8 septembre 2017

Kim Jong-un fait trembler la terre et la planète

En faisant exploser une bombe H, le régime de Pyongyang menace de déstabiliser l’ordre mondial. A l’ONU, la communauté internationale est divisée entre prendre de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord et éviter une escalade militaire.

Kim Jong-un
Kim Jong-un semble déterminé à faire de son pays une puissance nucléaire. (Photo: Keystone/AP)

La Corée du Nord a donc procédé au test d’une bombe à hydrogène bien plus puissante que celles lâchées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki. Survenu il y a dix jours, l’événement a provoqué une vive condamnation de la communauté internationale, Chine et Russie comprises. Tout se passe comme si les actuels et anciens alliés de Kim Jong-un s’inquiétaient à leur tour de l’escalade dangereuse du régime de Pyongyang. Comme le rappellent les experts, la Corée du Nord n’a jamais signé les accords de non-prolifération nucléaire. Et les ambitions d’autres pays comme le Brésil, l’Egypte ou la Turquie de posséder la bombe à hydrogène montrent un effritement définitif du monopole des cinq grandes puissances nucléaires mondiales.

La stratégie américaine, chinoise et russe de non-prolifération se trouve plus que jamais sous pression. Depuis la crise iranienne, le tabou de l’utilisation de la bombe à hydrogène comme symbole de puissance s’écroule, comme en 2013 s’est effondré celui de l’usage des armes chimiques en Syrie. Et l’année suivante, ainsi que le rappelle Alexandre Vautravers, la Communauté internationale n’a pas défendu l’Ukraine, pourtant acclamée une décennie durant comme championne du désarmement nucléaire pour avoir rendu aux Russes l’arsenal de l’ex-URSS présent sur son territoire. Autant de très mauvais signes pour la stabilité du monde.

Corée du Nord: Kim Jong-un vous fait-il peur?

«La course à l’armement nucléaire a repris et c’est un signal inquiétant»

Alexandre Vautravers, expert en sécurité et rédacteur en chef de la «Revue militaire suisse».

La Corée qui effectue son sixième test atomique sous forme d’une bombe à hydrogène bien plus puissante que celles qui ont ravagé Hiro­shima et Nagasaki en 1945, y a-t-il de quoi s’inquiéter?

Ces derniers jours, je n’ai pas été sollicité que par la presse. Des économistes et des banquiers m’ont également contacté pour savoir à quoi s’attendre. Et ils ont raison: toute escalade de la tension dans cette région du monde recèle de potentielles conséquences économiques importantes, sans même parler du risque d’escalade militaire.

C’est-à-dire?

Les composants électroniques et les écrans en provenance de Corée du Sud, la main-d’œuvre nord-coréenne qui travaille pour les entreprises chinoises, l’électronique son et image fabriquée au Japon: la fermeture de frontières, les risques sur le commerce maritime ou même un ralentissement des échanges commerciaux ne seraient pas anodins.

De la part de Pyongyang, s’agit-il d’une escalade désordonnée ou tout cela vous semble-t-il très calculé?

Indéniablement très calculé. Le régime nord-coréen démontre un sens certain du timing. Le problème est qu’il ne s’agit pas seulement d’une partie d’échecs – dangereuse – avec les Etats-Unis. Les négociations autour de la Corée concernent en fait tout autant le Japon, l’ancienne puissance coloniale, la Chine ou encore la Russie. Les négociations ont lieu dans le cadre des «six parties».

Pourquoi la Russie?

Pendant longtemps, Pyongyang et Moscou ont été très proches, la Russie étant le grand protecteur de la Corée du Nord, qu’elle a largement aidée militairement en 1945. Mais lorsque l’Union soviétique a éclaté, la Russie a complètement délaissé son ancien allié. Les relations avec le Kremlin en ont été largement péjorées, ce dont a profité la Chine, qui s’est profilée comme un nouveau protecteur.

Ne doit-on pas autant craindre les réactions imprévisibles de la présidence américaine que la fuite en avant de Kim Jong-un?

Il est de bon ton de critiquer l’impulsivité de Donald Trump et d’affirmer qu’il ne connaît rien en matière géo-­stratégique. Je note simplement qu’en quelques mois, alors que la prolifération nucléaire provoque une crise depuis vingt ans, le président américain a obtenu dans ce dossier un élément capital: la modification de la position de la Chine, qui a peu à peu pris ses distances avec la Corée du Nord. Qui est, ne l’oublions pas, un pays pauvre, qui dépend largement de l’Empire du Milieu en matière économique et pour l’approvisionnement en nourriture.

Ce n’est donc pas une provocation de trop qui a provoqué ce revirement chinois?

Pas à mon sens. Contrairement à Bill Clinton ou surtout Barack Obama dont le credo était de rappeler un maximum de soldats américains, Donald Trump a rapidement menacé d’envoyer dans la péninsule coréenne des troupes, mais aussi un bouclier antimissiles. Cela a mis la Chine dans l’embarras, car le régime communiste ne peut pas accepter de troupes américaines près de ses frontières.

Est-ce la fin de la dissuasion nucléaire?

Au contraire, la crise actuelle donne des arguments pour la modernisation des arsenaux stratégiques, des systèmes anti-missiles. La course à l’armement a repris. Cette situation donne un signal très inquiétant pour l’ordre international. L’arme nucléaire est redevenue une arme essentielle dans les relations internationales.

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