18 juillet 2018

Le passage délicat de l'enfance à l'adolescence

Câlins le matin, rebelles le soir, les 8-13 ans déroutent parfois leurs parents avec leurs comportements contradictoires. Un mot pour désigner cette période: la préadolescence.

préadolescence
Difficile pour les parents de savoir sur quel pied danser avec les préados...(Illustration: François Maret)
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Junior, 10 ans, refuse de vous donner la main en public, surtout devant les copains. Mais le soir, se blottit volontiers dans vos bras avant d’aller se coucher. «Kiffe grave» les nouvelles baskets de son meilleur pote, mais passe des après-midi entiers à jouer aux Lego. Vous tanne pour obtenir un smartphone dernier cri, mais ne rechigne pas devant une énième diffusion de Cars à la télévision. Bref, vous ne savez plus très bien si vous avez affaire à un enfant ou un ado. Bienvenue en préadolescence!

«Cette période de transition commence généralement aux premiers signes de la puberté, explique le pédopsychiatre français Stéphane Clerget, spécialiste de l’adolescence. Or, de nos jours, elle se déclenche deux ou trois ans plus tôt qu’il y a trente ans.» Soit, en moyenne, vers 9-10 ans chez les filles et 11 ans chez les garçons. Et parfois même avant. «Avec un départ du nid et une entrée dans la vie active toujours plus tardifs, l’adolescence n’a donc jamais duré aussi longtemps. D’où la nécessité, certes un peu artificielle, de créer des sous-catégories.» Ainsi naquit la préadolescence…

Outre les changements physiologiques, cette période est marquée par des modifications au niveau du comportement. «Le social prend de plus en plus d’importance, souligne Anne Fragnière, présidente de l’école des parents du canton de Fribourg et consultante en éducation. À ces âges, les enfants ont envie de passer davantage de temps avec leurs copains. Tout en gardant le besoin de sentir que leur papa et leur maman sont là pour eux.»

Difficile donc pour ces derniers de savoir sur quel pied danser. Sachant très bien qu’ils risquent fort, dans la même journée, de se faire tour à tour envoyer balader et câliner. «Cela génère parfois des malentendus, relève Stéphane Clerget. Les préados adoptant parfois des attitudes et un langage d’adolescent, leurs parents ont tendance à les voir plus âgés qu’ils ne sont, et même à vouloir qu’ils acquièrent davantage d’autonomie, alors que dans leur tête, ils restent des enfants. Et bien souvent, ils calquent leur comportement sur le regard que nous portons sur eux.»

S’ils nous manquent de respect, il s’agit de leur rappeler les règles élémentaires. Mais quand ils ont envie de tendresse, il n’est pas indispensable de leur faire remarquer leurs contradictions

Anne Fragnière

Le conseil d’Anne Fragnière? Faire preuve de souplesse et s’adapter. «Bien entendu, s’ils nous manquent de respect, il s’agit de leur rappeler les règles élémentaires. Mais quand ils ont envie de tendresse, il n’est pas indispensable de leur faire remarquer leurs contradictions. Après tout, il est facile de se mettre à leur place et de comprendre pourquoi ils n’ont pas envie de nous donner la main devant leurs copains. On est tous passés par là!» La Fribourgeoise recommande donc aux parents de tout simplement dire à leur enfant qu’ils apprécient ce moment… et d’en profiter tant que ça dure. «L’important est de maintenir le lien, surtout que, comme toute période de changement, elle peut s’accompagner d’un certain mal-être.»

Face à de nouvelles émotions

D’autant qu’à leur âge, les préados ne parviennent pas toujours à exprimer ce qu’ils ressentent, contrairement aux jeunes de 15-16 ans, davantage dans l’introspection. «Confrontés à de nouvelles émotions, ils les vivent plutôt au jour le jour, souvent avec une grande intensité et n’ont pas le recul nécessaire pour en parler, ni pour les contrôler», précise Stéphane Clerget. Pour le pédopsychiatre français, il est donc primordial de protéger davantage ses enfants en ne les surchargeant pas émotionnellement. «On évite par exemple de leur confier nos propres états d’âme ou de les exposer de trop près à l’actualité internationale, même s’ils nous donnent l’impression de tout pouvoir comprendre. Comme ils n’ont aucune prise sur ce qui se passe dans le monde, cela peut s’avérer frustrant pour eux, même angoissant, et presque dévalorisant.»

Rester vigilant

Autre mot d’ordre: faire preuve de vigilance. «Même si les préados sont avides d’indépendance, il convient de rester encadrant. En ne cédant pas aux sirènes du dernier smartphone et des réseaux sociaux, ou du moins en contrôlant leur utilisation. Même si leurs connaissances technologiques sont bonnes, ils ne sont bien souvent pas assez mûrs pour en comprendre toutes les ramifications. Il serait par exemple dommageable pour leur futur épanouissement sexuel qu’ils soient confrontés trop tôt à la pornographie.» Stéphane Clerget précise également que les 10-12 ans ont parfois un rapport particulier à leur corps. «Ils ne se rendent pas encore vraiment compte qu’ils n’en ont qu’un, que celui-ci n’est pas interchangeable. Ils vivent un peu en dehors de la réalité. Il peut donc leur arriver de prendre des risques, sans vraiment en être conscients. C’est l’âge où certains d’entre eux se prêtent à des jeux dangereux, comme celui du foulard. Une bonne période donc pour aborder avec eux les questions liées à la vie, à la mort, au fonctionnement du corps humain.»

Les parents doivent-ils donc s’attendre à voir systématiquement leur enfant vivre une crise entre 8 et 13 ans, augurant celle de leur adolescence? «Non, répond Anne Fragnière. Cette étape, comme toutes les autres d’ailleurs, n’est pas forcément problématique et chaque enfant la vit différemment.» Même son de cloche chez Stéphane Clerget: «Parfois, ce qui peut s’apparenter à une crise n’est qu’un caprice passager ou est associé à des circonstances extérieures, comme le divorce des parents, ou encore à des troubles anxieux qui n’ont rien à voir avec l’âge. Enfin, il s’agit simplement dans certains cas d’une pré-crise de l’adolescence.»

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