6 juillet 2017

L'Aubier ou l’écologie comme une évidence

Sur les hauteurs de Neuchâtel, ce qui était d’abord une ferme produisant du lait bio il y a presque quarante ans est devenu un concept bio global. Aujourd’hui, cette oasis d’authenticité appelée L’Aubier comprend une boutique, un restaurant, un hôtel et même un quartier d’habitation transgénérationnel.

L’éco-quartier Les Murmures et ses jardins communautaires où plusieurs générations cohabitent.
Temps de lecture 4 minutes

A Montezillon, dominant le lac de Neuchâtel écrasé de soleil, L’Aubier est un lieu différent, profondément ancré dans la conscience écologique depuis son origine en 1979. Et désormais décliné en trois entités à la fois distinctes mais toutes proches géographiquement et formant le tout d’une vision présente dès l’origine: il y a la ferme, d’abord, où tout a commencé. «Par le rachat des trois fondateurs de l’aventure, qui se sont mis à l’agriculture biodynamique», raconte Christoph Cordes, le patron pas comme les autres du pôle touristique qui comprend le Café-­hôtel et la communication. Voilà dix-sept ans qu’avec son épouse et ses trois enfants, ce Suisse alémanique d’origine a rejoint cette initiative. Il n’en est jamais reparti, comme beaucoup ici, tant l’engagement pour une production et des rapports de travail différents l’ont lié pour longtemps.

Quelques années après les débuts de la ferme biodynamique, à quelques pas, l’auberge du village reprend vie, se mue peu à peu en hôtel-restaurant 100% bio, le premier de Suisse. On y mange et on y vend, dans une petite boutique, la production de la ferme toute proche: céréales, six sortes de fromages, yogourts et autres produits laitiers, ainsi que de la viande, le tout produit sur 35 hectares selon les principes énoncés en 1924 par Rudolf Steiner. «Quant au pain, nous le fabriquons tous les jours», sourit Christoph Cordes. Et les plats sont eux aussi 100% bio et faits maison avec des produits de saison naturellement.

A deux minutes à pied de là, un éco-quartier transgénérationnel a vu le jour au début de la décennie: Les Murmures. On y croise les étudiants d’une formation également lancée par L’Aubier, des familles se sentant proches de cet état d’esprit écologique et autres personnes âgées désireuses de vieillir dans un cadre idyllique loin du fracas de la ville.

Une vision d’avenir

Une grande ferme où tout est créé sur place, y compris le fourrage, un restaurant où aboutissent ses produits, un hébergement pour profiter du site exceptionnel, et désormais un lieu de vie partagé par plusieurs générations ainsi qu’une formation pour aider de futurs micro (ou pas) entrepreneurs à se lancer avec une autre vision du commerce: en trois décennies, L’Aubier a largement démontré la pérennité d’une vision qui pouvait paraître – et paraissait à certains – le fruit de divagations idéalistes.

«Pour les cinq membres de la direction, chacun actif dans un secteur, il ne s’agit pas seulement de gagner un salaire, précise Christoph Cordes. Mais d’être là pour réaliser quelque chose auquel nous croyons. Chaque grande décision est prise en commun, à l’unanimité. Et donc partagée par chacun. Si, au début, cette vision était imposée par les fondateurs au personnel, désormais elle est largement partagée par la cinquantaine de personnes travaillant sur le site.»

Une grande liberté

Rarement, même si cela arrive, cette philosophie crée une certaine confusion, lorsque l’on associe par exemple forcément écologie et véganisme. «Evidemment, comme nous produisons de la viande et du fromage dans la ferme, nous montrons plutôt que l’on peut consommer ces produits autrement», explique le patron de L’Aubier. Les meilleurs gardiens de cet état d’esprit sont encore les quelque 1600 partenaires financiers qui ont permis à chaque nouvelle structure de L’Aubier de se créer sans l’apport du moindre fonds propre. «Cela nous procure une grande stabilité financière ainsi qu’une magnifique liberté, puisque nous ne dépendons pas d’une banque seulement intéressée par l’aspect pécuniaire. Evidemment, ce système implique également la responsabilité de rester fidèles à nos engagements.»

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