7 novembre 2018

«L'engagement de Migros se mesure aux actes et non aux paroles»

Quel est de nos jours l’impact de l’engagement social de Migros? Que fait-elle dans le domaine de la promotion de la culture? Et quel rôle la clientèle joue-t-elle dans tout cela? Entretien avec Sarah Kreienbühl, responsable de l’engagement social au sein de la Fédération des coopératives Migros.

Sarah Kreienbühl,
Sarah Kreienbühl est entre autres responsable de l’engagement social au sein de la Fédération des coopératives Migros depuis début 2018 (photo: Sandra Blaser).

Sarah Kreienbühl, avez-vous le temps d’assister à la multitude d’offres culturelles que Migros soutient, par exemple via le Pour-cent culturel?

Bien sûr, je m’organise en conséquence. D’abord parce que je m’intéresse à la culture et à ses multiples facettes et que j’y découvre constamment de nouvelles choses, parfois inattendues, qui sont pour moi source d’inspiration. Et ensuite parce que je veux voir comment est utilisé l’argent de Migros et mesurer l’impact de notre engagement. Évidemment, compte tenu du grand nombre de projets, je ne peux pas être présente partout; je me fais alors représenter par mes collègues compétents en la matière.

Quel a été votre projet préféré?

Je ne me permettrai pas de juger les différents projets et manifestations en fonction de mes goûts personnels. Il y a eu énormément de rencontres et d’événements enrichissants. Mais récemment, j’ai énormément apprécié le concert donné par l’Orchestre philharmonique de Rotterdam dans le cadre des Migros-­Pour-cent-culturel-Classics, avec l’incomparable violoniste Pinchas Zuckerman et le jeune et talentueux chef d’orchestre Lahav Shani. Le spectacle était précédé d’un récital présentant les «Solistes de demain», de jeunes artistes très prometteurs. Le festival de danse Steps a été un autre temps fort de l’année: j’y ai vu de fantastiques représentations assurées par des danseurs hors du commun. La prochaine édition aura lieu en 2020, avec un programme là encore très varié et de nombreuses découvertes.

L’an passé, le groupe Migros a consacré plus de 138 millions de francs à des projets à caractère culturel et social. Parvenez-vous à conserver une vue d’ensemble?

C’est un privilège pour Migros d’avoir pu reverser une telle somme à la société suisse. Nous disposons d’experts et d’équipes remarquables, qui s’investissent avec une grande passion dans les projets et les diverses manifestations. C’est grâce à eux que j’ai une vue d’ensemble de l’engagement de Migros, qui ne cesse de m’impressionner.

Il semble en effet difficile de trouver une initiative que Migros ne soutienne pas…

Chaque client devrait effectivement pouvoir trouver une offre qui lui ressemble. Prenons l’exemple de l’École-club Migros, implantée dans 50 localités suisses: fidèle à son credo, «la formation pour tous», elle permet chaque année à des personnes issues de toutes les catégories sociales d’accéder à la formation continue. Le Pour-cent culturel Migros subventionne également les quatre Parcs de loisirs Pré Vert ou encore le train du Monte Generoso menant au restaurant de Mario Botta, où l’on déguste une cuisine exquise en jouissant d’un splendide panorama. Un autre projet qui, personnellement, me tient à cœur est celui des «Tavolata», qui propose des repas communautaires à des seniors. Mais il est évident que nos moyens ne sont pas illimités. C’est pourquoi

nos priorités sont clairement définies. Nous investissons d’abord dans les trois piliers que sont la formation, les initiatives à caractère social et les projets culturels.

Sarah Kreienbühl

Au centre, nous plaçons constamment l’objectif autour duquel tout s’articule: notre volonté de renforcer la cohésion sociale en Suisse. C’est cet engagement qui, à mes yeux, rend Migros unique en son genre.

De nos jours, presque toutes les entreprises soutiennent une bonne cause.

C’est en effet devenu une mode pour gagner en crédibilité. Cela étant dit, c’est à mon avis une bonne chose dans la mesure où l’engagement social des acteurs économiques favorise la cohésion. Je n’ai aucun mal à imaginer que Migros a servi de modèle à certaines de ces firmes. Notre engagement a été instauré par le fondateur du groupe, Gottlieb Duttweiler. Il existe depuis les années 1960, une époque où l’engagement social était encore peu courant dans la sphère économique. Cet aspect est profondément ancré dans notre identité. Il trouve ses racines dans un principe de responsabilité individuelle sur la durée inscrit dans nos statuts et n’est lié à aucune contrepartie.

Et quelles en sont les implications concrètes?

Contrairement à de nombreuses entreprises, Migros n’investit pas une part de ses gains mais s’engage à reverser de plein gré chaque année à la collectivité un pourcentage de son chiffre d’affaires. Autrement dit, non pas un pourcentage de la somme qui reste comme bénéfice net après déduction des charges, mais de chaque franc perçu par le groupe. En cas de baisse des marges, cet investissement est donc plus coûteux. Mais nous menons cette démarche par conviction, nous la devons à nos clients.

Chaque achat, si modeste soit-il, permet à Migros de soutenir une bonne cause qui profite à la société.

Sarah Kreienbühl

Faut-il comprendre que les clients financent le Pour-cent culturel en payant des prix plus élevés? Le pain et le lait sont-ils plus chers de ce fait?

Cela serait en contradiction totale avec l’esprit de Migros et avec les principes de son fondateur, Gottlieb Duttweiler. Et ce serait une politique commerciale contre-productive. Proposer aux clients le meilleur rapport qualité-prix ainsi qu’un large engagement sociétal, voilà ce qui constitue l’ADN de notre groupe. Les clients en retirent un double bénéfice. Gottlieb Duttweiler a insufflé cet esprit dès les débuts de Migros, et aujourd’hui encore, nous défendons ces valeurs par conviction.

