12 octobre 2011

La repartie, tout un art!

Répondre du tac au tac n’est pas donné à tout le monde. Et pourtant, rien n’est perdu. Dégainer la bonne réplique au bon moment, ça s’apprend. Et ça se travaille. Kit de survie en société en cinq leçons.

Illustration François Maret
Illustration François Maret

Marre de rester les bras ballants et le bec dans l’eau après une agression verbale? Combien de fois n’avez-vous essuyé une remarque impertinente, une mauvaise blague, une pique inopinée sans pouvoir répondre, le souffle littéralement coupé par l’affront de votre interlocuteur? Alors que votre adversaire s’en va, le sourire collé aux dents, vous restez sur la touche, muet comme une carpe en manque d’air, incapable de trouver une riposte cinglante. Rien, silence radio, la page blanche entre les deux oreilles. Et vous ruminez votre colère à retardement. D’autant que la bonne réplique qui aurait sonné comme une claque vous vient souvent plus tard. Trop tard.

Mais, bonne nouvelle, vous n’êtes pas obligé d’en rester là. L’esprit de repartie s’acquiert, s’entraîne, se développe. Comme le suggère l’auteur et conférencier allemand Matthias Nöllke, dans son ouvrage L’art de la repartie (Ed. Ixelles, 2011), il existe quelques techniques pour booster son intelligence verbale. Ne pas en abuser non plus: en faisant preuve de trop de repartie, vous pouvez aussi vous faire des ennemis pour la vie…

Leçon numéro 1: garder sa souveraineté

Votre chef s’impatiente, à mauvais escient, de votre prétendu retard? Pas de panique. Il convient justement de ne pas perdre ses nerfs ni le contrôle de soi. Rien de percutant ne sort d’une poignée de neurones affolés. Ni bon mot ni réplique lapidaire. Ne jouez pas non plus les Caliméro de bureau. Mais gardez la tête froide, le dos droit, les mains tranquilles et visibles (pas question de vous triturer les doigts nerveusement). La repartie commence déjà dans la posture. Genre Humphrey Bogart sur le tarmac de Casablanca. Qui oserait lui dire qu’il est en retard? A éviter absolument: écarquiller les yeux, faire la moue, afficher un sourire, lequel n’est qu’un misérable aveu d’impuissance.

De même, pour riposter efficacement, mieux vaut poser sa voix. Pas question de piailler dans les aigus quand on vient de se faire aboyer dessus. Ce serait justement trahir votre perte de contrôle. Respirez lentement et ar-ti-cu-lez.

Leçon numéro 2: préparer des phrases types.

C’est bien connu: nul n’est brillant quand il est attaqué. La biche tenue en joue par le fusil péremptoire d’un chasseur haut-valaisan parviendrait-elle à sortir un bon mot? Non. Alors, préparez à l’avance vos munitions: quelques phrases types. Un arsenal de formules, utiles en cas d’attaque surprise. Comme les soupes en sachets toutes prêtes, les répliques instantanées ne sont pas les meilleures, mais ont le mérite d’être déjà assaisonnées et faciles à servir. Genre: «C’est l’hôpital qui se moque de la charité » ou, face à un interlocuteur exubérant, «Avec ce numéro, vous devriez passer à la télévision» ou encore «Et à part ça, vous n’avez pas d’autres problèmes? » Autant de phrases toutes faites, pas forcément hilarantes, mais pratiques.

Pour une version plus littéraire, on peut aussi s’approvisionner l’esprit en citations célèbres. En appelant Victor Hugo, Woody Allen ou Oscar Wilde à la rescousse. Quelques bonnes cartouches: «J’ai passé une excellente soirée… mais ce n’était pas celle-ci» (Groucho Marx) ou «Pardonnez à vos ennemis, mais n’oubliez jamais leurs noms» (John F. Kennedy).

Leçon numéro 3: contre-attaquer comme Churchill

Pas facile, la contre-attaque relève déjà d’une certaine maîtrise. Mais on peut se faire la main avec la riposte du débutant. Le principe est simple: il s’agit de rebondir sur le reproche de votre interlocuteur et de répondre que vous préférez être cela plutôt qu’autre chose. Exemple: «Vous avez vraiment la grosse tête!», répondez: «Mieux vaut une tête trop remplie qu’une tête vide.» Et si l’on vous traite de «langue de vipère», répliquez: «Je préfère être une langue de vipère qu’une langue de bois.» Avec le temps, vous arriverez peut-être à la hauteur de Churchill, passé maître dans l’à-propos percutant. A Lady Astor qui l’attaquait en public en lançant «Si j’étais mariée avec lui, je lui donnerais du poison», il répliqua: «Et si j’étais marié avec elle, je le prendrais sans hésiter.» Du grand art.

Leçon numéro 4: botter en touche avec humour

L’humour est une excellente façon de montrer à son interlocuteur que l’on ne prend pas la situation au sérieux et donc de se mettre hors d’atteinte. Comment? Par la technique de l’interprète, qui vise à traduire les propos de votre agresseur en les distordant légèrement. Exemple: «Vous êtes un vrai guignol!» répondez: «C’est vrai, je fais rire tout le monde.» Ou «Vous êtes vraiment le dernier des derniers!» consentez: «Oui, le meilleur pour la fin.» Savoir faire rire relève de la liberté du fou. Imparable.

Leçon numéro 5: choisir le silence

Face à un interlocuteur qui sort de ses gonds, hurle et vocifère, il ne sert à rien de faire de l’esprit. Cela ne servirait qu’à alimenter son énervement. Face à la colère, le silence est la meilleure des reparties. Le paquet de nerfs se calmera tout seul faute de carburant, ayant perdu tout pouvoir sur vous. Le bon moment alors pour tenter peut-être une explication.

Illustration: François Maret

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