11 octobre 2019

La fabrique du corps

Crossfit, Bodycombat… Ces dernières années, l’offre d’activités sportives axées sur la performance a explosé. Youtubeurs, studios spécialisés et centres de fitness rivalisent d’inventivité pour attirer un public désormais moins fidèle et plus exigeant.  

Pièce noire éclairée par des néons multicolores, style industriel et musique à fond. Non, nous ne sommes pas dans une boîte de nuit branchée, mais dans une salle de sport. Ces dernières années, les lieux qui proposent des entraînement toujours plus inventifs et innovants ne cessent de fleurir un peu partout en Suisse. Bodycombat, Spinning, Crossfit, Grit, Hiit… Des anglicismes parfois obscurs qui dési­gnent tantôt des cours de vélo d’intérieur en rythme avec la musique, tantôt des combinaisons d’exercices très intensifs mêlant ­cardio et musculation. Tous ont un objectif clair: brûler des colories et se sculpter un corps de rêve. Et ça marche! En Suisse, une personne sur huit possède un abonnement de fitness, l’un des lieux privilégiés où se ­développe l’offre de ces cours collectifs.

La rançon du succès

«Aujourd’hui, on ne pourrait pas imaginer de supprimer ces activités dans notre centre, confirme Cédric Pascal Dubouilh, directeur d’Activ Fitness aux Charmilles, à Genève. Les cours sont très fréquentés, au point qu’il nous arrive souvent de refuser des gens faute de place.» Un succès qui n’est pas sans conséquence sur les structures plus classiques comme les clubs. «Les fitness et autres prestataires privés sont une concurrence pour les associations traditionnelles qui peinent parfois à attirer ou conserver leurs membres», signale Vincent Bruegger, responsable de l’unité Sport et activité phyique chez Pro Senectute Suisse. Il faut dire que, de manière générale, la clientèle est devenue moins fidèle et plus friande de nouveautés. «Au total, plus de 250 sports ont été recensés en 2014 par l’Office fédéral du sport», note Vincent Bruegger. Jusque dans les années 1970, il n’en existait qu’une quarantaine… La preuve, sans doute, que l’approche sportive a connu un véritable bouleversement. La place centrale qu’a prise le corps dans nos sociétés n’est pas pour rien dans ce phénomène.

«Dans un environnement basé sur l’image et la comparaison, notamment à cause de la publicité et des réseaux sociaux, l’importance de l’apparence est une préoccupation qui apparaît de plus en plus tôt non seulement chez l’ado, mais aussi chez l’enfant», poursuit Chloé Saas, directrice de la Fondation O2 à Delémont, active dans la promotion de la santé. Être en forme, se faire un corps, développer ses muscles sont des désirs qui traversent désormais toutes les jeunes générations. Un attrait à l’image d’un public moins en quête de passion sportive que de résultat physique.

«Bouger, ça fait du bien à la tête et au corps»

Gaëtan Etzensperger, 22 ans, Lausanne

Comptable dans une fiduciaire, Gaëtan Etzensperger enfile trois ou quatre fois par semaine sa tenue de sport. Pour faire du jogging, et surtout pour suivre les entraînements de Crossfit: c’est à la salle d’Entre-Bois qu’il vient brûler ses calories, travailler le cardio et le mental, la mobilité et l’endurance. «Un collègue m’a parlé de ce sport. J’ai assisté au cours d’initiation et j’ai tout de suite croché. Ici, on se motive les uns les autres et le coach nous corrige.»

Les sports, il en a toujours un peu pratiqué, du tennis au golf en passant par le volley et le fitness. Mais aucun ne l’a vraiment passionné très longtemps, même pas le foot. «Pour être honnête, j’étais assez nul», dit-il en souriant. Il trouve dans le Crossfit le juste dosage entre collectivité et individualisme. En deux ans, il a pris un peu de masse musculaire. Mais surtout, il a amélioré son état de santé. «Je suis diabétique et mes résultats ont changé depuis que je pratique ce sport. Bouger, ça fait du bien à la tête et au corps.» Son objectif personnel, écrit à la craie sur le mur: un mètre de marche sur les mains, «mais j’en suis encore loin!»

