5 décembre 2018

«Le capital humain constitue la plus grande richesse de l’économie»

Fondateur de Privilèges Genève, le premier centre d’attitude positive en Europe, Laurent Cordaillat est convaincu que le bien-être des collaborateurs est primordial pour qu’une entreprise prospère.

Laurent Cordaillat
À l’heure où le monde du travail devient de plus en plus précaire et exigeant et où les maladies professionnelles pèsent toujours plus lourd en termes humains et financiers, il n’a jamais été aussi important de cultiver une attitude positive. C’est en tout cas le credo de Laurent Cordaillat, coach, entrepreneur et aventurier. (Photo: Nicolas Schopfer)

Laurent Cordaillat, votre credo, c’est l’attitude positive. Comment cette dernière peut-elle changer nos vies?

Pour expliquer les impacts de l’attitude positive, je pars du constat que l’attitude négative, elle, est un véritable fléau. Elle nous crispe, génère énormément de tensions et altère nos relations aux autres. De plus, elle est extrêmement contagieuse. En fait, elle est créée par nos peurs, à commencer par celles engendrées par notre cerveau reptilien qui nous pousse à réagir face au danger, à l’hostilité. Or, nous vivons un changement de paradigme de société: nous sommes à la fin d’un système économique, politique, financier, social, et le nouveau monde n’est pas encore inventé. Face à l’inconnu des impacts de l’ère 4.0, notre peur s’accroît. Par ailleurs, avec les nouvelles technologies, nous sommes aujourd’hui assaillis en permanence d’informations négatives et nous n’avons pas assez d’outils pour les trier. Ce qui est terrible, c’est que cette négativité fausse notre vision du monde, nous vivons constamment dans une subjectivité qui nous pousse à interpréter de façon extrême tout ce qui se passe autour de nous. L’attitude positive, c’est notre porte de sortie: elle permet d’appréhender la vie avec davantage d’objectivité et c’est grâce à elle que naît l’amour, l’amitié, l’écoute, l’empathie, mais aussi l’innovation, le courage et la création.

Selon vous, l’attitude positive devrait même être considérée comme un modèle social et économique…

Oui, j’en suis convaincu. Essayez de trouver un job en faisant la tête ou de booster une équipe de vente en n’ayant pas le moral! L’attitude négative représente un coût humain et financier inestimable. Il est possible de mesurer ses impacts: burn-out, absentéisme, manque de leadership, management toxique, etc. Tout cela coûte des milliards à la société et devrait donc être combattu. Tout en améliorant nettement la santé des collaborateurs, l’attitude positive permet aussi de mieux se positionner sur le marché par rapport à la concurrence. Car finalement, ce qui fait l’entreprise, c’est l’humain. Nous sommes arrivés au bout du système qui veut que le capital financier génère du capital financier. Il faut l’adapter. Pour moi, c’est le capital humain qui génère le capital financier et qui constitue donc la plus grande richesse de l’économie. Et l’attitude positive est son combustible.

Avec l’apparition des «Chief Happiness Officers», ou «Responsables du Bonheur», on a l’impression que le bien-être en entreprise est avant tout un effet de mode, certaines boîtes se contentant d’installer une salle de repos pour montrer qu’elles se soucient de leurs employés…

Bien sûr, il ne suffit pas de placer une corbeille de pommes sur une table ou de proposer des séances du yoga pour que les employés soient heureux. Ces initiatives ne sont que des pansements et peuvent même s’avérer contre-productives si elles ne s’accompagnent pas d’une clarification du système de valeurs de l’entreprise. Une fois que les bases sont mises en place, en revanche, je suis tout à fait ouvert à ce genre d’actions.

L’attitude positive demande une responsabilisation individuelle, car il suffit que quelques employés conservent leur négativité pour que celle-ci se répande dans toute l’équipe

Laurent Cordaillat

Alors, comment met-on en place une attitude positive dans une entreprise?

La première étape, c’est de prendre conscience des impacts de l’attitude négative et d’être convaincu qu’on n’en veut plus. Il faut aussi se rendre compte que l’attitude positive est complexe à instaurer et à maintenir: elle demande une responsabilisation individuelle, car il suffit que quelques employés conservent leur négativité pour que celle-ci se répande dans toute l’équipe. Chez Privilèges Genève, nous avons créé des outils, sous la forme de conférences, de workshops, de séances de team-building et de coaching, pour sensibiliser tout un chacun à l’importance de l’attitude. Notre objectif, c’est de travailler individuellement, avant d’agir collectivement.

Comment êtes-vous généralement accueillis?

Si nous devons faire face à quelques réactions de résistance au départ – on nous traite parfois de gourous, de Bisounours – les gens ensuite se rendent compte que l’attitude positive peut aussi s’exploiter dans leur vie privée et qu’ils peuvent en retirer un confort personnel, voire booster leur bonheur. Par ailleurs, les collaborateurs nous demandent souvent: et nos patrons? Il est important que ces derniers soient intégrés au processus, sinon ça ne marche pas. En général, la direction des entreprises dans lesquelles nous intervenons s'est déjà remise en question et est convaincue qu’il est nécessaire d’agir aujourd’hui pour préparer l’avenir et prendre de l’avance sur la concurrence.

