10 octobre 2011

La fabuleuse année de Mai-Thu Perret

Deux prix, des expos prestigieuses du premier au dernier jour de l’année… 2011 est une année faste pour l’artiste genevoise, qui s’apprête à enchaîner la suivante sous le même – bon – augure.

Mai-Thu Perret
Mai-Thu Perret pose devant une de ses oeuvres exposées au Mamco, Genève.
Temps de lecture 4 minutes

Casque de vélo à la main, Mai-Thu Perret arrive en avance au rendez-vous. La belle Eurasienne – sa mère est Vietnamienne–sort de la séance photo organiséeau Musée d’art contemporain de Genève (Mamco) où étaient exposées quelques-unes de ses oeuvres jusqu’à récemment dans le cadre du Prix culturel Manor 2011. D’autres peuvent encore être admirées au Haus Konstruktiv à Zurich, grâce au Zurich Art Prize 2011 qui lui a été décerné. Ce ne sont que deux des nombreuses vitrines qui ont fait honneur cette année à l’artiste de 35 ans, entre les Etats-Unis (Michigan),la France (Grenoble), l’Italie (Biennale de Venise) et la Suisse (Kunsthaus d’Aarau et Mamco de Genève). Une année hors du commun. «C’est un concours de circonstances, temporise l’intéressée, en rassemblant ses longs cheveux de jais. Beaucoup de choses étaient prévues depuis longtemps.»

Et puis, cela fait une dizaine d’années qu’elle travaille, qu’elle expose, qu’elle s’inscrit dans les mouvementsavant-gardistes du XXe siècle avec des supports aussi divers que la peinture, la sculpture, l’écriture,lacéramique, la vidéo ou la performance. Sa communauté imaginairede femmes de New Ponderosa au Nouveau- Mexique – «Crystal Frontier» – lui sert parfois de base, lorsqu’elle façonne leurs objets du quotidien ou publie leurs chroniques.

«Très souvent, le lieu d’exposition influence l’objet.»
«Très souvent, le lieu d’exposition influence l’objet.»

Produire une oeuvre, Mai-Thu Perret l’a toujours voulu. A l’origine, elle avait envie d’écrire, raison pour laquelle elle a accompli des études d’anglais à Cambridge (GB) avant de se tourner vers les arts plastiques. A New York, elle travaille dans les ateliers de John Tremblay et Steven Parrino, effectue un stage auprès de la styliste Susan Cianciolo et offre ses services àl’Alleged Gallery. Puis revient à Genève, codirige l’Espace d’art contemporain Forde. Et se lance. «J’ai commencé mon travail en imaginant et en mettant enforme l’écrit puis en fabriquant des objets de la communauté du Nouveau- Mexique,explique-t-elle. Dans mon œuvre, l’écriture est fondamentale.» Même si, maintenant, elle en a moins besoin.

La distance comme fil rouge

«J’aime l’idée que mon travail devienne autonome, qu’il puisse vivre sans moi», explique Mai-Thu Perret. Cette distanciation, elle l’évoque à plusieurs reprises. Oui, elle écrit, peint, sculpte d’abord parce que cela lui plaît. Et oui, elle aime bien montrer, parfois. «Très souvent, le lieu d'exposition influence l’objet.»

Dans son attirance pour le monde anglo-saxon, née durant les années rock de son adolescence, Mai-Thu Perret parle également du côté magique de la distance. «La culture américaine est bien moins enracinée, elle offre davantage de liberté.» Quant à la Grande-Bretagne, elle la séduit par son côté île, monde à l’envers.

L’artiste répond de manière posée, fait souvent appel à des écrivains, notamment à Ursula K. Le Guin qui a écrit La Main gauche de la nuit pour parler des genres, un thème qui la fascine. «Pourquoi y en a-t-il deux, ni plus ni moins?» se questionne la Genevoise. Une fille un brin réfléchie, voire philosophe? «Pas toujours, rétorquet- elle avec un sourire malicieux. L’installation des roches cinétiques présentée à Zurich ne l’est pas. J’apprécie le hasard.

» La routine? Très peu pour elle. L’artiste raconte vivre de grandes phases de création où elle travaille sur un projet, d’autres de réflexion. Puis d’expositions qui s’ouvrent immanquablement par des vernissages. Mai-Thu Perret dit plus apprécier ceux des autres que les siens, où «tout le monde vous regarde un peu comme une bête curieuse». Ce n’est pas pour autant qu’elle craigne que ses créations ne soient pas comprises: «Je ne sais même pas si je comprends moi-même, confie l’artiste. Au contraire, le regard des visiteurs sur mes oeuvres m’apporte quelque chose à moi.»

Des envies de faire du cinéma

Evidemment, tous n’apprécient pas son travail. «Si tout le monde aimait, ce serait inquiétant, estime l’artiste. Il y a des gens dont le jugement est important, en particulier celui d’autres artistes.» Et si elle recevait un gros chèque? L’écrivain-plasticienne se lancerait dans la réalisation d’un film, présentant des biographies d’artistes.

Pour l’heure, son atelier est rempli de caisses, les oeuvres voyageant beaucoup ces temps-ci. Sans compter que l’artiste ne crée pas uniquement dans son repaire genevois.Elle travaille avec d’autres ateliers pour les oeuvres monumentales ou se rend à Cologne pour la céramique. Dans son antre, elle exécute maquettes et peintures, essentiellement.

Ses caisses à peine déballées pour la nouvelle exposition à Grenoble, Mai-Thu Perret s’envolera l’année prochaine pou Londres. Durant quatre mois, elle y résidera grâce à la bourse remise par la fondation de la culture zougoise Landis & Gyr. De quoi débuter 2012 en beauté et avec magie.

Infos

  • «I dream of the code of the west» au Haus Konstruktiv à Zurich, à voir jusqu’au 23 octobre 2011. www.hauskonstruktiv.ch
  • «The adding machine» au Magasin, Centre national d’art contemporain, à Grenoble, à voir jusqu’au 8 janvier 2012. www.magasin-cnac.org

Des photos d’oeuvres de Mai-Thu Perret sont visibles sur le site de la Galerie Francesca Pia: www.francescapia.com

Photographe: Yann Mingard