25 août 2016

Terre de légendes

De Prêles à La Neuveville, partez à la rencontre des créatures mythologiques qui peuplent cette région du Jura bernois. Certes, vous n’en croiserez peut-être aucune, mais vous serez à coup sûr charmés par l’ambiance féerique des lieux.

Les historiens se perdent en conjectures sur les origines de la fontaine de Velou.

Allons-nous rencontrer la dame blanche aujourd’hui? Ou croiserons-nous plutôt le chemin d’une vouivre, cette créature mythologique mi-femme mi-serpent peuplant encore, dit-on, les forêts de l’arc jurassien? Une chose est sûre, la randonnée du jour sera placée sous le signe du folklore, des mystères et de l’histoire de la région… C’est du moins ce que nous promet Jean-Pierre Lauener, guide-interprète du patrimoine et auteur d’un ouvrage* proposant dix balades entre Neuchâtel et le lac de Bienne, dont une intitulée «Des légendes et des sorcières».

Point de départ, la station du funiculaire de Prêles (BE) . Avant de partir à l’aventure,

nous ne manquons pas d’admirer la vue plongeante sur l’île Saint-Pierre, asile en son temps de l’écrivain Jean-Jacques Rousseau. Le voyage dans le passé a donc déjà commencé.

Rapidement, nous sortons du village et pénétrons dans le bois du Chânet. C’est ici, écrit Jean-Pierre Lauener, que nous pourrions tomber sur la dame blanche. Jouant parfois un rôle protecteur, elle est surtout connue pour se présenter aux yeux uniquement de ceux qui seraient voués à une mort certaine… Brrr!

Nous avons beau ne pas croire aux fantômes, la forêt baigne en effet dans une atmosphère féerique. La faute peut-être aux rayons voilés du soleil qui diffusent une lumière éparse sur le sol et les feuillages. Quant à ces quelques rochers couverts de mousse, ne constitueraient-ils pas le cadre idéal d’une apparition surnaturelle?

Féerie naturelle

Mais bien vite, c’est la magie d’un tout autre spectacle qui attire notre attention: le ballet incessant d’abeilles et de papillons, jouant et butinant dans une petite clairière parsemée de fleurs champêtres. Au chant des grillons vient se mêler le doux murmure du vent courant sur les hautes herbes. Plutôt qu’une créature maléfique, nous nous attendons plutôt à voir surgir une fée! Quoi qu’il en soit, l’endroit est charmant et nous nous y attarderions volontiers…

Nous arrivons bientôt à la deuxième étape de la balade: la fontaine de Velou, se situant légèrement en retrait du chemin. Pour ne pas la manquer, guettez le panneau représentant un corbeau: son aile vous indiquera la bonne direction.

Voilà belle lurette que ces deux bassins de pierres – envahis par la mousse et sur lesquels sont gravées deux dates: 1764 et 1770 – intriguent les historiens:

à quoi pouvait bien servir ce point d’eau, situé au beau milieu de la forêt? Serait-ce l’unique vestige d’un village d’un autre temps? Ou alors un abreuvoir à bétail? Nul ne le sait vraiment.

Jean-Pierre Lauener, lui, préfère citer le passage d’un roman policier se déroulant dans la région. Dans Le fourmi-lion, de Jacques Hirt, le commissaire Bouvier découvre un cadavre au fond de cette même fontaine. En plongeant notre regard dans l’eau trouble du grand bassin, nous n’avons aucune peine à comprendre pourquoi l’auteur y a puisé son inspiration. D’ailleurs, un remous ne vient-il pas d’agiter la surface? Une fois de plus, un frisson nous parcourt l’échine…

Une étonnante variété de forêts

Poursuivons notre balade. Il s’agit de bien suivre le plan, car l’itinéraire choisi par le guide s’écarte à présent de celui proposé par les traditionnels panneaux jaunes. Mais point d’inquiétude: le chemin reste très visible tout au long de la promenade. Aux longilignes épicéas clairsemés succèdent bientôt des bosquets plus denses, dans lesquels la lumière peine à s’infiltrer. Plus loin, les bois s’éclaircissent à nouveau, et une trouée permet d’apercevoir à nouveau le lac de Bienne en contrebas. Cette étonnante variété de forêt constitue d’ailleurs à elle seule une attraction non négligeable.

Le refuge de la vouivre

Nous approchons de la cascade du Pilouvi. Le temps de traverser une route et de descendre un long escalier de bois, et nous y voilà.

Là encore, nous nous retrouvons immergés dans un décor de conte de fées.

L’eau coule sur des rochers arrondis, auxquels s’agrippent les racines biscornues d’arbres aux allures centenaires. Ce lieu servirait de refuge à la vouivre, une créature connue notamment pour son odeur entêtante. Rien à signaler toutefois du côté des narines… Et c’est peut-être tant mieux, car la vouivre est également réputée pour les colères qu’elle pique lorsqu’on ose la toucher. Eloignons-nous d’ici!

Avant d’entamer la longue pente qui nous mènera à La Neuveville (BE), nous nous arrêtons devant un petit pavillon au charme suranné qui offre une vue plongeante sur la petite ville médiévale et sur le lac. L’occasion, après presque deux heures de marche, de s’octroyer une pause bien méritée, en ce lieu idéal pour un pique-nique.

L’obscurantisme des hommes

Mais il nous reste encore une curiosité à observer sur le chemin escarpé qui court dans ce dernier bout de forêt: le lieu-dit du gibet, où de nombreuses sorcières ont connu une fin tragique au XVIIe siècle. Des panneaux aux inscriptions malheureusement à moitié effacées par les intempéries nous en appren­nent davantage sur le sort qui leur a été réservé. Si nous frissonnons à présent, c’est plutôt devant l’obscurantisme des hommes…

Il est l’heure à présent de redescendre les pieds sur terre pour rejoindre La Neuveville à travers les vignes. Nous laissons derrière nous ce monde de légendes, de féerie, mais des images de créatures fantasmagoriques s’imposent encore à notre esprit.

Texte: © Migros Magazine / Tania Araman