31 octobre 2018

La souffrance scolaire en ligne de mire

À Peseux (NE), un centre privé et novateur, qui regroupe pédiatre, psys, thérapeutes, enseignantes spécialisées et coachs, prend en charge les élèves présentant des troubles de l’apprentissage. Il soutient aussi leurs parents souvent démunis et au bord de l’épuisement.

Cimess
Le but du Cimess est d’aider les enfants en souffrance scolaire à rebondir. (Photo: Guillaume Perret/lundi13)
Temps de lecture 5 minutes

Cimess. L’acronyme est accrocheur. Il signifie Centre inter et multidisciplinaire pour enfants et adolescents en souffrance scolaire. La porte s’ouvre sur le sourire de Nicole Binggeli, la responsable de l’accueil. Visite éclair des lieux qui abritent cabinets de pédiatre et de psychologues, espace dédié à l’ergothérapie, bureaux que se partagent enseignantes spécialisées, coachs et autres thérapeutes, cafétéria et salle d’attente.

Réunis depuis mars dernier sous le même toit – celui d’un immeuble anonyme posé à la lisière d’une rue passante reliant Peseux à Neuchâtel – tous ces spécialistes œuvrent à un même but: venir en aide aux élèves présentant des troubles de l’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dysphasie, dyspraxie, dyscalculie, déficit de l’attention avec ou sans hyper­activité, ou encore haut potentiel).

Les parents sont inclus dans la démarche thérapeutique. Ici, Crystel Parel (à g.), maman de Théo et coach au Cimess, avec Martine Rouèche, ergothérapeute. (Photo: Guillaume Perret/lundi13)

Parcours du combattant

«À travers nos pratiques respectives, nous avons constaté que la détection et la prise en charge de ces jeunes n’étaient pas coordonnées, qu’il y avait une sorte de mur de Berlin entre le monde médical et le monde pédagogique», explique la Dr Isabelle Brun, présidente de l’association à but non lucratif qui gère ce centre. D’où cette idée novatrice de mettre sur pied un réseau de professionnels pour assurer un suivi global et donc plus efficace des enfants en souffrance scolaire.

«Les parents qui arrivent chez nous sont la plupart du temps épuisés, découragés, raconte cette pédiatre. Leur enfant a déjà été chez le psy, il a fait deux ou trois ans d’orthophonie, il a eu son bilan d’ergo, s’est encore essayé à quelques thérapies alternatives… Notre but, c’est vraiment de mettre fin à ce «toutazimutisme», de fonctionner comme une plaque tournante afin d’aiguiller rapidement les patients vers les bonnes personnes, même si celles-ci travaillent en dehors de notre structure.»

Les enfants comme Théo bénéficient d’une prise en charge globale. (Photo: Guillaume Perret/lundi13)

Nicole Binggeli ajoute que les parents ont besoin d’être écoutés, d’être reconnus dans tout ce qu’ils ont déjà entrepris pour leur enfant, et qu’ils sont souvent perdus. «Ils ont leur estime de parents dans les chaussettes parce qu’ils ont le sentiment d’être dépassés, d’être incompétents, résume Nathalie Poupet, enseignante spécialisée et conseillère scolaire. C’est pourquoi nous les soutenons, les coachons et les incluons dans la démarche thérapeutique.»

L’information, dans ce cadre-là, est essentielle selon nos interlocutrices. «Il faut expliquer aux familles de quel trouble souffre l’enfant et ce que cela implique de manière que tout le monde devienne partie prenante du traitement. Si un enfant ne sait pas pourquoi il va chez la logopédiste et que les parents ignorent ce qu’est une dyslexie, on perd la moitié de
l’efficacité de la thérapie.»

Enfin, les experts du centre proposent des stratégies éducatives aux parents qui se trouvent généralement fort démunis face aux difficultés rencontrées par leur progéniture. «Personne ne s’attend à avoir un enfant en souffrance scolaire, personne n’est préparé à ce genre de situation. Du coup, les gens qui viennent nous consulter ne repartent jamais d’ici sans quelques outils concrets, pratiques», insiste la Dr Brun.

Au Cimess, l’enfant est acteur de son traitement. (Photo: Guillaume Perret/lundi13)

Outiller aussi les enseignants

Il n’y a pas que les géniteurs qui sont désemparés. Bien des instits, eux aussi, se sentent désarmés, peinent à trouver des solutions pour épauler ces gosses «différents». «D’après mon expérience, il y a deux à trois enfants par classe qui présentent un trouble de l’apprentissage, relève Nathalie Poupet. Nous cherchons donc, via des conférences, ateliers et formations, à sensibiliser les enseignants, à les informer pour qu’ils cernent mieux les dysfonctionnements, qu’ils soient en mesure de détecter ces élèves et puissent faciliter leur quotidien.»

Au Cimess, on se dit aujourd’hui préoccupé par les enfants déscolarisés, «un phénomène beaucoup plus important que ce que l’on croit». «D’être en souffrance, d’être en échec, génère une grande anxiété. L’élève a mal au ventre, il vomit, refuse de se rendre en classe et, finalement, n’y va plus… Nous avons envie de créer un groupe de travail pour nous occuper de ces jeunes-là, qui sont en rupture. Oui, ça sera sans doute notre prochain cheval de bataille!»

À chaque trouble de l’apprentissage, sa thérapie. (Photo: Guillaume Perret/lundi13)

Benutzer-Kommentare

Afficher tous les commentaires

Articles liés

François Maret

Mon enfant n'aime pas sa maîtresse

Valérie Vuillet

Identifier le mal-être des petits

disputes enfantines

Se mêler ou pas des disputes enfantines

Noémie

Les mini-icebergs ivres