14 mars 2018

Que la Suisse est (pou)belle

La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Martina Chyba
Martina Chyba, journaliste RTS.

J’adore mon pays. J’ai renoncé au passeport tchèque. Je loue partout notre démocratie directe (et encore plus depuis que 72% de la population a compris l’importance du service public… d’ailleurs: merci). Je suis une vraie G’nevoâse à grande gueule et j’ai un nain de jardin dans mes toilettes. Mais franchement, trop de suisse est parfois suisse…idaire.

J’ai vu plusieurs reportages sur la taxe au sac, avec des employés municipaux armés de gants qui fouillent dans les poubelles non conformes pour traquer les fraudeurs. Et jubilent quand ils trouvent une adresse: «Ah, j’en ai une!», afin de pouvoir envoyer une amende de Fr. 200.-: «Comme ça, ils vont comprendre!» Alors oui, l’écologie c’est important, je soutiens complètement les trois R, réutiliser, réparer, recycler. Ma cuisine n’est plus une cuisine, c’est un centre de tri, il y a plus de poubelles que de placards. Verre, papier, compost, alu, PET, déchets ménagers. La seule chose que j’ai du mal à recycler, c’est moi-même, haha. Mais bon, aller jusqu’à faire fouiller les poubelles par l’État… sérieux… la Stasi a été dissoute en 1989, non? Ça, c’est notre côté: le règlement, c’est le règlement; les faiseurs de Suisses, les géraniums bien alignés, derrière chaque Suisse il y a un flic qui sommeille et chez le Vaudois, il s’est réveillé (et même pas que chez les Vaudois, je peux vous dire). C’est la fameuse anecdote de l’étranger qui vient s’installer dans un immeuble et invite son voisin à la crémaillère. Celui-ci vient avec une bouteille, on s’amuse, on fait connaissance et, à 22 heures pile, le voisin dit au revoir, rentre chez lui, prend son téléphone et appelle la police pour se plaindre du tapage nocturne.

Je pensais qu’on avait dépassé ce stade. Oui, des tricheurs il y en aura toujours, et ce n’est pas bien. Il y a même des conseillers d’État qui ont du mal à payer leurs impôts correctement, des cliniques qui falsifient des expertises et des filiales de régies fédérales qui manipulent la comptabilité. Là, c’est marrant, aucun employé de l’État n’a fouillé aucune poubelle, c’est la presse qui a sorti les affaires. Comme quoi, elle sert encore à quelque chose, mais c’est un autre débat.

Si vraiment on est passionnés par les ordures, il vaudrait mieux fouiller je ne sais pas moi, dans la finance ou l’immobilier, à mon avis il y a de quoi coller des amendes qui rapporteraient plus que Fr. 200.-. On pourrait aussi s’occuper du chômage des jeunes et des plus de 55 ans, de la précarité des familles monoparentales, de la difficulté de trouver un logement abordable, du prix de l’assurance-maladie, afin d’éviter que des gens aient à fouiller des poubelles pour trouver autre chose que des adresses.


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