17 août 2018

K-Beauty: un nouvel univers

Le Mibelle Group reprend la société sud-coréenne de cosmétiques Gowoonsesang. Ce qui va permettre à cette filiale de Migros de pénétrer un marché asiatique en plein boom.

Temps de lecture 4 minutes

Le docteur Gun-Young Ahn gravite dans les milieux de la dermatologie depuis qu’il est tout petit, plus précisément depuis un épisode qui
l’a marqué dans sa chair: âgé d’à peine une année, le bambin tombe en effet dans l’eau bouillante et subit de graves brûlures au visage. «Les médecins m’ont sauvé la vie en pratiquant une transplantation de peau. J’en ai cependant gardé des cicatrices qui m’ont traumatisé pendant mon adolescence», se souvient le dermatologue de Séoul. Et de poursuivre: «Je peux donc parfaitement comprendre les personnes qui souffrent de problèmes de peau.» Son expérience douloureuse l’a incité à étudier la médecine et à ouvrir sa clinique dermatologique en 1998.

Séoul est le centre de l’industrie cosmétique coréenne (photo: Lucas Vallecillos/VWPics/Redux/laif).

Comme des patients lui posaient régulièrement des questions sur les produits les mieux adaptés, il a décidé de développer sa propre ligne et de créer la société Gowoonsesang Cosmetics. Ses produits ont bientôt rejoint Hongkong puis la Chine, où ils ont rencontré immédiatement un grand succès. Aujourd’hui, Gowoonsesang exporte ses cosmétiques dans plus de trente pays sous la marque «Dr. G» (site en anglais) et réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 28 millions de francs.

La vague K-Beauty déferle sur l’Asie

Le succès de Gowoonsesang n’est pas un phénomène isolé. Ces dernières années, la Corée du Sud s’est imposée comme un poids lourd sur le marché asiatique des cosmétiques. La tendance K-Beauty (Korean Beauty), de plus en plus en vogue même en Europe, est née de la longue tradition du pays dans le domaine des soins cutanés.

«Pour nous, la beauté est indissociable d’une peau propre et saine», glisse le docteur Ahn. C’est ce qui explique que les produits dermatologiques jouissent en Asie d’un statut supérieur à celui des produits de maquillage, ce qui n’est pas le cas dans les pays occidentaux. «Nous voulons non seulement que la peau ait l’air propre, mais qu’elle le soit vraiment.»

La réussite de la K-Beauty souligne l’importance de la culture coréenne dans l’espace asiatique, où l’industrie cosmétique, la K-pop et les K-films se nourrissent les uns les autres. «De nombreuses femmes asiatiques qui viennent dans nos cliniques veulent ressembler aux actrices coréennes», explique le docteur Ahn.

Le docteur Gun-Young Ahn, fondateur de Gowoonsesang, lors de la signature du rapprochement avec le Mibelle Group (photo: Daniel Winkler)

Sa philosophie d’entreprise s’appuie sur sa longue expérience. Le dermatologue attache beaucoup d’importance à prescrire à chaque patient le traitement approprié. Si cela peut sembler banal, la réalité montre qu’il n’en est rien, chaque type de peau ayant besoin de substances actives totalement différentes. Dans la branche, le modèle Baumann, inventé par la dermatologue éponyme et qui distingue seize types de peau, s’est largement imposé. La combinaison sèche/sensible/pigmentée/lisse a ainsi besoin d’un traitement très différent de celui requis par la configuration grasse/résistante/non pigmentée/mature. Comme la plupart des gens ne connaissent pas leur type de peau, il est indispensable qu’ils se fassent conseiller par un professionnel.

Déterminer son type de peau via son smartphone

Les spécialistes de la branche sont convaincus que les produits dermatologiques personnalisés vont aussi s’imposer en Europe. Le Mibelle Group, (site en allemand et anglais) qui s’intéresse davantage à l’approche scientifique de Gowoonsesang qu’au boom de la K-Beauty, est de cet avis. Afin de compléter les offres proposées en clinique, les deux entreprises collaborent étroitement pour s’efforcer de définir le type de peau via un smartphone et ce, en misant sur l’intelligence artificielle.

Après de longues négociations, Gowoonsesang Cosmetics et le Mibelle Group ont désormais uni leur destin, cette société de la M-Industrie possédant dorénavant la majorité des parts de l’entreprise coréenne (lire ci-dessous. À l’occasion de la signature du contrat qui a eu lieu début août à Zurich, le docteur Ahn a expliqué pourquoi il croyait à la réussite de ce mariage: «Gottlieb Duttweiler (ndlr: le fondateur de Migros) était un homme éminemment honorable qui s’était donné pour but d’œuvrer en faveur de la société. C’est aussi ce que nous voulons faire en contribuant à rendre la peau des gens plus belle et plus saine. Migros et Gowoonsesang partagent la même vision, ce qui constitue pour moi le principal argument plaidant pour un rapprochement.»

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