13 décembre 2018

La deuxième vie des jouets

Si le Père Noël avait une adresse à Lausanne, ce serait celle de Solidarité Jouets. Cette caverne d’Ali Baba remet à neuf chaque année des milliers de joujoux qu’elle distribue gratuitement aux enfants défavorisés.

Solidarité Jouets
Thierry Baud effectue un premier tri avec les super-héros avant de les ranger dans le carton réservé aux figurines. (Photos: Yannic Bartolozzi)
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Une Barbie que l’on relooke et recoiffe, un nounours que l’on sort de la machine à laver ou encore un jeu de société que l’on restaure, de l’emballage carton aux petits pions… C’est le travail quotidien que mène l’espace Solidarité Jouets à Lausanne. Véritable caverne d’Ali baba, ce lieu de 900 mètres carrés à l’allure de dédale industriel renferme des trésors par milliers: poupées, Lego, châteaux de princesse et autres figurines de super-héros s’amoncellent du sol au plafond. Ils ont tous ou presque la particularité d’avoir déjà été utilisés, puisque ces objets proviennent de dons de particuliers. L’espace Solidarité jouets – subventionné par la Confédération et le Canton et géré par le Service du travail de la Ville de Lausanne – a notamment pour mission de les remettre à neuf afin de les redistribuer gratuitement. «Ces jouets sont destinés aux services sociaux, aux enfants issus de familles défavorisées ou encore aux associations, détaille le responsable, Thierry Baud. Et en cette période de fin d’année nous sommes très occupés puisque nous devons préparer les commandes passées par toutes ces institutions. Depuis le début du mois de novembre, nous leur avons déjà remis près de 6000 articles. Et d’ici au 20 décembre, nous devrions en avoir donné environ 9000.»

Dans l’espace central, les collaborateurs mettent les touches finales aux jouets.

Réinsertion professionnelle

Un travail de Sisyphe auquel se prêtent, dans une ambiance de calme et de concentration, la vingtaine de collaborateurs présents depuis
7 h 45 ce matin. Certains s’attellent à la tâche fastidieuse du tri des jeux de société et puzzles pendant que d’autres nettoient ou assemblent voitures télécommandées et bateaux de pirates. «Les personnes qui travaillent ici sont bénéficiaires du programme d’emploi temporaire, souligne José, responsable du suivi de l’activité. Notre mission principale chez Solidarité Jouets est avant tout d’offrir des mesures de réinsertion professionnelle. Et notre chance, c’est que le monde du jouet est très intéressant pour atteindre nos objectifs puisqu’on peut travailler sur différents aspects comme les compétences sociales et techniques. Par exemple, avec le tri des Lego, on peut développer la persévérance ou encore la concentration.» Une façon ludique de permettre à certains de remettre le pied à l’étrier. «Parmi la centaine de personnes qui passent ici chaque année, il y en a plusieurs qui cherchent à rejoindre le monde du travail suite à des problématiques de santé par exemple, et/ou qui ont un certain âge. Les jouets sont donc l’occasion de voir si la transposition des acquis est possible et s’il existe une capacité d’apprentissage ou des ressources suffisantes pour entreprendre une forme de reconversion.»

Retrouver et assembler toutes les petites pièces d’un jouet demande patience et minutie.

Labyrinthe de trésors

du programme, s’affaire dans la pièce centrale composée de grandes baies vitrées et d’une vingtaine de bureaux débordant de jouets. C'est là que se trouvent d’ailleurs la plupart des personnes, occupées à finaliser et emballer les objets. «Je travaille ici depuis bientôt six mois, lance-t-elle, j’arrive donc malheureusement au terme de ma mission. Avant, je travaillais depuis trente ans dans une fabrique de tubes qui a fermé pour se délocaliser en Italie. Depuis, je suis au chômage et j’aime venir ici pour l’ambiance, les gens, mais aussi parce que nos efforts servent à faire plaisir à des enfants. Aujourd’hui, je trie les pièces et j’aide les autres à les trouver pour recomposer un jeu par exemple.» Il faut dire que partir en quête d’un minuscule objet dans un tel espace peut vite s’apparenter à retrouver une aiguille dans une botte de foin. Mais qu’on ne s’y trompe pas, malgré l’abondance d’objets, point de désordre.

