12 décembre 2018

L’angoisse des Fêtes

En faisant ressurgir des réactions psychiques datant de la petite enfance, le fait d’offrir et recevoir peut générer une profonde anxiété. La psychologue et psychanalyste genevoise Jacqueline Girard-Frésard donne quelques pistes pour calmer le jeu.

l'angoisse des fêtes
Pour atténuer ses angoisses, il est conseillé de vivre les préparatifs des Fêtes comme un stress stimulant! (Photo: Getty Images)
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Ils sont nombreux, ceux qui s’angoissent déjà depuis des semaines en pensant aux Fêtes. Mais pourquoi tant de tension, en cette période qui devrait n’être que sérénité? «Cela me fait penser à ce qu’implique d’inconscient le fait d’offrir et de recevoir, remarque Jacqueline Girard-Frésard, psychologue-psychothérapeute FSP et psychanalyste SSPsa à Genève. Ce mouvement s’appuie sur des expériences précoces que l’on situe en général autour de 18 mois à 2 ans. C’est à cette période du développement que des tendances au contrôle, au refus, à la négation, voire à l’avarice et même aux obsessions se mettent en place, de même que, ne l’oublions pas, le plaisir de donner. Pendant les fêtes de Noël, au moment où les cadeaux se multiplient, ressurgissent ainsi des mouvements psychiques très anciens qui peuvent créer de l’angoisse.»

Voilà pourquoi certains, par exemple, qui n’aiment pas offrir et fêter Noël, repousseront jusqu’au dernier moment les préparatifs des festivités. «Paradoxalement, ce moment devrait être joyeux, note la spécialiste. Mais certaines personnes, prises de court, se verront devoir soulever une montagne au dernier moment, et stresser voire paniquer devant la tâche vécue comme insoluble: quel cadeau offrir? Quel menu proposer? Quel
sapin décorer?»

Réinventer sa fête chaque année

Afin d’éviter ou atténuer cette angoisse, Jacqueline Girard-Frésard conseille de «penser le stress des Fêtes comme un mouvement positif»: «Le bon stress peut se vivre comme un effet stimulant, la marque d’un investissement affectif pour la réalisation d’un événement festif», explique-t-elle. Une autre astuce? «Imaginer une aventure de la Nativité créative, différente de l’année précédente, et à réinventer chaque année. La préoccupation affective nécessaire à la réussite de la fête de Noël sera ainsi la marque d’une motivation engagée, pour des plaisirs partagés.»

Il s’agit également de se rendre compte que, certes, on désire faire plaisir à ceux que l’on aime, mais on ne peut pas forcément plaire à tout le monde… «Aucune famille n’est parfaite, et certaines personnes confondent plaisir d’offrir et de recevoir avec la valeur du cadeau reçu, remarque la psychologue. Le cadeau est ainsi vécu comme un thermomètre de l’attachement. Il y a aussi les familles recomposées, impliquant une organisation parfois complexe qui donne lieu à une multiplication de fêtes et/ou au sentiment d’exclusion, puisqu’il est impossible d’être partout à la fois.» Il est tout aussi important de rester réaliste, et de ne pas s’accrocher à une image idéalisée des festivités qu’on désire mettre en place, sous peine d’une frustration intense – et de ne pas profiter du tout de ces moments de partage.

Un peu de modestie peut nous amener à accepter que nous ne sommes pas parfaits, mais juste humains, et que nous avons le droit à l’erreur

Jacqueline Girard-Frésard

«Organiser une fête, c’est aussi mettre sur le devant de la scène ses compétences, des qualités inventives, ses goûts et, par conséquent, c’est oser se montrer, s’exposer aux critiques, analyse la spécialiste. Si l’idéal que l’on a de soi est surdimensionné, trop rigide et trop exigeant, le risque est de construire une telle masse de briques de perfection autour du projet de Noël que le mur défensif idéal est infranchissable, irréalisable.» La solution, pour éviter d’être alors inévitablement déçu? «Il faudrait pouvoir tempérer ses propres exigences. Un peu de modestie peut nous amener à accepter que nous ne sommes pas parfaits, mais juste humains, et que nous avons le droit à l’erreur. En plus, il faut raison garder, en fonction de nos possibilités, de nos moyens financiers et de notre réalité interne et externe.»

Jacqueline Girard-Frésard conseille ainsi de ne pas hésiter à demander de l’aide aux autres membres de la famille, de déléguer certaines tâches et de choisir dans la mesure du possible ses contraintes et collaborations. «Partager les tâches, les recettes et les menus favorise la communication et répartit les responsabilités. Cela atténue ainsi radicalement le stress de chacun», souligne-t-elle.

Éviter les questions qui fâchent

Et si, malgré toutes ces réflexions, la tension monte autour de la table le jour J? «Il est préférable de ne pas s’arrêter aux questions qui fâchent, faire la sourde oreille et réclamer plutôt une deuxième part de dessert ou un verre de vin supplémentaire pour faire glisser l’agressivité d’autrui. Il y a d’autres moments à choisir pour régler ses comptes, estime la psychologue. Mais il est important d’anticiper quelques éléments avant la fête: il faut bien réfléchir au plan de table et favoriser les cadeaux pour les enfants, en se limitant à un présent par adulte pour éviter un déballage interminable. Privilégier les emballages recyclables en évitant les tonnes de plastique, soit dit en passant, serait aussi faire cadeau à nos enfants d’une prise de conscience vitale du respect pour notre environnement!»

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