22 juin 2015

Palais fédéral: entrez c’est gratuit

Qui a dit que la belle Helvétie était un îlot de cherté? Notre pays propose de nombreuses excursions à faire sans bourse délier. La visite guidée du Palais du Parlement à Berne en est une.

Visite du Palais du Parlement photo
Le matin de la visite du Palais du Parlement, une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement.
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Si tout le monde connaît Guillaume Tell, peu connaissent le rôle déterminant de la femme de Werner Stauffacher qui aurait incité son mari à prêter serment avec Walter Fürst et Arnold de Melchtal sur le Grütli, un jour d’été 1291. Et si chacun d’entre nous est capable de citer le nom des conseillers fédéraux, peu savent vraiment comment fonctionnent les deux chambres de l’Assemblée fédérale.

En visitant le Palais du Parlement, le visiteur pourra se plonger avec délices dans la grande et la petite histoire de notre pays, tout en apprenant plus sur le métier de parlementaire. Une occasion à ne pas manquer d’autant plus que la visite guidée est gratuite, comme d’ailleurs de nombreuses autres excursions dans notre pays.

Rendez-vous est donc pris au pied de la coupole fédérale où il faut montrer patte blanche avant d’entrer dans le hall des visiteurs inauguré en 2008. Sur un grand fond or, une copie de la carte topographique Dufour réalisée entre 1845 et 1865, accueille les curieux. Pas moins de 130 000 personnes passent ici chaque année. Des Suisses bien sûr mais aussi des touristes de passage. Ce samedi matin, une cinquantaine de francophones ont fait le déplacement.

Une accumulation de symboles

Il suffit de faire quelques pas pour passer de ces lieux modernes et lumineux au cœur du palais, plus sombre, abritant l’escalier monumental datant du début du XXe siècle. Culminant à 33 mètres, la verrière, l’une des rares sources de lumière naturelle, arbore les armoiries de tous les cantons. «Tous sauf un: le Jura, explique notre guide Stefania Gianini Wyss. Le Palais fédéral, qui comprend les ailes ouest et est ainsi que le bâtiment central appelé Palais du Parlement, a été construit entre 1852 et 1902, soit bien avant l’entrée du dernier canton dans la Confédération. Dès 1978, il a donc fallu trouver un emplacement pour l’écusson jurassien. Les négociations ont duré plus de quatre ans…» L’anecdote fait sourire l’assemblée présente. Stefania Gianini Wyss poursuit: «Ici, tout n’est que symbole: les quatre mercenaires montant la garde représentent les régions linguistiques. Et les statues de Winkelried et de Nicolas de Flue symbolisent deux vertus suisses, soit le courage et la conciliation.»

Stefania Gianini Wyss photo.
Stefania Gianini Wyss.

Quant aux matériaux utilisés, ils proviennent bien sûr de Suisse, à 95%. «Trente-trois artistes helvètes et cent septante entreprises du pays ont participé à la construction du palais», commente la guide. Seule exception à ce patriotique tableau: les trois Confédérés trônant au sommet de la première volée de l’escalier ont été taillés dans du calcaire italien…

La visite se poursuit avec la salle du Conseil des Etats, au très beau plafond à caissons, puis celle du Conseil national. «La première est une chambre très traditionnelle. L’ordinateur portable y est par ailleurs interdit et il n’existe pas de traduction simultanée.» Cela n’est pas le cas dans la seconde, beaucoup plus polarisée et où les deux cents élus ont davantage tendance à vouloir jouer les premiers rôles dans ce grand théâtre démocratique.

Vote électronique


Le tour guidé des deux chambres permet de découvrir des détails peu connus. Comme le système de vote électronique, subtilement camouflé dans les anciens encriers. Ou l’ange de la paix pointant son doigt sur la prairie du Grütli. Peinte dans le nuage de la grande toile du Conseil national, la figure reste mystérieusement invisible lorsqu’elle est diffusée sur les écrans des téléviseurs.

Un autre détail piquant amusera le visiteur. En vue de l’inauguration du Palais du Parlement, qui a eu lieu le 1er avril 1902, l’un des artistes mandatés, le Genevois Charles Giron, a eu la drôle d’idée de cacher un poisson dans son œuvre. Celui-ci est toujours là et apporte un brin d’ironie dans le monde politique si sérieux. Ne reste maintenant plus qu’à découvrir son emplacement lors d’une prochaine visite.

Texte © Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Photographer: Beat Schweizer

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