17 août 2018

Le long chemin vers le lac de Soi

Une ascension exigeante sur les hauteurs de Champéry (VS), récompensée par un lac hypnotique et une œuvre de land art nichée sous les Dents-du-Midi. Un écrin pour méditer à 2246 m d’altitude.

Lac de Soi
Au terme de l’ascension, on découvre un travail de land art, toujours en cours de réalisation (photo: Christophe Chammartin).

Marcher, c’est faire partie des vivants. Voilà ce qu’on se dit en entamant la montée au lac de Soi, sur les hauteurs de Champéry (VS) . Comme souvent, les débuts sont champêtres: sonnailles et vacarme du torrent de Fressenaye pour la toile de fond et chemin sous les feuillus aux couleurs réséda, encore ravivées par les pluies de la nuit. On s’attarde, on flâne en regardant les grandes astrances aux cils violacés, dans l’air frais du matin. À la première bifurcation, quelques pas de côté sur la droite permettent d’aller voir une tumultueuse cascade. Mais gardons-la pour plus tard!

Les roches sédimentaires de l'Eperon et de la Dent-Jaune ont gardé leur jupon de neige (photo: Christophe Chammartin).


Et puis, le sentier s’enfonce rapidement dans la forêt, file en longs lacets sous les conifères. Jean-Marie Pasquier, chimiste cantonal retraité et reconverti dans l’accompagnement en montagne, donne le rythme: «L’important est de marcher avec régularité pour éviter les à-coups, surtout dans les longues montées.»

Le sentier s’enfonce rapidement dans la forêt (photo: Christophe Chammartin).

Progresser lentement permet aussi d’observer, d’écouter, de humer les senteurs boisées. «Les lichens sont l’association d’une algue et d’un champignon. Ils sont surtout un précieux indicateur environnemental», précise Jean-Marie Pasquier en pointant un large tronc d’épicéa recouvert de taches grisâtres.

Le site vaut ­largement les trois heures trente ­d’intense montée (photo: Christophe Chammartin).


Soudain, la forêt s’allume, un rayon traverse les troncs à l’oblique, faisant danser les moucherons dans l’air scintillant. On repart de plus belle, comme porté par cette lumière inattendue. Quelques lacets encore avant de sortir du couvert et d’atteindre le plein ciel. On aperçoit alors à contre-jour les Dents-du-Midi, magistrales, immenses et ténébreuses. On s’avance face au soleil, croquant tour à tour des graines de berce au goût poivré et des framboises.

Soudain la forêt s'allume avec à contre-jour les Dents-du-Midi à contre-jour (photo: Christophe Chammartin).


Le chemin se poursuit à découvert, à flanc de coteau, entre petites bruyères, rhododendrons et genévriers rasants. Le soleil se fait plus insistant, et l’on se penche plus longuement sur les feuilles d’alchémille au fin liseré blanc. «On les appelle aussi porte-rosée. Leurs gouttes d’eau étaient convoitées par les alchimistes», souligne Jean-Marie Pasquier.

Encore un effort et l’on rejoint un plat au terminus de la route forestière, avec un petit banc bienvenu face à un décor époustouflant: les Dents-du-Midi comme passées à la loupe, les versants veloutés entre ombre et lumière, creusés de longues veines blanches qui descendent du glacier de Soi. «On l’écrit parfois aussi Soix. Cela viendrait du patois seya qui désigne une crête ­rocheuse en dents de scie», explique l’accompagnateur.

Un raccourci par un petit sentier

Mais la montée n’est pas terminée. Il faut atteindre encore le sommet… On emprunte un raccourci par un petit sentier qui part directement sur la droite en zigzaguant à travers l’herbe rase.

Le paysage s’ouvre alors comme un livre.

Et puis on surgit sur l’arête. Le paysage s’ouvre alors comme un livre: à gauche, derrière des bouquets d’aulnes, le vallon de Chalin avec ses pâturages et ses vaches miniatures, et à droite, l’abrupt à peine caché par quelques rares arbustes.

La concentration s’impose pour ce chemin de crête, escorté par des campanules barbues au regard bleu pâle. Le vacarme du torrent devient de plus en plus présent.

Le vacarme de la cascade de Frassenaye s’entend loin à la ronde (photo: Christophe Chammartin).

Après un dernier virage, on déboule dans un nouveau décor: un univers minéral traversé par l’eau du glacier. Les plaques de schiste étincellent comme un miroir volé en éclats. On enjambe le torrent, profitant de sa fraîcheur.

Le dernier effort se fait dans la caillasse (photo: Christophe Chammartin).

Le dernier effort se fait dans la caillasse, par un sentier que l’on dirait parsemé de morceaux d’ardoise d’écoliers. Et soudain, on aperçoit l’arrivée au lac de Soi. Ou plutôt l’entrée du site: une cascade encadrée par un portique, deux immenses cairns de pierre à l’allure tibétaine.

Un étrange jardin rempli de poésie

«C’est un lieu d’émotion et de silence, avec une énergie particulière. On a l’impression de rejoindre le cosmos», dit Jean-Marie Pasquier. Le site vaut largement ses trois heures trente d’intense montée. On retient son souffle en découvrant d’abord le lac, qui se déverse en trois bassins et d’étonnantes constructions de pierre. Une arche, des passerelles, des jeux d’eau.

On retient son souffle en découvrant le lac (photo: Christophe Chammartin).

Partout des formes géométriques écrites en lettres de pierre, un œil, un poisson peut-être, des petits ponts. On pense à des stupas indiennes, on perd le sens de l’orientation, aimanté par cet étrange jardin rempli de mystères et de poésie.

Un petit lac laiteux et tranquille

Une œuvre de land art, commencée en 1989 et toujours en cours de réalisation, que l’on doit à deux frères, Pierre-Marie et Marcel Cherix, qui se sont improvisés muraillers par amour pour ce site enneigé huit mois par année.

Jean-Marie Pasquier est chimiste cantonal retraité et reconverti dans l’accompagnement en montagne (photo: Christophe Chammartin).

Le lieu, collé sous le cordon morainique des Dents-du-Midi, est suffisamment vaste pour pique-niquer. On pose donc le sac sous les roches sédimentaires de l’Éperon et de la Dent-Jaune, qui ont gardé leur jupon de neige. Et on reste là, fasciné, à mâcher face au petit lac laiteux et tranquille, où se découpent les ombres géométriques, avec son îlot de pierre et son ponton comme un «i» qui repose à l’horizontale. Un lac d’une parfaite zénitude, où coulissent les nuages, l’azur, l’immensité du ciel, à peine bordé par quelques carlines immobiles.

Une œuvre de land art, commencée en 1989 et toujours en cours de réalisation (photo: Christophe Chammartin).


Difficile de s’arracher à cet écrin hypnotique, où certains viennent pour camper ou simplement méditer, entre la pierre et l’eau. Mais il faut repartir, la descente dans la fournaise étant particulièrement longue. Pour éviter le simple aller-retour, les insatiables du mollet peuvent encore faire une petite grimpette au Signal-de-Soi, avec son panorama à 360 degrés, point de départ des parapentistes.

Penser à la cascade, à l'arrivée, où il fera bon jeter ses orteils endoloris.

Et poursuivre en contournant le sommet, avant de retomber sur le sentier de l’aller à l’endroit du petit banc. Si la descente tourne au calvaire pour les pieds compressés et les genoux, penser à la cascade à l’arrivée, où il fera bon jeter ses orteils endoloris.

Informations: sur-les-sentiers.ch

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