12 janvier 2018

Et la tendresse alors?

Notre monde ultraconnecté souffre de solitude et d’un défaut d’échanges tactiles. D'où l'utilité de La «Journée mondiale des câlins» qui a lieu dimanche 21 janvier.

free hugs
Ce dimanche, chacun est invité à faire des câlins («free hugs») à ses amis, sa famille, voire à des inconnus. (Photo: iStock)

Trottoirs humides, vents glacials, ciel gris. En ce mois de janvier, l’effervescence des fêtes de fin d’année a laissé place à l’hiver, morne et froid. La Saint-Valentin n’est qu’un lointain horizon et la solitude se fait sentir. Pour lutter contre la déprime, la «Journée mondiale des câlins» se tient ce dimanche. À cette occasion, chacun est invité à serrer dans ses bras ses amis, sa famille, voire des inconnus.

L’idée d’une journée consacrée aux câlins a germé en 1986 dans l’esprit d’un révérend américain. Ce religieux voulait encourager les êtres humains à manifester des marques d’affection les uns envers les autres.

En 2004, ces gestes de tendresse, créateurs de liens sociaux, inspirent un Australien. Déprimé, ce dernier propose des «câlins gratuits», brandissant une pancarte avec cette inscription dans un centre commercial de Sydney. Le mouvement «Free Hugs» était né.

En Suisse, plusieurs personnes organisent régulièrement des sessions spontanées. Sur les réseaux sociaux, des communautés assistent aux péripéties de ces étreigneurs de rue.

L’un d’entre eux, suivi par plus de 16 000 internautes, pratique les «free hugs» depuis douze ans. Surnommé le «câlineur fou», Yves-Alain Golaz se tient tous les jeudis devant la gare de Lausanne, une pancarte à la main, prêt à prendre dans ses bras les passants demandeurs. Pour cet animateur radio qui se dit «assez réservé», ce partage «fait du bien» et «permet de rencontrer des personnes qui viennent de milieux très différents», précise-t-il.

Faites-vous des câlins?

«Dans nos sociétés, on est en manque de contacts physiques»

Yves-Alexandre Thalmann, auteur et psychologue, Fribourg.

Des câlins, on devrait idéalement en faire combien par jour?

Je n’ai pas de chiffres à articuler à ce propos. Je dirais simplement davantage que ce qui se pratique aujourd’hui en la matière.

Parce que le câlin est plutôt rare sous nos latitudes…

Dans nos sociétés, on est en manque de contacts physiques. Les échanges tactiles entre inconnus ne sont pas monnaie courante. Les seuls contacts physiques que l’on a, c’est quand on salue quelqu’un en lui faisant la bise ou en lui serrant la main. Autrement, hors du domaine amoureux ou familial, on ne touche pas les gens.

Pourquoi avons-nous tant de peine à prendre quelqu’un dans nos bras?

C’est une question de culture, d’habitude… Comme on ne voit pas les autres le faire, ça ne nous vient pas à l’esprit. Ou alors, ça peut être associé à des connotations sexuelles. C’est vrai qu’avec «Me too» et «Balance ton porc», surtout si on est un homme, il ne faut pas toucher quelqu’un parce que ça peut tout de suite avoir une signification différente de celle souhaitée.

Quels sont les principaux bienfaits de ces gestes tendres?

D’un point de vue biologique ou neurobiologique, le contact physique de l’ordre de la caresse, de la tendresse libère un surplus d’ocytocine, cette hormone dite du bonheur qui est surtout sécrétée durant les rapports sexuels ou pendant l’allaitement. L’ocytocine déstresse. C’est sans doute également pour cela que certaines personnes prônent la «ronronthérapie», cet échange de câlins avec un animal, notamment avec un chat, qui procure cet effet de bien-être.

Il existe aussi la «câlinothérapie», la thérapie par les câlins, qui permettrait de lutter contre le stress et même la dépression...

Lorsqu’on est touché par la dépression, on est moins porté vers les autres, on a tendance à se recroqueviller sur soi. Or, justement, le câlin oblige à être en contact très proche avec quelqu’un d’autre, à sortir de son isolement. À condition bien sûr que le câlin soit sollicité et qu’il soit perçu comme agréable. Sinon, cela engendrera l’effet inverse de celui voulu.

Certains prétendent que les câlins auraient aussi le pouvoir de ralentir le vieillissement. Ne poussent-ils pas le bouchon un peu loin?

Difficile à affirmer en l’absence d’études rigoureuses. En revanche, on sait que les personnes en couple se disent plus heureuses et affichent des taux de bonheur supérieurs aux célibataires. Et comme il y a un rapport avéré entre le bien-être, l’optimisme et l’espérance de vie en bonne santé qui est un peu augmentée, on pourrait effectivement extrapoler...

Aujourd’hui, dans nos sociétés, beaucoup de personnes sont privées de câlins. C’est grave?

C’est en tout cas dommage de se priver de ce moyen antistress, d’autant qu’il ne coûte rien du tout.

À vous entendre, il faudrait remettre le câlin au goût du jour...

C’est quelque chose qui a de l’intérêt, surtout dans une société où le contact devient du télécontact par écrans interposés. J’imagine que beaucoup de gens vont, durant la «Journée mondiale des câlins», s’envoyer des émoticônes tendresse plutôt que de se faire un vrai câlin. Et ça, c’est particulièrement dramatique! Pas mal d’études ont mis en évidence que le bien-être et le bonheur des gens sont corrélés négativement au temps qu’ils passent sur les réseaux sociaux.

En matière d’échanges humains, un petit câlin vaudrait donc mieux qu’un like sur Facebook…

Effectivement. Chaque fois que je suis devant un écran, je ne suis pas en face d’un ami, d’un partenaire ou d’un enfant. Je n’ai donc pas d’interactions ni de contacts physiques.

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