18 octobre 2017

T’en va pas, Maman!

Quitter des yeux ses parents ou, pire, s’en éloigner une bonne partie de la journée: un calvaire pour certains enfants. Il s’agit pourtant d’une étape inévitable, dont la longueur et l’intensité dépendent aussi du tempérament de chaque petit.

la peur de l'abandon
Petit à petit, Bébé va s’habituer à l’absence de ses parents...

Qu’ils aient 9 mois, 3 ans ou même 6 ans (voire plus), certains enfants éprouvent toutes les difficultés du monde à s’éloigner de la présence rassurante de leurs parents. Pleurant à fendre l’âme lorsqu’on les confie à l’éducatrice pourtant adorable de la crèche, retardant au maximum l’heure de s’en remettre aux bras de Morphée, rechignant à commencer une nouvelle activité qui les éloigne une fois de plus de la maison…

Normal? Tout à fait, du moins dans une certaine mesure. «A l’âge de 6-8 mois débute une phase que l’on appelle angoisse de la séparation ou peur de l’abandon, souligne Claudia Jankech, spécialiste FSP en psychologie et psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent à Lausanne. Réalisant qu’il est un individu distinct de sa maman, le bébé redoute, lorsque cette dernière disparaît de son champ de vision, qu’elle ne revienne jamais.» Un phénomène qui explique également pourquoi un petit de cet âge éclate en sanglots lorsqu’on le place dans les bras de gens qu’il ne connaît pas ou peu. «Le psychologue hongrois René Arpad Spitz parlait de la peur de l’étranger: elle s’apparente en réalité à celle de l’abandon.»

Mais au fait, cette angoisse de la séparation ne s’opère-t-elle qu’avec la mère? «Cela peut aussi être le papa! En fait, il s’agit de la personne avec qui le bébé est le plus souvent en contact, celle qui lui prodigue les soins et qui lui donne un sentiment de sécurité, sa principale figure d’attachement.» Rien de plus naturel donc qu’un tout-petit soit si bouleversé quand ce personnage tant aimé s’éloigne un tant soit peu de lui. «En fait, cette angoisse est le témoin d’une relation bien établie entre le parent et l’enfant. Après, chaque bébé manifeste différemment son désarroi, avec plus ou moins d’intensité: tous ne provoquent pas d’esclandre à la crèche!»

Et la spécialiste de préciser que, généralement, les sanglots se tarissent quelques minutes après le départ des parents. «S’ils persistent durant toute la journée, il y a peut-être lieu de s’inquiéter. Mais la plupart du temps, le moment le plus dur, c’est quand les parents tournent les talons. Après, le bébé s’habitue et finit par trouver une personne de référence à la garderie. Mieux vaut donc privilégier une seule séparation dans la journée plutôt que trois, même si elles sont plus courtes, et garantir également une certaine stabilité en ne confiant pas systématiquement son petit à des personnes différentes.» D’autres conseils pour faciliter la transition? «L’idéal serait d’éviter une entrée à la crèche entre l’âge de 6 et 9 mois. Mais les parents n’ont pas forcément le choix. Il est primordial alors de s’assurer qu’il est entre de bonnes mains et de rallonger progressivement le temps qu’il passe à la garderie. On peut également lui confier un objet qui renferme l’odeur de la maman: la dimension olfactive étant très importante sur le plan émotionnel, cela le tranquillisera.»

S’habituer à l’absence

Petit à petit, Bébé s’habituera à l’absence de ses parents et, tout comme il a acquis la permanence de l’objet – se rendant compte que son jouet préféré ne cesse pas d’exister lorsqu’il disparaît de sa vue – il apprendra que son père et sa mère finissent toujours par revenir le chercher. «L’angoisse de la séparation s’atténuera avec le temps et cette phase s’achèvera en général vers l’âge de 2 ans, confirme Claudia Jankech. L’enfant acquerra de plus en plus d’autonomie.»

N’en demeure pas moins que certains connaîtront même plus tard quelques difficultés à sortir des jupes de maman. Et pour beaucoup, le premier jour d’école représentera une épreuve assez éprouvante. «Dans ce cas-là, on parle plutôt de peur de l’inconnu. En plus, ils se retrouvent soudainement dans un milieu où ils ne sont plus le centre de l’attention. Il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont encore très immatures et que des petites régressions sont toujours possibles: il faut les accepter. Tant que ces craintes ne les empêchent pas d’avancer sur le chemin de l’autonomie, il n’est pas nécessaire de se faire du souci. En revanche, lorsque l’enfant grandit et manifeste une détresse intense et de longue durée, il faut s’en préoccuper et consulter un spécialiste.»

A noter que le tempérament du petit entre également en ligne de compte: «Certains sont plus sensibles, plus timides, plus anxieux que d’autres. Par exemple lorsqu’ils commencent un nouveau sport, ils pourront peut-être se demander s’ils seront assez bons et auront tendance à anticiper les éventuels problèmes qu’ils rencontreront, tant et si bien qu’ils rechigneront à se lancer dans cette nouvelle activité.» Sûr que dans ces cas-là, la présence de copains aussi aide! «Avec eux, on s’amuse, on oublie!» Le comportement de la mère ou du père peut également influencer celui des petits: «Un parent anxieux face à la séparation pourrait transmettre l’idée à son enfant qu’il n’est pas prêt à se débrouiller tout seul.»

Benutzer-Kommentare