1 janvier 2018

La Vue-des-Alpes: un petit air de Grand Nord

Entre sapins élancés et loges isolées, une revigorante balade en raquettes dans les tendres reliefs enneigés de la région du col de la Vue-des-Alpes (NE).

La Vue-des-Alpes
On se croirait dans le Grand Nord...

Raquettes et guêtres prennent la poussière à la cave, accrochées à un maigre clou. Il est grand temps de les aérer, de les chausser et les enfiler pour découvrir de nouveaux horizons enneigés. Pour cette première hivernale, notre choix s’est porté sur la région du col de la Vue-des-Alpes (1283 m), entre Neuchâtel et La Chaux- de-Fonds.

L’arrêt du bus se situe en face d’une officine de Tourisme neuchâtelois. À l’intérieur de celle-ci, des brochures, divers équipements (skis de fond, luges, raquettes…) à louer et deux préposés aussi obligeants que sympathiques. D’une même voix, ces derniers nous conseillent le parcours du Mont-d’Amin, plus sexy à leurs yeux que les autres boucles proposées dans les environs. Le circuit démarre juste à côté du bureau d’accueil. Par une jolie grimpette qui réchauffe nos orteils et gambettes. À tribord, une mer de brume recouvre la plaine jusqu’aux contreforts des Alpes. Le panorama est somptueux. D’un regard, nous embrassons la chaîne alpine, du Pilate au massif du Mont-Blanc.

Une mer de brume recouvre la plaine jusqu’aux contreforts des Alpes.

La voie en rose

En ce milieu de matinée, sous un ciel limpide, la température flirte avec les zéro degrés. Conditions idéales pour randonner. La neige crisse sous nos pas. Les Inuits, qui ont un vocabulaire fort étendu en la matière, l’auraient appelée pukak (neige cristalline) ou peut-être katakartanaq (neige croustillante). Notre chemin est balisé de rose, couleur des sentiers-raquettes de Suisse. Il suit docilement la crête ondulée du Mont-d’Amin. Des gentianes et des chardons pétrifiés émergent ici et là de l’étendue glacée. Les végétaux sont au repos, en hibernation, attendant des jours meilleurs pour refleurir…

Encore quelques hectomètres avant de pénétrer dans une forêt sombre et silencieuse. Le froid se fait plus mordant, l’ambiance plus dramatique. On se croirait dans le Grand Nord. Les empreintes d’un lièvre et celles d’un renard sont inscrites en creux dans le manteau neigeux. Ces deux-là ont-ils fini par se rencontrer? L’histoire ne le dit pas.

Au croisement, nous bifurquons à gauche. Nos raquettes griffent désormais la surface gelée d’une route forestière qui plonge dans la combe du Mont-d’Amin. Malgré la déclivité et le givre qui fait ployer leurs ramures, les sapins se tiennent droits dans leurs bottes. Exemples de verticalité et de majesté.

Au creux du vallon, quelques loges isolées et une vue pour le moins originale sur le Chasseral. Nous remontons vers le soleil et le col de la Chaux-d’Amin (1351 m), puis prenons la direction de la Vue-des-Alpes via le Montperreux. La végétation est moins dense. Un petit vent glacial balaie ce paysage lunaire, soulevant au passage un peu d’écume de neige (piqsiq en inuktitut).

Un lièvre est passé par là...

Des ombres efflanquées

À mi-parcours, un arbre mort, couché sur le flanc, semble nous tendre son tronc et ses branches en signe d’invitation. Un arrêt pique-nique s’impose. Pour se sustenter et aussi apprécier la vue que l’on a d’ici sur les toits de La Chaux-de-Fonds, les éoliennes du Mont-Crosin, le haut plateau des Franches-Montagnes et la ligne bleue de Vosges.

Requinqués, nous reprenons notre progression dans ce décor d’une blancheur virginale. Avec le soleil rasant de ce début d’hiver, nos ombres s’allongent jusqu’à ressembler aux célèbres sculptures efflanquées d’Alberto Giacometti. Vous savez celles qui figurent au verso de nos billets de cent francs.

Le sentier est large et tassé. Nous faisons un pas de côté pour sortir de la trace et goûter au plaisir de la neige molle (aqidloqaq dans la langue inuit). Nos raquettes s’y enfoncent en douceur, sans à coup. Impression de flotter. Les ressortir entraîne une dépense d’énergie supplémentaire. Les pulsations montent. Nous nous sentons vivants. Le chemin forestier que nous empruntons à présent descend en zigzag et en pente douce. Plus bas, il rejoint une piste de ski de fond que nous suivons jusqu’au lieu-dit Pré Raguel. Un passage s’ouvre sur la gauche. Nous nous y engageons résolument.

Une ultime ascension tranquille entre arbustes nains, feuillus dénudés et conifères géants nous ramène à notre point de départ. L’océan de brouillard étend toujours son voile pudique sur l’entier du Plateau suisse. Nous nous attardons donc encore un instant à la Vue (c’est le petit nom qu’utilisent les Neuchâtelois pour désigner ce col), sous le soleil, guère pressés de nous immerger dans la purée de pois, d’échanger la lumière contre l’ombre…

Le sentier est large et tassé.
La couleur des sentiers-raquettes de Suisse est le rose.

Dix commandements verts

1. La nature, tu respecteras!

2. Aux règles des zones protégées, tu te plieras!

3. Les animaux sauvages, tu ne dérangeras pas

4. Sur les sentiers balisés, tu resteras!

5. Les lisières et les surfaces non enneigées, tu éviteras!

6. Les plantations de jeunes arbres, tu ne traverseras pas!

7. Les pistes de fond, tu n’emprunteras en principe pas!

8. Tes chiens en laisse, tu tiendras!

9. Les déchets, tu rapporteras!

10. Fumer, tu t’abstiendras (ou les mégots, tu récupéreras)!

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