27 septembre 2017

La super nanny des chats

Elle gère les problèmes des minets et rassure les propriétaires désemparés. Marylène Wassenberg, comportementaliste à Aubonne (VD), se déplace à domicile pour améliorer la cohabitation parfois houleuse entre les humains et les félins.

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Marylène Wassenberg en pleine séance de dressage avec «Eden», un British shorthair. Si le chat touche le target, il reçoit une récompense.

Au volant de sa voiture noire, Marylène Wassenberg se dirige ce jour-là vers Bussigny (VD). Dans son sac à main, une baguette décorée de rubans multicolores, un sachet de croquettes et un spray relaxant. Représentante en accessoires pour animaux de compagnie? Pas du tout. Marylène Wassenberg, 53 ans, est comportementaliste pour chats, non vétérinaire. Non seulement elle connaît les félins sur le bout des griffes, mais, depuis 2009, elle se déplace dans toute la Suisse romande, au rythme d’une à deux consultations par semaine. Une super nanny pour minous, en quelque sorte. «Tout le monde a un chat, mais peu de gens les connaissent vraiment. Quand on m’appelle à l’aide, je visite tout l’appartement, jusque dans la chambre à coucher, pour voir l’aménagement et je rencontre tous les membres de la famille. J’entre vraiment dans la sphère intime des gens.»

On s’en doute: derrière les troubles de comportement de l’animal se profile parfois une mauvaise gestion ou un biotope inadapté. «90% de mes consultations concernent des chats vivant essentiellement en appartement. L’agressivité du chat provient d’ailleurs souvent d’une erreur humaine. Beaucoup de gens aiment faux, veulent surprotéger leur animal, tombent dans des liens d’hyper­attachement, qui génèrent des hyperproblèmes.» Gérer les chats revient donc à gérer les humains. Une situation parfois délicate, souvent chargée en émotions. «Cela ne se passe pas toujours de façon zen. Il m’est arrivé de me faire insulter ou que les gens me tombent dans les bras en pleurant», explique celle qui se défend d’être une mamie à chats.

Marylène Wassenberg, comportementaliste, au milieu de son élevage de British shorthair.

La malpropreté, problème récurrent

Parmi les différents troubles de comportement – malpropreté, agressivité ou maladie – la malpropreté est le problème le plus récurrent. «Elle exprime le mal-être du chat, celui-ci se déstresse en urinant un peu partout. Mais dans 70% des cas, le problème peut être résolu.» C’est justement la mésaventure de Gloria à Bussigny, qui a fait appel à la comportementaliste il y a deux ans. Elle a deux chats, Scrat et Tartine, trouvés dans un refuge. Problème: la seconde avait tendance à s’oublier sur le canapé, les pas de porte et l’édredon. «Après plusieurs années de cohabitation, on a atteint notre seuil de tolérance. On a dû appeler à l’aide», raconte la jeune femme.

Seul en appartement toute la journée, «Cassius» déprime: il a même perdu le goût des croquettes.

Le job de Marylène Wassenberg? Comprendre la situation et proposer des solutions. En l’occurrence, multiplier les litières et installer des places en hauteur, où le félin inquiet peut grimper et se sentir en sécurité. Etagères libres et stables, paniers installés sur des buffets avec accès à proximité. «Un chat ne vit pas au sol, il lui faut des endroits pour se planquer, surtout s’il ne peut pas sortir de l’appartement. Quand il risque d’y avoir des conflits de territoire avec des congénères, il faut augmenter le volume de l’espace par la hauteur», détaille la comportementaliste, qui donne en prime quelques astuces d’alimentation. Comme les glaçons faits avec le jus des boîtes de thon ou de poulet cuit à l’eau. «Les chats en raffolent et cela permet d’accompagner parfois une viande qu’ils aiment moins tout en leur apportant l’hydratation qui leur manque.» En moins d’un mois, le problème de Tartine était résolu.

Pour sa deuxième visite, Marylène Wassenberg se rend à Champagne (VD), histoire de vérifier que le jeune Aïko a bien grandi. Un an à peine, de magnifiques poils longs et argentés, ce chat a été recueilli à six semaines seulement. «C’était trop tôt, il était à peine sevré! Quand il a commencé à nous mordiller, j’ai voulu limiter les dégâts. J’ai fait appel à la comportementaliste à titre préventif», explique Nicole Devals, illustratrice indépendante. «Les quatre premiers mois du chat sont déterminants, confirme la spécialiste. Un chat séparé trop tôt de sa mère n’aura pas eu le temps d’acquérir de bonnes compétences sociales et aura toute sa vie des difficultés à gérer ses émotions. Ce manque d’apprentissage envers ses congénères, les autres espèces ou les humains crée des manques, favorisant des comportements gênants comme un manque d’inhibition à la morsure ou à la griffure ainsi que parfois une grande peur des humains. Dans ce cas précis, on pourra l’apprivoiser, mais on ne rattrape pas une socialisation mal faite.»

Les arbres à chat ne sont pas toujours adaptés et ne remplacent pas les cachettes en hauteur.

La super nanny a donc apporté son regard avisé, indiqué l’endroit judicieux où placer le griffoir, – c’est toujours ça de gagné pour le sofa! – donné quelques conseils de jeux – on ne joue pas avec les mains, qui doivent rester l’apanage des caresses – et quelques principes éducatifs: «On ne punit pas un chat, c’est de la maltraitance. On essaie de comprendre pourquoi. Il vaut mieux ignorer ses bêtises et renforcer ses comportements positifs.» Le chaton déterre les plantes d’intérieur? On installe des couvercles de carton à la surface des pots. Le chaton prend vos pieds pour des mulots? On quitte la pièce en gardant son calme pour mettre fin à un jeu qui risque de tourner un jour à la prédation. Aujourd’hui, Aïko est un jeune chat équilibré, qui partage son temps entre la chasse aux orvets et la vie de salon. Dernière mission du jour, Marylène Wassenberg rend visite à Cassius, chat Ragdoll de 8 ans, à Yverdon. Pas besoin d’être un fin connaisseur, l’animal a le regard dépressif, la griffe molle et l’entrain en berne. «Je pense qu’il déprime. Comme il reste seul en appartement toute la journée, je me demande s’il faut lui donner un compagnon», s’interroge sa propriétaire, Catherine Jeanmonod. Toute la tâche de la comportementaliste consiste alors à analyser la situation, évaluer la surface du logis et son aménagement. Un questionnaire serré pour deux bonnes heures de visite.

Une visite à domicile peut prendre deux heures d’entretien.

L’importance de la stimulation

«Introduire un nouveau chat prend entre sept et dix jours avec tout un protocole à suivre. Il faut de la patience et il y a 50% de chances que cela ne marche pas.» Plutôt que de complexifier le problème en ajoutant un nouveau félin, mieux vaut finalement s’occuper du moral de Cassius. Bouchon, plumes au bout d’une ficelle, rayon laser: Marylène Wassenberg, jamais à bout de ressources, sort toute la panoplie des accessoires ludiques. «Pour éviter qu’il ne dorme 24 heures sur 24, il faut le stimuler matin et soir, même cinq minutes. Et cacher des gâteries dans l’appartement pour enrichir son milieu et l’encourager à bouger quand il est seul. Un chat, même vieux, joue toute sa vie s’il est bien dans sa tête.»

Entre rubans colorés et laser, quel jeu rendra l’étincelle à «Cassius»?

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