Les exercices à la maison et les applis de sport? Pas trop son truc. «Moi, il faut qu’on me dise ce que je dois faire, qu’on m’accompagne, sinon je laisse tomber.» Il avoue avoir acheté des protéines pour remplacer les repas pendant un certain temps, mais il préfère ­désormais manger un vrai plat, même en un quart d’heure. «La plupart de mes collègues qui pratiquent le fitness font très attention à éviter les féculents à midi et à augmenter les protéines pour être sec et prendre plus rapidement de la masse musculaire. Mais moi, j’adore manger et j’apprécie mon petit bourrelet…»

«J’aime me fixer des petits challenges»

Sabrina Cheurfi, 30 ans, Lausanne

Depuis deux ans, Sabrina Cheurfi remplace sa pause de midi par un entraînement de Crossfit. Une salle au style très roots, mur de béton et sol anthracite, zéro déco, juste les règles de la box à l’entrée: respect, constance, esprit solidaire pour être «stronger than yesterday, weaker than tomorrow». Deux ou trois fois par semaine, elle vient donc suer là, au centre d’Entre-Bois, entre les haltères, le rameur et autres kettlebells. «J’ai toujours fait du sport, dix ans de natation, du hip-hop, du handball, du fitness. Mais je me lasse vite, et travailler seule sur les machines ne me motivait plus. J’ai besoin que quelqu’un soit derrière moi pour me pousser et m’encourager.»

L’entraînement a donc lieu en groupe, avec un coach qui définit chaque fois le programme. Chaque participant a en prime son target wall, comprendre: un objectif personnel à atteindre pendant l’année. Pour Sabrina: tenir cinq secondes de hanging et ramer pendant neuf minutes en perdant 200 calories. Un objectif qui lui va bien: «Je n’aime pas le côté compétitif de certains sports. Par contre, j’aime me fixer des petits challenges à moi-même», lâche-t-elle en souriant.

Cardio, gymnastique, corde, les exercices s’enchaînent à haute ­intensité pendant une heure. La motivation première? «Maigrir et améliorer ma santé, j’étais essoufflée pour rien, j’avais des problèmes de genou, mal au dos…» En deux ans, celle qui avoue n’avoir jamais été copine avec sa balance dit avoir perdu 10 kilos et une vingtaine de centimètres de tour de taille. «J’ai les épaules plus carrées, je suis plus tonique et plus endurante.» La tentation des protéines pour accélérer les résultats? «J’en ai pris au début, mais ça me coupait l’appétit. Je préfère aujourd’hui manger plus équilibré. En tout cas, je vais continuer ce sport pour améliorer mon physique, ma santé, et pour le plaisir.»

«L’un de mes objectifs est de me muscler»

Mélissa Dos Santos, 16 ans, Genève

«On est une génération assez sportive», constate Mélissa, un sourire infaillible aux lèvres. Et pour cause, dans son entourage, ils sont nombreux à pratiquer comme elle des cours collectifs en salle. «Je me suis inscrite chez Activ Fitness il y a un an et depuis, je m’y rends trois fois par semaine. Maintenant, tous mes amis y sont aussi.» Et ce qui intéresse avant tout l’étudiante qui vient d’entamer sa troisième année de collège, ce sont moins les machines que les cours collectifs qu’elle suit avec assiduité.

«Mes cours préférés sont le Bodycombat et le Bodypump. Le premier me permet vraiment de me défouler et l’autre est plus axé sur la musculation que sur le cardio.» D’ailleurs, Mélissa ne s’en cache pas: «L’un de mes objectifs en allant au fitness est de me muscler.» Mais pourquoi a-t-elle précisément opté pour cette activité? «Je fais de la danse depuis que j’ai 3 ans et j’avais envie d’essayer autre chose. Il y a peut-être aussi un effet de mode qui m’a influencée dans ce sens.» Quand on l’interroge sur l’impact des réseaux sociaux sur l’image du corps parfait, la Genevoise reconnaît qu’ils dictent une norme à laquelle on a tendance à se comparer. Quant aux cours de sport en ligne sur Youtube, l’étudiante dit ne pas s’y intéresser au quotidien. «Par contre, c’est vrai qu’en vacances, quand je ne peux pas aller au fitness, il m’arrive de suivre un cours sur mon ordinateur pour ne pas complètement perdre le rythme.»

Pour Mélissa, c’est clair, son but, au-delà de la forme physique, est de se faire plaisir avant tout. Pas question d’ailleurs d’opter pour une alimentation hyperprotéinée ou de se priver d’un bon repas de temps en temps. «La seule chose à laquelle je fais attention est de ne pas consommer trop de viande, mais les raisons n’ont rien à voir avec le sport.»

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