28 juin 2018

La fureur de rouler en moto vintage

À quelques tours de roue de la ville, deux jeunes Genevois se font un nom dans la «Kustom Kulture» version helvétique. Chaque année, ils chevauchent leur bécane personnalisée pour se rendre à la rencontre majeure du milieu à Biarritz. 

Antoine Meister (à gauche) et Mathieu Dimier
Antoine Meister (à gauche) et Mathieu Dimier créent des modèles uniques de motos au look vintage. (Photo: Nicolas Righetti)

Banlieue chic de Genève. C’est une usine à rêves cachée au fond d’un garage souterrain situé dans un immeuble moderne du petit village de Corsier. Antoine Meister et Mathieu Dimier, les deux associés de Meister Engineering, se sont rencontrés sur les bancs du cycle d’orientation à quelques kilomètres d’ici. Et vite rapprochés, partageant un plaisir commun à bricoler leurs vélomoteurs et à passer leurs soirées sur le site web de toute une génération, Devil50. À peine 54 ans à eux deux et 4 ans pour leur enseigne, mais déjà une belle notoriété dans le milieu plutôt sélect de la création de motos vintage.

Une légende circule dans le cercle grandissant des amoureux de leurs créations – il en ont déjà une cinquantaine à leur actif. Antoine aurait commencé à démonter des moteurs dans le garage de ses parents. «En fait, c’était dans ma chambre aménagée dans l’ancien garage de la maison. Je devais avoir 14 ans lorsque la pièce s’est mise à ressembler de plus en plus à un atelier. Nos deux papas adorent la moto. À Collonge, le mien roulait sur une vieille Triumph à cadre Rickman, faisait du terrain avec des copains sur des engins pas vraiment adaptés. Il m’emmenait souvent, et j’adorais ça.»

À un moment donné, lancer un petit garage de préparation et transformation s’est imposé comme une évidence

Antoine Meister

Antoine a bien essayé le droit à l’Université, «mais les copains voulaient toujours m’acheter les machines avec lesquelles je venais au cours. À un moment donné, lancer un petit garage de préparation et transformation s’est imposé comme une évidence. Et comme Mathieu vibrait sur la même longueur d’onde, on a tout naturellement démarré l’aventure ensemble.»

Un trajet de 2000 kilomètres

Nous retrouvons les deux jeunes préparateurs à Biarritz. Mi-juin, la tradition est bien établie: ils déposent téléphone portable et outils, enfourchent leur propre machine et descendent en bande rejoindre le festival international Wheels & Waves, La Mecque de la Kustom Kulture et du ride cool. «Nous n’avons rien à y vendre. Ce sont nos vacances, notre bol d’air, notre semaine de roulage annuel sur les petites routes françaises et espagnoles. On se retrouve entre passionnés, on admire des préparations de folie du monde entier et cela nourrit notre inspiration», expliquent-ils attablés sur une terrasse dominant l’océan. «Et puis, accessoirement, parcourir 2000 kilomètres est aussi l’occasion de régler nos motos et de valider, ou pas, certains choix et pièces.»

Cette Kustom Kulture déferle comme une vague de fond sur toute l’Europe depuis plusieurs années. Sur les bords du Léman, elle ne crée encore que des vaguelettes au moment où Meister Engineering ouvre son atelier. Et le marché est encore largement limité à Harley-Davidson. En effet, la modification appartient à l’ADN de la marque américaine depuis une bonne partie de ses cent quinze ans d’histoire.

Nous avons développé un réseau qui nous avertit des motos et pièces à vendre un peu partout

Antoine Meister

Le pari s’avère donc plutôt osé, d’autant que les deux amis sont de parfaits autodidactes. Osé, mais pas inconscient. «Je passais mon temps chez des mécanos pour leur demander des conseils. Petit à petit, ils sont devenus réticents: je devenais de la concurrence», raconte Antoine qui a interprété cette réaction comme un très bon signe. Dès le départ, sans être exclusif, Meister roule essentiellement pour BMW, dont les vieux boxers à refroidissement à air offrent la fiabilité germanique tout en restant agréables à travailler, en vertu d’une grande accessibilité mécanique. Comme la marque bavaroise séduit de nombreux ateliers du même type, «nous avons développé un réseau qui nous avertit des motos et pièces à vendre un peu partout.»

Autre choix payant: homologuer chaque partie transformée. Onéreux, mais indispensable en Suisse. «Notre vision consiste à nous adapter aux goûts et au budget de chacun, tout en conservant le style dépouillé qui a fait notre réputation. Il s’est créé une sorte de communauté informelle parmi nos clients qui viennent de tout le pays.» Beaucoup sont devenus des partenaires pour cette entreprise qui mène «un combat permanent» pour durer. Certains deviennent même des compagnons de route, à l’instar de Jeremy, également présent sur la côte basque. «Je les aide à communiquer sur les réseaux sociaux. En échange, je bosse chez eux sur ma moto et ils me donnent des coups de main.»

Notre vision consiste à nous adapter aux goûts et au budget de chacun, tout en conservant le style dépouillé qui a fait notre réputation

Antoine Meister

Des garçons plutôt BCBG

Détail amusant, avec sa barbe noire bien taillée et ses tatouages, ce grand gaillard a davantage la tête de l’emploi qu’Antoine et Matthieu, deux garçons plutôt BCBG. Parce que ici comme à Genève, tout est d’abord affaire de passion. «Nous aimons les belles machines. Les rêver, les fabriquer, les voir. Et les rouler aussi.»

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