du coup, on a tous reçu un vélo, c’était ça le cadeau, avec ce message: «Maintenant tu te débrouilles.» On est tous un peu restés accrochés à ça. En famille, c’était sport et musique.»

16h00 Au milieu des échelles «Je gratte un des micros sur une des échelles. J’ai repéré des échelons qui donnent des notes dans les accords que je voulais, et sur lesquels certains chanteurs taperont. C’est expérimental, OK, mais pas censé non plus durer dix minutes. Le but n’est pas de faire fuir les gens.»

Alarme! «La sirène d’alarme manuelle, mêlée aux chœurs, produit immédiatement des émotions sans qu’on comprenne pourquoi. J’avais découvert ça aux Eurockéennes de Belfort. J’en ai commandé une à l’armée américaine sur un site, je l’ai prêtée, on ne me l’a pas rendue, j’en ai recommandé une made in Taïwan.»

17h00 Sola scriptura «La machine à écrire est là pour évoquer un des fondements du protestantisme: il n’y a plus que les Ecritures. Ça donne juste une rythmique accompagnant les chanteurs qui jouent avec des livres, qui vont les fermer et les ouvrir, dans un mouvement à la fois ludique, rythmé et visuel.»

18h00 Dans le clocher «J’enregistre le son de la cloche. Si je la faisais sonner par quelqu’un pendant le concert, cela ne donnerait pas le même résultat, le son reste à l’extérieur. Ça produit un drôle d’effet quand on entend pour la première fois une cloche qui sonne à l’intérieur de l’église.»

20h00 La répétition «Décibels#Echelles raconte l’histoire de Luther, qui a peur de la mort, vit dans un monde où les gens achètent leur place au paradis et finit par dire que la grâce est quelque chose qu’on ne peut pas s’acheter. J’ai ainsi enregistré les bruits d’une machine à compter les billets et des pièces de monnaie qui tombent.»

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