16 août 2017

L’âme d’un chef

Tobias Richter est le directeur du Grand Théâtre de Genève et du festival Septembre Musical à Montreux et à Vevey. Une double casquette pour le sexagénaire qui envisage sa retraite annoncée avec philosophie et lucidité.

Tobias Richter
Après avoir dirigé le Grand Théâtre de Genève durant une décennie, Tobias Richter continuera de s‘investir dans divers projets artistiques.
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Une allure d’intellectuel décontracté, un infime accent germanique lorsqu’il parle la langue de Molière, un regard perçant derrière des montures de lunettes à la Truman Capote… Tobias Richter vous reçoit dans son bureau avec affabilité, il vous met à l’aise en gardant tout de même une certaine distance, on sent ainsi immédiatement – et sans que cela soit explicite – que c’est lui le maître des lieux. Et personne d’autre.

Une main de fer dans un gant de velours. Cette expression vient très vite à l’esprit lorsque l’on rencontre le big boss du Grand Théâtre de Genève. Un homme rigoureux, très à cheval sur la discipline, chuchote-t-on dans les coulisses, mais qui peut aussi à l’occasion grimper sur une table pour tenir un discours enflammé. Bref, un leader créatif et charismatique, à la personnalité affirmée et contrastée. Des traits qu’il a sans doute hérité en partie de son père, l’immense chef d’orchestre Karl Richter.

Des talents multiples mis en œuvre

«J’étais très proche de lui, mais je n’ai jamais eu ni l’envie ni la prétention de suivre ses traces. J’avais d’autres talents…»

Talents qu’il a mis d’abord au service de la mise en scène d’opéra, «synthèse idéale entre la musique et le théâtre», puis à celui de la direction d’importantes maisons lyriques (Kassel, Brême, Dusseldorf-Duisbourg et enfin Genève)

Etre le patron, c’est une charge très lourde et parfois douloureuse, parce que c’est toujours de votre faute quand quelque chose ne marche pas.

Le Grand Théâtre, qu’il dirige depuis 2009, emploie plus de 300 personnes provenant d’horizons divers (du choriste au menuisier, en passant par le comptable, la danseuse et le régisseur) et fait appel à des centaines d’intermittents. C’est donc un grand paquebot qui ne se manœuvre pas aisément. «Vous devez posséder à la fois des qualités de manager, de gestionnaire, de juriste et de diplomate pour piloter une telle institution.»

Et être doté d’une nature passionnée, à l’image des romantiques allemands à qui il semble vouer une grande admiration. C’est d’ailleurs la fleur bleue évoquée par ces derniers qui le pousse à se lever le matin.

Cette fleur, c’est le symbole de ce moment magique, de ce moment d’extase indescriptible,

du frisson ressenti parfois pendant un concert ou un spectacle. Pouvoir partager cette émotion avec d’autres est pour moi ce qu’il y a de plus stimulant!»

Une carrière qui prend un nouveau tournant

Pourtant, l’automne dernier, ce sexagénaire a annoncé qu’il quitterait le Grand Théâtre à l’issue de la saison 2018-2019. Soit après dix ans de règne sans partage. Histoire de laisser la place à plus jeune que lui (en l’occurrence au Zurichois Aviel Cahn) et parce qu’il ressent une certaine lassitude.

Cela fait trente ans que je dirige des maisons lyriques, je croyais qu’assumer cette tache deviendrait plus facile avec les années, mais c’est le contraire…

Au fil du temps, votre sens des responsabilités évolue, grandit, c’est assez surprenant.»

Tobias Richter n’est pas nostalgique. Il constate, c’est tout. Et aspire à avancer, à passer «à une autre étape de sa vie», sans toutefois quitter définitivement la scène. «Oui, naturellement, je continuerai à consacrer de l’énergie à d’autres projets artistiques.» C’est plus fort que lui. 

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