Cultiver l’attitude positive, c’est facile quand tout va bien. Mais comment l’appliquer en situation de crise, lors de licenciements par exemple?

Tout d’abord une précision: même lorsque tout va bien, l’attitude positive demande un entretien constant. Et lorsque tout va mal, il s’agit de réaliser que le changement peut être une chance. Rappelez-vous Nelson Mandela qui disait: «Je ne perds jamais: soit je gagne, soit j’apprends.» Bien sûr, c’est très difficile d’expliquer cela à quelqu’un qui vient de perdre son travail. Ayant moi-même été viré, je sais à quel point c’est dur. Tout ce qu’on peut offrir, c’est une écoute bienveillante, un accompagnement et surtout des conseils pour un prompt rebond. Mais nous ne sommes pas des psychiatres. Nous intervenons surtout en amont, pour éviter ce genre de situations. Notre travail, c’est la prévention.

Vous avez donc vous-même été licencié. Est-ce votre propre histoire qui vous a motivé à promouvoir l’attitude positive?

Pendant dix-sept ans, j’étais le CEO d’une entreprise que j’avais moi-même créée pour un ami. Ma femme était la responsable des ressources humaines. Le jour de la naissance de notre fille, il y a huit ans, le numéro deux de la boîte est venu nous apporter des fleurs... et en même temps, il faisait vider nos bureaux. Il s’était arrangé avec le propriétaire pour se débarrasser de nous. Une démarche immorale, mais légale. Sur le moment, c’était l’horreur. Mais avec le recul, c’était finalement la plus belle chance de ma vie. J’ai utilisé cette épreuve négative comme un engrais, comme un ingrédient pour évoluer. Elle m’a permis de relancer ma carrière professionnelle. J’ai même écrit un roman sur cette histoire. J’avais envie de partager mon expérience, montrer qu’il y avait toujours de l’espoir. Inscrite dans mon ADN, l’attitude positive a été ma recette personnelle pour éviter de descendre trop bas.

Des gens avec des cartes difficiles peuvent très bien s’en sortir et des personnes plus chanceuses ne pas tirer parti de leur environnement positif

Laurent Cordaillat

D’où l’envie d’en faire profiter les autres?

Oui, c’est devenu une évidence pour moi de modéliser cette attitude positive pour qu’elle puisse servir à mes amis, à mes semblables. De là sont nées trois initiatives: Privilèges Genève, qui s’adresse aux entreprises; le Booster Club, un cercle d’amis professionnels qui affiche des valeurs telles que l’éthique, la générosité, le respect, la gratitude, l’humour et le courage et qui permet de s’entourer de personnes positives; et enfin le Booster Pack Outdoor, un service de coaching qui s’adresse aux entrepreneurs, aux managers, aux CEO. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à me solliciter. Constamment sous pression, ils sont pollués psychologiquement, émotionnellement, voire physiquement, et ils n’ont plus la distance nécessaire pour prendre les bonnes décisions. Je les emmène donc dans la nature pour les détoxifier. À travers des activités telles que le paddle, le VTT, l’escalade ou tout simplement la marche en forêt, ils se mettent en mouvement, s’aèrent, respirent mieux, se libèrent de leur stress. Ils sortent de leur posture de chef, parviennent à être plus objectifs et ensemble on clarifie leur système de valeurs et celui de leur entreprise. À terme, cela a aussi un impact sur leurs employés.

Étant vous-même un grand voyageur, un aventurier, c’est de votre expérience personnelle que vous avez tiré cette méthode…

Oui, j’ai visité près de septante pays, j’ai participé à des expéditions, j’ai été confronté à la mort, j’ai traversé des situations extrêmement difficiles et ma survie a toujours été due à mon attitude positive, cultivée par des valeurs telles que l’altruisme, la joie de vivre, l’amour, la nature. Et j’ai réussi à créer une passerelle entre cette forme de spiritualité appliquée et les réalités du monde actuel. On me dit souvent que je suis un mélange de Mike Horn et de Tony Robbins (coach américain spécialisé dans le potentiel humain, ndlr).

Vous dites que l’attitude positive est inscrite dans votre ADN. Certains d’entre nous n’y sont-ils tout simplement pas prédisposés?

Certes, nous ne naissons pas tous égaux, avec les mêmes cartes. Cela dépend aussi de notre éducation, de l’endroit où nous vivons, des rencontres que nous faisons, de notre parcours. Mais des gens avec des cartes difficiles peuvent très bien s’en sortir et des personnes plus chanceuses ne pas tirer parti de leur environnement positif. Tout cela se travaille. En fait, l’attitude positive devrait être un réflexe, comme celui de se laver les dents: il faudrait déjà l’enseigner aux enfants à l’école.

Laurent Cordaillat estime qu'il faudrait déjà enseigner l'attitude positive aux enfants à l'école. (Photo: Nicolas Schopfer)

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