7 mai 2012

La retraite anticipée? Oui, mais à quel prix?

A partir de quel âge vaut-il la peine de se retirer du marché du travail? Pour ceux qui peuvent se le permettre, les démarches et les écueils sont nombreux. Témoignages.

Le couple Clottu avec ses petits-enfants dans une cabane de jardin
Mario et son épouse Mary-Claude Clottu ont désormais le temps de s’occuper de leurs petits-enfants.

Il ne fait pas bon avoir plus de 55 ans, aujourd’hui, sur le marché du travail. Alors que, paradoxalement, les politiciens parlent d’élévation de l’âge de la retraite à 67 ans, les fins de carrières sont vécues de plus en plus difficilement. Dans un monde professionnel caractérisé par une pression accrue, les seniors sont facilement poussés vers des voies de garage. Tandis que les retraites anticipées forcées sont utilisées par les entreprises pour diminuer les effectifs en faisant un minimum de vagues.

Certains se battent, comme ces chômeurs de plus de 55 ans réunis en association dans le canton du Jura dans le but de créer leur propre entreprise, d’autres jettent l’éponge en prenant une retraite anticipée volontaire. Mais à quel prix? On se rappelle les campagnes de retraite anticipée de grandes entreprises, dans les années 90, à des conditions qui n’ont plus cours: 80% du salaire, des ponts AVS offerts, pour les 58 ans et plus lors de la fusion entre l’UBS et la SBS en 1998, même dès 50 ans à Télécom devenue Swisscom en 1997!

Aujourd’hui, les conditions que proposent les sociétés sont largement plus modestes: certaines encouragent les seniors à se retirer du monde professionnel dès 57 ans, d’autres dès 60 ou 62 ans et à la condition d’un certain nombre d’années de service. Il existe une infinité de cas de figure sur la nature de l’encouragement ou du dédommagement, relève Guy Bovey, concepteur et directeur d’AvantAge, programme de Pro Senectute, spécialisé dans la problématique du travail des 50 ans et plus, qui accompagne 1500 personnes par année en Suisse romande. «Tout le monde ne peut pas se payer une retraite anticipée, lâche-t-il. Uniquement les salaires moyens à supérieurs qui ont cotisé assez d’années à leur caisse de pension.»

Un tiers des travailleurs partent avant l’âge légal

Selon les statistiques, deux personnes sur trois souhaitent sortir du marché du travail avant l’âge légal de 64 ans pour les femmes et 65 pour les hommes. Selon le guide Préparer votre retraite du ma­gazine Tout compte fait, un tiers des Suisses prennent leur retraite un an avant l’âge légal. Il y a ceux qui peuvent se le permettre financièrement et ceux qui ont des très bas revenus, donc qui ont droit aux prestations complémentaires. D’autres se rabattent sur cette option parce qu’ils n’en peuvent plus, constate Guy Bovey. Le saut entre 62 et 65 ans est estimé de 200 à 500 francs par mois.

Pour les personnes au chômage, l’affaire se corse (lire le témoignage de Marianne). S’il est possible d’anticiper la retraite AVS d’une année ou deux, la rente sera réduite, à vie, de 6,8% pour chaque année d’anticipation. «En outre, la personne devra payer ses cotisations d’AVS jusqu’à l’âge légal», relève Guy Bovet.

L’Etat intervient en cas de nécessité

Dans le canton de Vaud, à la place d’anticiper ses rentes AVS et du deuxième pilier, les personnes les plus démunies peuvent bénéficier d’un revenu d’insertion. Ce soutien financier cantonal leur permet de survivre entre 63 et 65 ans. Mais à condition d’avoir mangé toute sa fortune, de ne pas être propriétaire de son logement ni d’être en couple. Depuis cette année, l’Etat de Vaud offre une rente-pont aux personnes arrivées en fin de droits pour les deux dernières années avant l’âge légal de la retraite pour les très bas revenus et sans fortune.

Dans le Jura, un postulat pour une rente-pont AVS pour les travailleurs âgés au chômage a été accepté par le Gouvernement en novembre dernier. D’autres cantons romands mettent en place des programmes pour favoriser l’engagement des plus de 55 ans, comme Fribourg qui a lancé, début 2012, un cofinancement de la cotisation LPP des chômeurs. «C’est le frein le plus connu à l’engagement des seniors», souligne Hugues Sautière, responsable de la section chômage au Service de l’emploi fribourgeois. Ce système est en place depuis plusieurs années à Neuchâtel, qui octroie des mesures d’intégration professionnelle à des personnes en rade à six mois de la retraite.

Les démarches à entreprendre

Anticipé ou non, un départ à la retraite nécessite des démarches administratives qui prennent plusieurs mois. En outre, il vaut la peine de faire le point sur son budget et de se préparer.

Auprès de sa caisse de pension: il existe autant de règlements que de caisses de pension. L’une des premières choses à faire est de demander un état de sa situation et un calcul de la rente à l’âge choisi. C’est en principe gratuit selon le guide de «Tout compte fait».

Pont AVS et supplément temporaire: en prenant la retraite cinq ans avant l’âge légal, on ne touchera que la rente du 2e pilier, car l’AVS ne peut être anticipée de plus de deux ans par rapport à l’âge officiel. En attendant, l’assuré peut demander un pont AVS à sa caisse de pension. Evidemment, la rente du 2e pilier sera diminuée en conséquence. Parfois, ce pont est offert par l’employeur, parfois à rembourser par l’employé. Attention à ne pas le confondre avec un supplément temporaire versé à perte la plupart du temps.

Auprès de l’AVS: demande d’estimation de la rente. Selon le parcours professionnel et familial, la rente AVS, à l’âge légal, peut passer du simple au double. Il est nécessaire de faire une demande d’estimation de sa rente AVS. On trouve le formulaire auprès de son agence AVS communale ou sur www.avs-ai.ch

Demande de versement de la rente: en Suisse, quand on arrive à l’âge légal de la retraite, la rente ne tombe pas automatiquement. Il faut en faire la demande. De préférence plusieurs mois avant via un formulaire disponible auprès d’une caisse AVS ou sur www.avs-ai.ch

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