5 septembre 2018

La forêt, antidote végétal à l’accélération du monde

Nouvelle tendance: les bains de forêt se pratiquent de plus en plus. Pour se relaxer, seul ou en groupe, et surtout ralentir.

foret
Lorsque l’on se met à l’écoute dans la forêt, la magie opère et l’on ressent de l’apaisement. (Photo: Laurent de Senarclens)
Temps de lecture 5 minutes

Elle apparaît soudain comme sortie de nulle part. Longiligne, avec son chapeau d’homme rehaussé de plumes d’oiseaux. Le Marchairuz, sur la crête du Jura vaudois, est un peu son coin, son lieu d’adoption, où elle aime venir, revenir, marcher, organiser ses sorties de groupes. «J'apprécie beaucoup les forêts mélangées. Et puis j’aime l’idée d’être sur un col, c‘est un autre espace, comme un passage. La chaîne du Jura est une terre particulière, presque celtique, et on s’y perd facilement», sourit Carine Roth, guide en thérapie par la nature.

C’est donc à cet endroit qu’elle propose des bains de forêt. Une pratique entre la méditation et la pleine conscience au fond des bois, qui s’inscrit pile dans l’air du temps: les arbres ont décidément la cote. «Depuis cinq ans, j’organise des stages en extérieur. Mais les bains de forêt, que je propose une fois par mois depuis février, ont tout de suite eu beaucoup de succès. Les gens viennent par curiosité, par besoin de se reconnecter à la nature, à eux-mêmes et aux autres.» Pendant environ trois heures, et quel que soit l’humeur du ciel, les volontaires se prêtent donc à l’expérience. Qui consiste d’abord à entrer dans l’esprit du lieu, en fermant les yeux. «L’idée, c’est de ralentir, de se remettre en présence par les sens, ainsi que par l’instinct et l’imaginaire, ce qui ouvre beaucoup de portes», explique Carine Roth, en faisant brûler un bouquet de sauge. Un parfum se répand, réveille les narines, s’ajoute à l’humus boisé des conifères.

Pendant environ trois heures, et quelle que soit l’humeur du ciel, les volontaires se prêtent donc à l’expérience.

Quelques minutes suffisent à se rappeler que l’on a un corps et que l’appréhension du monde ne passe pas que par le mental et l’intellect. Les pieds se souviennent du sol, de sa texture moelleuse ou racinaire, tandis que tous les bruits s’amplifient comme si l’on était soudain équipé d’oreilles géantes. Reste ensuite à entrer véritablement dans la forêt, comme si l’on franchissait une porte imaginaire. Chacun à sa façon,
en enjambant un seuil hypothétique, en frappant à un battant invisible, ou en bondissant comme un lutin. C’est selon.

L’attention portée au vivant

La séance se poursuit par une alternance d’invitations et d’échanges de paroles. La guide propose différentes expériences, comme marcher très lentement pour percevoir tout ce qui bouge. L’enjeu n’est soudain plus l’exploit kilométrique, mais l’attention portée au vivant. L’aiguille qui ploie sous la goutte d’eau, la toile qui se tisse à l’ombre d’une feuille, les fourmis qui s’agitent sur l’étroit sentier. Mais aussi le mouvement des branches qui parlent de la courbure des siècles, la temporalité des arbres n’étant pas celle des hommes.

Et si le monde était vivant et que les arbres étaient des êtres plutôt qu’une simple ressource à exploiter?

Carine Roth

«Quand on se remet en présence, à l’écoute, il y a une magie qui se produit, on ressent une réciprocité, que l’on appartient à cette terre et que cette place nous revient de droit», explique Carine Roth. De ce regard porté au détail naît aussi la poésie, qui enchante et qui guérit. Que l’on retourne, seul ou à plusieurs, en forêt et les cabanes de l’enfance ne sont jamais loin. C’est dans cet état d’esprit que l’on accepte plus facilement de choisir son arbre-maison et de se présenter à lui. Parce que l’on retrouve le plaisir du jeu, de la cachette, du scintillement magique des lieux.

Réenchanter le monde

«Quand on est dans la nature, on retrouve très vite la capacité de s’émerveiller. Mais on porte tous aussi une mémoire de quelque chose de blessé. Ce genre d’expérience ravive parfois une tristesse, d’où l’avantage d’être à plusieurs pour en parler», poursuit Carine Roth. Burn out, deuil, micro dépressions qui alourdissent le quotidien, autant de pierres qui peuvent surgir à cette occasion. Mais que la sylve apaise. «Dans une période de tumulte intérieur, le bain de forêt m’a permis, à travers la connexion avec la multitude des êtres peuplant les bois de me reconnecter à ma propre personne», témoigne l’une des participantes. «C’est une manière de vivre un ressourcement pour tous ceux qui subissent le trauma du stress et une disjonction avec la nature», témoigne un autre. Parenthèse légère, souvent joyeuse et apaisante, le bain de forêt se termine toujours par la cérémonie du thé. Une infusion impromptue que la guide concocte avec les végétaux de l’instant, branche de sapin, fraisier ou feuilles d’alchémille.

«Quoi de plus beau qu’une simple tasse posée sur la mousse?» s’interroge la guide. Une façon de rappeler qu’un simple regard peut réenchanter le monde. Et que la forêt, avec ses «gentils géants qui se tiennent debout comme nous» contient peut-être une sagesse que nous avons perdue. «Et si le monde était vivant et que les arbres étaient des êtres plutôt qu’une simple ressource à exploiter? C’est un tout autre paradigme.» Qui donne envie de renouer le dialogue.

Le bain de forêt se termine par la cérémonie du thé. L’infusion est concoctée avec les végétaux de l’instant.

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