3 août 2017

La Suisse au service des cétacés

Chaque été depuis vingt ans, la Swiss Cetacean Society organise des expéditions scientifiques en haute mer pour étudier et surveiller le milieu naturel des baleines et des dauphins. Pour le plus grand bonheur des bénévoles qui se lancent dans l’aventure.

Les bénévoles en train de scruter la mer sur le bateau Pat.
De g. à dr.: Virginie Wyss (de dos), Anne Niestlé Chervet et Sandra Martin durant une phase d’observation des cétacés.

«Dauphins!» Ce cri, on l’attendait depuis ce matin. Depuis qu’à 7 h 30, le Pat, notre voilier de douze mètres, a quitté les eaux turquoise de l’île de Porquerolles (F), en direction de la haute mer. Près de deux heures de navigation plus tard, ils sont là: une soixantaine de Stenella coeruleoalba, aussi appelés dauphins bleus et blancs. En un claquement de doigts, tout l’équipage est sur le qui-vive. Sourire aux lèvres, on sort les jumelles, on scrute, on suit du regard.

Un dauphin bleu et blanc («Stenella»).

Une de nos missions: observer et recenser la faune marine pour la Société suisse d’étude et de protection des cétacés, dite Swiss Cetacean Society (SCS). Chaque été depuis vingt ans, elle organise une dizaine d’expéditions scientifiques en mer Méditerranée auxquelles peuvent participer des bénévoles suisses et étrangers.

Le «Pat» à quai, à l’île des Embiez.

Ils sont donc quatre écovolontaires à avoir embarqué hier après-midi pour un séjour d’une semaine: le Neuchâtelois Adrian Kongo, 17 ans, gymnasien et benjamin de l’aventure, la Française Sandra Martin, 42 ans, maître nageur à Tignes, en Savoie, la Vaudoise Virginie Wyss, 31 ans, biologiste de formation, ainsi que son compagnon, l’Allemand Johann Kurtz, 31 ans, ingénieur forestier à Berne. Tous partagent une même passion pour la nature et l’élément aquatique.

Pour ma part, ça a commencé à l’âge de 6 ans, quand j’ai découvert le commandant Cousteau,

s’amuse Virginie. En ce dimanche, tous les yeux sont donc rivés sur la mer et observent avec ravissement le ballet des dauphins. «Ils sont en train de chasser, explique le Français Gilbert Troncy, capitaine du Pat. En groupe, ils suivent un banc de poissons, l’encerclent et le ramènent vers la surface. Ensuite, ils n’ont plus qu’à faire leur marché!»

Des fiches d’observation très détaillées

De son côté, la Vaudoise Laura Galbiati, guide SCS de l’expédition, remplit une fiche d’observation en prenant soin de noter, outre le nom de l’espèce aperçue et le nombre d’individus, les coordonnées GPS, les conditions météorologiques, la vitesse de nage des dauphins, ainsi qu’une foule d’autres informations.

Nous transmettrons ensuite ces données à notre partenaire, l’institut Eco Océan à Montpellier, pour analyse,

relève la jeune femme. Sur le long terme, elles leur permettent d’étudier notamment l’évolution de la présence des cétacés en Méditerranée. C’est ainsi qu’on s’est rendu compte que le nombre de baleines diminuait au fil du temps.»

Les dauphins poursuivent leur chemin et le calme retombe sur le bateau. Enfin, un calme apparent, puisque le vent souffle énergiquement ce matin. La mer, parcourue de moutons, impose un balancement tonique au voilier et rend impossible pour l’instant l’application des autres protocoles scientifiques d’observation et de prélèvement d’échantillons de microplastiques prévus durant l’expédition. En attendant que le souffle de Zéphir s’apaise, on continue à scruter le large tout en s’accrochant solidement aux cordages! Gilbert en profite pour nous narrer l’histoire de l’île de Porquerolles, offerte par l'aventurier belge François Joseph Fournier à son épouse comme cadeau de mariage au début du XXe siècle.

Les observations et les coordonnées GPS sont transcrites sur des fiches.

La mer est plus sereine à présent. Sautant sur l’occasion, Laura nous annonce le début des transects, ou lignes d’observation. Trois bénévoles s’installent à l’avant du voilier, chacun couvrant du regard un angle de 60°. «Ainsi, notre vision s’étend sur 180°, explique la guide SCS. Durant une heure, nous allons recenser toutes les espèces animales rencontrées, qu’il s’agisse de cétacés, d’oiseaux, de tortues ou de poissons, en précisant leur position et la direction suivie. Nous signalerons également la présence de ferries ou de bateaux à proximité des animaux.» La différence avec les fiches d’observation précédemment remplies? «Les premières sont beaucoup plus détaillées.

Durant les transects, nous étudions plutôt la circulation des espèces dans une zone précise et durant un temps limité.

Ces données récoltées seront aussi transmises à Eco Océan pour analyse et pourront servir pour la mise en place de nouvelles mesures de protection. Nous évoluons ici dans le sanctuaire Pelagos, une zone de préservation des mammifères marins italo-franco-monégasque.

