25 mai 2018

Le dictionnaire papier va-t-il bientôt disparaître?

«Le Petit Larousse illustré» et «Le Robert illustré» – millésime 2019 – viennent de sortir de presse. Un anachronisme dans notre société qui a vu naître et fleurir une encyclopédie participative comme Wikipédia.

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Les dictionnaires classiques résistent encore et toujours… même à l’heure d’internet. (Photo: Getty Images)

Les dicos nouveaux sont arrivés! Comme chaque année au printemps. Le 16 mai, c’était la version papier du Robert illustré . Et le 23, celle du Petit Larousse illustré. Tous les deux débordant de mots et enrichis, comme il se doit, de nouvelles références.

Parmi celles-ci, citons dans le désordre alphabétique la grossophobie (haine des personnes en surpoids), la chia (plante herbacée d’origine mexicaine dont raffolent les bobos), la geekette (jeune geek au féminin), le dégagisme (rejet de la classe politique en place), la gougoune (tong en québécois), le rançongiciel (logiciel malveillant d’extorsion) et le… triangle (terme suisse désignant «un appareil en pointe placé à l’avant d’un tracteur ou d’un camion pour déblayer la neige»).

Et au chapitre «noms propres» – celui donc qui n’intéresse guère les amateurs de scrabble, l’entrée dans le dictionnaire du dribbleur brésilien Neymar, de l’actrice botoxée Emmanuelle Béart, du bédéaste angoissé Manu Larcenet, du cinéaste allumé Wes Anderson ou encore de l’entrepreneur électrique Elon Musk .

Comme on le voit, ces ouvrages se renouvellent année après année pour coller le plus possible à l’actualité, pour éviter une obsolescence que l’on pourrait croire programmée à l’heure d’internet.

Mais même s’ils ont perdu un peu de leur superbe et probablement pas mal de plumes avec le développement du web, les dicos classiques résistent encore et toujours. Pour combien de temps encore?

Utilisez-vous encore un dictionnaire papier?

«Le Petit Larousse est l’un des seuls long-sellers de l’édition»

Carine Girac-Marinier, directrice du département Dictionnaires, encyclopédies et périscolaire aux Éditions Larousse

Carine Girac-Marinier, «Le Petit Larousse illustré» 2019 vient de paraître. N’est-ce pas étonnant que les dictionnaires papier existent toujours à l’ère d’internet et de Wikipédia?

Non, ce n’est pas étonnant puisque beaucoup de gens utilisent toujours les dictionnaires papier. Malgré internet, la demande reste très forte et il serait par conséquent aberrant aujourd’hui qu’aucun dictionnaire ne paraisse.

Vos ventes ont quand même chuté ces dernières années…

Pas autant que certains le voudraient peut-être… La vente des dictionnaires généralistes demeure importante, nous en vendons des millions d’exemplaires chaque année. En fait, c’est un marché relativement stable, sans doute aussi parce que nous avons su réagir face à la concurrence d’internet, en dotant Le Petit Larousse d’une carte numérique qui permet d’avoir accès, en plus de l’ouvrage papier, à un dictionnaire en ligne enrichi d’une partie encyclopédique et d’un logiciel de conjugaison.

Vous jouez sur les deux tableaux?

Nous profitons du fait que les nouvelles technologies nous apportent de nouveaux supports. Nous sommes conscients par exemple qu’il est plus facile, selon les situations, de se connecter à un dictionnaire en ligne qu’à l’ouvrage papier qui est un peu trop lourd et épais pour que l’on puisse l’avoir toujours avec soi.

«Le Petit Larousse illustré» est-il encore un best-seller de l’édition comme c’était le cas auparavant?

Oui, Le Petit Larousse est même probablement l’un des seuls «long-sellers» de l’édition.

Avec la Bible!

Tout à fait. À la différence que Le Petit Larousse est millésimé, donc chaque année, il sort une nouvelle édition qui prend le pas sur les autres.

Qui achète encore un dictionnaire à l’ancienne aujourd’hui? Les écoles?

Les écoles, les parents, les passionnés de jeux de langue et de mots croisés ainsi que beaucoup d’autres personnes encore pour qui le dictionnaire papier reste une source surabondante d’informations et une référence aussi.

Qu’est-ce qui fait que les gens s’accrochent à la version papier? La nostalgie?

Il y a effectivement quelque chose de patrimonial dans le dictionnaire: nous en avons tous reçu un étant enfant, c’est un ouvrage qui nous accompagne. Et c’est également le garant d’une certaine précision et rigueur: quand on consulte Le Petit Larousse, on sait que l’information trouvée est exacte, qu’elle a été vérifiée. Ce qui n’est pas toujours le cas sur internet.

Le contenu des encyclopédies en ligne est constamment mis à jour, on peut les consulter partout et tout le temps et, en plus, on trouve davantage d’occurrences sur le net… Que plaider pour la défense du dictionnaire papier?

En premier, que le dictionnaire papier est un excellent outil pour retenir – sans que l’on s’en aperçoive l’orthographe des mots. Ça, c’est un point qui me semble essentiel! C’est pour cela d’ailleurs que les enseignants qui ont des élèves de 7 à 11 ans font toujours des chasses aux mots ou des courses aux mots en classe. Et en second, que Le Petit Larousse – et cet aspect-là me tient particulièrement à cœur – est un beau livre. Du coup, on a envie de le feuilleter, de se promener dans ses pages pour apprendre plein de nouvelles choses. C’est véritablement une ouverture sur le savoir et sur le monde.

Les jeunes lisent de moins en moins les publications papier. N’avez-vous quand même pas le sentiment que les jours du dico de grand-papa sont comptés?

Je suis incapable de prédire l’avenir, mais je pense qu’il en existera toujours dans cinquante ans. De toute façon, qu’importe la forme, nous aurons toujours besoin de dictionnaires, nous ne pouvons tout simplement pas nous en passer!

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