30 octobre 2017

La délinquance touche aussi les filles

Dans le canton de Zurich, le nombre d’adolescentes délinquantes aurait doublé en vingt ans. Outre le vol à l’étalage, elles se livreraient surtout à l’intimidation et aux injures sur les réseaux sociaux.

Une femme, dans un magasin, cachant un vêtement dans son sac à main.
Les filles seraient davantage coupables de violences verbales ou psychologiques que de violences physiques. (Photo: Shutterstock)

Les adolescentes suisses seraient-elles en train de gagner du terrain en termes de criminalité? C’est en tout cas ce que montre une récente évaluation du Tribunal cantonal des mineurs de Zurich, rapportée récemment par la SonntagsZeitung. La proportion des jeunes filles délinquantes dans le canton aurait doublé en vingt ans. Leur principal chef d’accusation? Le vol à l’étalage. Un petit coup d’œil sur les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) suffit à s’en convaincre: dans ce domaine, les adolescentes sont largement représentées.

En revanche, l’OFS ne fait pas état de la même augmentation fulgurante du nombre de prévenues mineures qu’à Zurich et affiche plutôt une certaine stabilité en la matière. Une disparité qui s’expliquerait en partie par une manière différente de comptabiliser les cas d’un canton à l’autre (lire ci-après).

De manière générale, la délinquance juvénile serait plutôt en baisse dans notre pays: selon la dernière Statistique policière de la criminalité (SPC), le nombre de prévenus âgés de moins de 18 ans aurait baissé de moitié depuis 2009. Et pourtant, une image de violence colle encore et toujours à la peau des jeunes.

Dans une étude menée en 2015, le professeur André Kuhn, fondateur du Centre romand de recherche en criminologie à Neuchâtel, pointait du doigt la stigmatisation dont sont victimes les adolescents. Et montrait, par une citation, que même chez les anciens Egyptiens, les jeunes étaient mal perçus par leurs aînés...

Armelle Weil, doctorante à la Haute Ecole de travail social à Genève, écrit une thèse sur le genre dans la délinquance juvénile.

Armelle Weil: «La plupart des infractions commises par des adolescents sont de moindre importance»

Observe-t-on réellement une augmentation de la criminalité chez les jeunes filles?

D’après certaines statistiques, oui. Cela montre surtout que la police et la justice sont mieux outillées qu’avant pour repérer les délinquants juvéniles, quels qu’ils soient. Par ailleurs, de nouveaux délits ont fait leur apparition ces dernières années, davantage investis par les filles que les garçons, comme les intimidations, les insultes, les injures véhiculées sur les réseaux sociaux. Les chiffres relevés à Zurich font aussi état de vols à l’étalage, comme de rouges à lèvres ou d’autres produits cosmétiques.

Mis à part à Zurich, la plupart des statistiques montrent pourtant une certaine stabilité. Comment expliquer cette disparité?

Vous savez, les statistiques sont toujours à prendre avec des pincettes. En Suisse, les cantons comptabilisent souvent différemment le nombre de prévenus et de condamnations, en fonction parfois de lois cantonales ou même communales. En outre, on a tendance à sortir les filles du système pénal plus rapidement que les garçons: les statistiques n’étant que le reflet d’un moment donné, tout dépend de l’étape de la chaîne pénale à laquelle on les recueille. Enfin, les chiffres ne concernent que les cas connus de la police et des tribunaux: le nombre de cas réel est probablement plus important.

Peut-on alors parler d’explosion de la délinquance juvénile féminine?

Non! Il s’agit simplement d’une population à laquelle nous prêtons davantage attention aujourd’hui. Comme la société a souvent eu tendance à les considérer comme des victimes,

le fait que les filles commettent des délits, qu’elles fassent preuve de violence, même verbale, nous choque plus que si c’était des garçons.

La rue reste le territoire privilégié de ces derniers et les délits de type dégâts à la propriété, plus visibles, leur sont plus souvent imputés.

Existe-t-il donc une différence entre les délits perpétrés par les filles et les garçons?

Oui, tant au niveau quantitatif que qualitatif: les adolescentes se rendent moins coupables de violence physique et, passant plus de temps dans la sphère privée, agissent plus facilement sur internet ou à l’école. Elles sortent rarement de la petite délinquance. Si elles intègrent parfois une bande, ce qui était inconcevable il y a quelques années, elles occupent plus souvent un rôle accessoire, comme celui de revendeuse dans un petit trafic de quartier.

En général, les mineurs suisses ne sont que peu impliqués dans la grande criminalité, n’est-ce pas?

Tout à fait. La plupart des infractions commises par des adolescents sont de moindre importance et les délits graves, comme les meurtres, sont extrêmement rares, même si on recense quelques cas. Par ailleurs, la délinquance juvénile est en constante baisse dans notre pays. Ce qui s’explique peut-être par une prise en charge plus stricte qu’avant. Des procédures sont par exemple encouragées dans les écoles pour repérer les «éléments perturbateurs». Et la délinquance étant souvent reliée à la précarité, on s’efforce d’adopter des politiques pour améliorer l’accompagnement social. Quant à la prise en charge des délinquants juvéniles, elle ne passe plus nécessairement par la pénalisation, mais aussi par un accompagnement éducatif.

Comment expliquer alors qu’on continue à stigmatiser les jeunes, à les accuser des tous les maux?

Une hypothèse serait qu’avec l’apparition des nouvelles technologies, la violence est davantage visible aujourd’hui qu’avant, par le biais notamment de vidéos de viols ou de passages à tabac.

Ces comportements ne sont pas nouveaux, mais de nos jours, ils deviennent un spectacle qu’on partage, donnant ainsi l’impression que les jeunes sont plus violents.

A votre avis

La délinquance des filles vous étonne-t-elle?

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