Vidéo de l’observation des dauphins:

Cette fois-ci, les dauphins ne se font guère attendre! Quelques Stenellas n’hésitent pas à venir nager à l’avant du voilier. «Ils sont dans une phase de socialisation et jouent volontiers près du bateau, annonce Gilbert. En revanche, lorsque nous apercevons une baleine,

nous observons des règles très strictes pour nous en approcher et nous laissons entre elle et nous une distance d’au moins 300 mètres afin de ne pas la déranger ou la stresser.

Il arrive bien sûr que le cétacé vienne de lui-même plus près.» Les cachalots ou rorquals communs – assez fréquents en Méditerranée – continuent toutefois à se faire discrets aujourd’hui. Le temps que deux transects s’achèvent, nous n’aurons aperçu que quelques oiseaux marins.

Repas trois étoiles à bord

De toute façon, l’heure du repas a sonné. Nous dégustons sur le pont un délicieux taboulé à l’espadon (pêché l’an dernier par Gilbert et conservé en saumure), préparé par les bons soins de la Franco-Suisse Anne Niestlé Chervet, une autre membre de l’équipe SCS, en formation pour devenir guide. L’après-midi se déroule sans heurts... et sans la moindre rencontre animale! Laura nous rassure:

Pour les scientifiques, l’absence de cétacés est une information tout aussi pertinente que leur présence.

La détente et la bonne humeur font partie du programme

Nous mettons finalement le cap sur l’île des Embiez pour y passer la nuit. L’occasion de prendre une bonne douche au port et de se dégourdir les jambes sur la terre ferme. Avant de nous attabler de nouveau sur le pont, autour de crespelle alla fiorentina, concoctées à bord de A à Z, pâtes comprises, s’il vous plaît! C’est que nous comptons dans l’équipage un Italo-Suisse, Maurizio Di Donato, point rebuté par la petite taille de la cuisine du Pat. En plus de sa casquette de réalisateur – il prépare actuellement un webdoc sur les cétacés, raison de sa présence ici – il fait également preuve du talent indéniable de cuisinier. En engloutissant ce souper aux saveurs du Sud, nous dressons le bilan de la journée.

Même si j’avais déjà nagé avec des dauphins durant un voyage au Mexique, j’éprouve toujours le même plaisir, la même excitation en les voyant,

sourit Adrian. Même son de cloche chez Sandra, qui souhaiterait s’engager davantage dans la sauvegarde des cétacés. C’est donc les yeux pleins d’images que nous nous installons dans la cabine et nous endormons, bercés par le clapotis des vagues.

Flamants roses à l’horizon

Le lendemain, 8 heures. Nous émergeons peu à peu de notre sommeil, avec une seule question en tête: verrons-nous une baleine aujourd’hui? Rapidement, nous larguons les amarres et nous nous lançons à nouveau vers le large, tous sens en éveil. Mais ce n’est point dans l’eau qu’on repérera le premier signe de vie de la journée. Là-bas, dans le ciel, des oiseaux évoluent en formation groupée. «Des flamants roses!», s’écrie Johann. Il a beau avoir embarqué avant tout pour suivre sa compagne, Virginie, il n’en a pas moins des yeux de lynx. Les élégants volatiles se dirigent certainement vers les salins d’Hyères.

L’occasion d’examiner les eaux

Au programme ce matin, le déploiement d’un bien curieux matériel: le Manta Trawl. Durant trente minutes, le Pat va tracter en surface un filet flottant – dont la forme n’est pas sans rappeler celle d’une raie manta, d’où son nom – afin de prélever un échantillon des microplastiques présents dans l’eau. «C’est une première pour nous, explique Laura. Nous devons prendre garde à ne pas laisser le filet dans le sillage du bateau, afin de ne pas fausser les résultats.»

Le Manta Trawl sert à récolter des échantillons des microplastiques dispersés dans la mer.
La «récolte» sera analysée par une association genevoise.

La demi-heure écoulée, la guide SCS récupère la «chaussette», où se sont accumulés algues et microplastiques, avant de l’enfermer dans une pochette mise sous vide. «Nous l’enverrons ensuite à notre partenaire scientifique Oceaneye, une association genevoise qui s’engage pour la lutte contre la pollution des eaux.» Et de rappeler qu’environ 8 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés chaque année dans les océans…

Après une courte accalmie, la mer s’agite à nouveau et rend difficile l’observation des cétacés. Quelques dauphins viennent tout de même égayer notre repas et les yeux les plus affûtés repèrent au loin le souffle d’un cachalot. «La colonne d’air condensée est inclinée à 45°, ce qui le distingue du rorqual commun qui, lui, souffle à 90°», précise Gilbert. Nous n’aurons pas la chance d’en voir davantage aujourd’hui. Ecourtant la journée de travail – conditions météorologiques obligent – nous retournons vers l’île de Porquerolles pour y passer l'après-midi. Pour les bénévoles, l’aventure se poursuit encore quatre jours: sûr qu’ils auront l’occasion d’admirer quelques baleines de plus près!

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Bébé suricate au Zoo de la Palmyre

C'est-y pas mignon...?

Une femme sur la planète des singes

Agée de 7 mois, la petite Fiona a déjà sa propre page Facebook!

C'est-y pas mignon...?

Bébé raton laveur (photo Pixabay)

C'est-y pas mignon...?