20 avril 2018

La Nasa poursuit sa traque des exoplanètes

La NASA a lancé le télescope Tess dans l’espace le 18 avril. Sa mission consistera à détecter des exoplanètes pour les étudier et mieux comprendre l'apparition de la vie dans notre système solaire.

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La Nasa attend de son télescope spatial qu’il découvre environ 20 000 exoplanètes. (Photo: Keystone/AP)

Tess: joli nom pour un télescope. Même si c’est pour dire froidement «Transiting Exoplanet Survey Satellite». Un télescope spatial lancé par la Nasa. Sa mission? Rechercher des planètes de taille comparable à la Terre et susceptibles d’abriter des traces de vie. Grand comme une machine à laver, l’engin analysera les étoiles les plus brillantes et les plus proches de la Terre, afin de dénicher de nombreuses exoplanètes dans leurs orbites. Comme son prédécesseur le télescope Kepler, Tess utilisera la méthode dite des transits: en passant devant leur étoile, dont elles estompent alors momentanément la luminosité, les planètes révèlent leur existence.

La Nasa attend beaucoup de Tess: l’exploration d’une zone 350 fois plus vaste qu’avec Kepler, et la découverte d’environ 20 000 exoplanètes. Parmi lesquelles une cinquantaine qui seraient de la taille de la terre et environ 500 deux fois plus grosses. Une fois la planète débusquée par Tess, la traque sera affinée à l’aide de télescopes plus puissants, dont celui du programme suisse Cheops, qui rechercheront des indices d’habitabilité. Du genre terrains rocheux, taille compa­rable, distance idéale par rapport à leur soleil, ni trop loin ni trop proche, permettant des tempéra­tures compatibles avec l’existence d’eau liquide.

Grâce à Tess, explique le directeur du projet Jeff Volosin, se dessine «l’espoir de pouvoir un jour, dans les prochaines décennies, identifier les conditions potentielles de l’existence de la vie en dehors de notre système solaire.»

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«Tess est un grand pas en avant... et un vrai cadeau pour la Suisse»

Didier Queloz, astronome, professeur à l’Observatoire de Genève et à l’Université de Cambridge .

Didier Queloz, le lancement du télescope Tess représente-t-il un tournant dans la traque des exoplanètes?

C’est la manière dont la science fonctionne: chaque nouvelle expérience apporte des connaissances nouvelles. Et Tess est une nouvelle expérience. Même si ce n’est pas révolutionnaire: le programme reprend les thèmes développés déjà avant Kepler, avec Corot. Mais en observant des étoiles plus brillantes et sur une portion plus vaste du ciel, du point de vue de la connaissance de notre environnement, des étoiles qui sont autour de nous, c’est un pas en avant que l’on doit qualifier de majeur. Il y aura un avant et un après Tess. On va découvrir des centaines de systèmes qui sont très intéressants.

Dans quel sens?

La grande différence avec Kepler, c’est que les étoiles autour desquelles Tess va chercher des planètes sont beaucoup plus proches et beaucoup plus brillantes. Kepler était extraordinaire en termes de statistiques, mais frustrant quant à ce que l’on pouvait faire avec les planètes détectées dont il était difficile de connaître la composition, sans parler de l’atmosphère. Avec Tess, ce sera beaucoup plus facile. On aura une meilleure caractérisation d’un système, alors qu’aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des planètes qui n’ont pas d’équivalent dans le système solaire. On ne sait pas exactement de quoi elles sont faites, on connaît mal leur composition, leur origine. C’est sur cette question que Tess va nous apporter des éléments nouveaux en détectant des systèmes qui pourront être observés dans les années qui viennent.

De quelle manière?

En particulier avec un instrument exceptionnel, le JWST, un télescope géant à infrarouge qui va arriver ces prochaines années. Mais grâce aussi à un projet suisse majeur, Cheops, un télescope spatial développé par les Universités de Berne et de Genève. On va le lancer l’année prochaine et il aura en partie comme rôle d’aller mesurer des objets que Tess va trouver. Mesurer par exemple de manière plus précise la taille des planètes, mesurer si certaines ont de l’atmosphère. C’est quelque chose qui nous intéresse beaucoup. En nous apportant des objets sur lesquels on va pouvoir bâtir des programmes ambitieux, on peut dire que Tess au niveau suisse est un cadeau.

Il a aussi été annoncé qu’une des missions de Tess était de rechercher des traces de vie extraterrestre...

Ça, c’est surtout de la comm’. Tess ne va pas vraiment chercher de la vie. Ou en tout cas de manière très indirecte. Les astronomes tendent à avancer vers cette question, qui n’est pas simple, qui va prendre des années et ce n’est pas Tess qui va la résoudre. Par contre, ce qu’il va nous apporter, c’est qu’on va pouvoir étudier des systèmes avec plus de détails, qui nous apporteront peut-être des éléments intéressants par rapport à la vie. Il n’y aura pas de planètes comme la Terre qui vont être trouvées avec Tess. Mais il observera des systèmes différents, des étoiles différentes, qui nous donneront un regard différent sur la probabilité d’avoir une planète comme la Terre.

Pour la beauté de la science surtout ou quand même avec des implications concrètes?

Les questions de l’origine du système solaire, de notre propre origine, de l’universalité des systèmes planétaires vont au-delà de la beauté de la science. Ce sont des questions très profondes, à propos desquelles Tess apportera des éléments nouveaux. Nous n’avons actuellement pas beaucoup de systèmes qui sont semblables au système solaire et on se pose la question inverse, de la particularité du système solaire qui aurait favorisé le développement de la vie. En étudiant d’autres planètes, on va essayer de mieux comprendre l’histoire de notre propre système. 

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