Les Barbies ont droit à un traitement de luxe: shampoing, coiffage, nouveaux habits et nouveaux accessoires.

«Dans cette pièce qui regroupe les jouets pré-triés, on a par exemple des cartons où sont rangés toutes les figurines, détaille Thierry Baud. Dans d’autres, on a regroupé les balles ou les déguisements. Là, par exemple, on a environ 3 mètres cubes de cartons dans lesquels sont réservées les Barbies. D’ailleurs, puisque nous en avons beaucoup, nous commencerons bientôt ce qu’on appelle un «chantier» qui durera quelques mois. Le but? Donner une deuxième vie à ces Barbies, vérifier que les corps ne sont pas mordillés, auquel cas on ne récupère parfois que la tête qu’on greffe sur un autre corps.» Mais ce n’est pas tout. Pour que Barbie soit aussi jolie que lorsqu’elle se trouve sur une étagère de grand magasin, d’autres étapes l’attendent. «Nous la lavons à la main, les cheveux sont shampouinés et parfois tressés, puis nous lui trouvons de nouveaux habits et accessoires avant de l’emballer soigneusement dans un sachet en plastique.»


Le résultat final est bluffant. Il suffit de faire un tour dans les stocks de Barbies restaurées pour constater la qualité du travail réalisé. Tenues et coiffure impeccable, la voilà prête pour de nouvelles aventures, accompagnée parfois d’une belle voiture décapotable et d’une panoplie d'accessoires. Il en va de même pour les jeux de société: à l’intérieur, les pions qui ont été préalablement désinfectés sont conditionnés dans des sachets en plastique et le mode d’emploi a été réimprimé et plié comme à l’origine. Le carton d’emballage, s’il avait été abîmé, a été soigneusement et discrètement recollé avant d’être emballé à son tour d’un film plastique. Entre la version neuve et celle retapée, la différence est infime. Voilà de quoi réjouir les quelque 10 000 enfants par année qui reçoivent ces articles. Et d’ailleurs chacun peut-il faire sa liste au Père Noël?

José, responsable du suivi de l’activité, utilise l’univers du jouet pour développer les compétences des bénéficiaires du programme d’emploi temporaire.

Une formule à succès

«Dans le passé, nous recevions des listes avec les souhaits des enfants, raconte Pierre, chargé de la gestion des stocks et de la distribution. Je me souviens qu’une fois une fille de 6 ou 7 ans nous avait écrit quelque chose d’assez drôle. Elle aimait la musique classique et les machines de chantier. Nous avions alors dû trouver des jouets bien différents qui correspondaient à cela. Mais maintenant, nous n’offrons plus de cadeau selon les vœux de chaque enfant, car nous avons trop de demandes. Nous réalisons plutôt des lots de trois articles par enfant selon son âge et son genre.» Il faut dire que les nouvelles demandes de jouets ne cessent d’affluer, notamment en provenance des centres sociaux régionaux. «Pour ces institutions, on couvre les demandes de toute la région de Lausanne et on va jusqu’à Fribourg ou Nyon. Chaque année, nous réussissons à honorer toutes les commandes.» Un succès que l’on doit aux multiples donations.

«Des collectes dans les communes de Pully ou Blonay s’organisent en ce moment. Les entreprises sont aussi de plus en plus nombreuses à en faire autant à Noël. Quant aux particuliers, ils sont tous les jours une dizaine de personnes à venir déposer ici des sacs remplis de jouets.» Celui du Père Noël n’est donc pas près de désemplir.

Une fois désinfectés, nettoyés et restaurés, les jouets sont conditionnés dans des sachets en plastique.

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