Connaissez-vous bien les quinze thèses de Gottlieb Duttweiler?

Je suis évidemment familière de l’héritage spirituel de Gottlieb Duttweiler, même si je ne le connais pas au mot près. Cependant, concernant l’engagement dans la société, j’aime à le citer: «L’intérêt général sera placé plus haut que l’intérêt des coopératives Migros. […] En regard d’une puissance matérielle croissante, nous devons toujours pouvoir offrir de plus grandes prestations culturelles et sociales.»

Comment ce principe se traduit-il à l’heure actuelle?

Pour moi, cette thèse est un fondement principal de Migros et elle est plus actuelle que jamais. Elle signifie qu’un succès durable n’est possible qu’en veillant à un équilibre entre intérêt économique et responsabilité sociale. La croissance et le succès sont directement liés à l’obligation que Migros s’est elle-même fixée envers la société.

L’engagement social dépend de la croissance et inversement. Les deux aspects sont interdépendants.

Sarah Kreienbühl

Quel est l’impact pour les clients?

Il est double: d’abord, les clients savent que Migros reverse à une bonne cause une part de l’argent qu’ils ont dépensé dans les entreprises du groupe, sans que les prix s’en ressentent, comme on l’a dit. Ensuite, ils bénéficient d’offres intéressantes, comme les cours de l’École-club Migros, nos structures de loisirs ou encore des places de concert à tarif réduit. Gottlieb Duttweiler et son épouse Adele ont ancré ces idées dans les statuts de Migros dès 1957 en en faisant l’une des raisons d’être de leur entreprise: je trouve cela extraordinairement visionnaire.

Vous dites que, à Migros, on peut faire ses achats la conscience tranquille. Toutes vos démarches ne sont-elles pas simplement une forme astucieuse de publicité?

C’est ce qu’une analyse superficielle peut laisser penser. Mais c’est inexact. Nous mesurons l’impact du Pour-cent culturel, du Fonds de soutien Migros et du fonds de soutien Engagement Migros non à des paroles, mais à des actes. Le Pour-cent culturel a permis au groupe de verser à lui seul plus de 4,6 milliards de francs à la sphère culturelle au cours des soixante dernières années. Ces fonds n’ont pas été alloués à la publicité, mais ont produit des résultats visibles et concrets, comme des places de concert à prix réduit, des projets de développement à visée sociale ou écologique ou le subventionnement d’une offre de formation accessible à tous.

Ce sont des valeurs ajoutées bien réelles, non des paroles creuses.

Sarah Kreienbühl

Alors que nos campagnes publicitaires s’adressent à un large public en Suisse, nous communiquons avec plus de retenue sur notre fort engagement social: nous soutenons beaucoup de belles causes, mais comparativement, nous parlons assez peu de l’ampleur de notre action. Le seul fait que le Pour-cent culturel soit ancré dans les statuts de Migros depuis 1957 montre bien qu’il s’agit d’un véritable engagement.

De nombreuses personnes connaissent le Pour-cent culturel. Mais quel est le but du fonds de soutien Engagement Migros?

Il a été créé en 2012 sur la base d’un engagement volontaire des entreprises du groupe Migros, comme Denner, la Banque Migros, Migrol ou Migrolino. Il se concentre sur des projets pionniers dans une société en mutation, car nous sommes conscients que les évolutions comme la numérisation ou la mobilité ont d’importantes répercussions sur la vie quotidienne et transforment la société. L’an passé, le fonds a encouragé 55 projets différents avec près de 15 millions de francs.

Qu’entendez-vous par «des projets pionniers dans une société en mutation»?

Par exemple la Startup Academy, qui offre à de jeunes entrepreneurs innovants deux ans de coaching et de conseils d’experts. Ou l’organisation Food Bridge, une plateforme en ligne permettant de distribuer plus efficacement des produits alimentaires aux personnes dans le besoin. Ces initiatives présentent selon nous un intérêt concret pour la société.

Quels sont les critères de Migros pour choisir les projets qui méritent une aide?

Pour le Pour-cent culturel, la demande de financement s’effectue via un simple formulaire sur internet. Nous appliquons des directives très claires selon la thématique et la nature du projet – du théâtre pour enfants ou ados à la musique en passant par les films. Pour le fonds de soutien Engagement Migros, nos experts recherchent des projets adaptés. En un mot, l’élément décisif est la plus-value apportée à la société, soit à la population.

Comment Migros s’assure-t-elle que les projets soutenus sont effectivement utiles à la collectivité?

C’est une question importante. C’est justement dans cette idée que, pour chaque initiative, nous vérifions régulièrement qu’elle atteigne son but et qu’elle remplisse ses objectifs. En ce qui concerne les start-up, les jeunes entreprises pionnières, nous appliquons le principe de l’aide à l’autonomie. Après la phase de lancement, quand l’entreprise parvient à progresser de façon autonome, nous cessons de lui verser des subventions. À l’inverse, des moyens sont disponibles pour des projets qui démarrent.

À l’avenir, Migros aura-t-elle toujours les moyens de financer un Pour-cent culturel?

Je ne me pose pas la question ainsi. Sans son engagement social, Migros ne serait plus Migros. J’imagine que les priorités se déplaceront un peu. Le contexte économique et les besoins culturels évoluent.

Il me paraît important d’investir les moyens disponibles là où l’influence de Migros sur la cohésion de la population suisse sera la plus importante.

Sarah Kreienbühl

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