26 septembre 2019

Plateforme 10 ouvre ses portes

Le nouveau quartier des arts lausannois Plateforme 10 prend forme: une première partie sera ouverte au public le 5 octobre 2019 avec l’inauguration du Musée cantonal des beaux-arts. À quelques jours du vernissage de la première exposition, Bernard Fibicher, son directeur, est un homme aussi occupé qu’heureux.

Bernard Fibicher disposera d'une surface de 3200 m2 pour présenter les collections du Musée cantonal des Beaux-Arts.
Bernard Fibicher disposera d'une surface de 3200 m2 pour présenter les collections du Musée cantonal des Beaux-Arts.

Pas un nuage à l’horizon. En ce matin de la mi-septembre, le ciel lausannois a pris des allures de monochrome bleu. Infini. Statique. Au sol par contre, la scène a tout du tableau pointilliste. Des dizaines d’éléments, orange pour la plupart, animent l’ensemble. Il y a du mouvement, de la vie, de l’énergie dans ce cadre. C’est que des ouvriers sont en pleine action. Ici, on déplace des gravats, là on goudronne des accès et, plus loin, les grues tournoient pour élever les bâtiments qui doivent encore sortir de terre.

Plateforme 10 se situe à deux pas de la gare de Lausanne, à l’emplacement d’anciens entrepôts CFF.

À un jet de pierre de la gare, le nouveau quartier des arts de Lausanne – Plateforme 10 – ne sera complètement terminé qu’en 2021. Toutefois, ce 5 octobre, une première partie sera ouverte à la population avec l’inauguration du Musée cantonal des beaux-arts (MCBA). À l’intérieur du bâtiment flambant neuf, l’on s’active aussi. Il faut aménager le restaurant, régler les éclairages, penser à mille détails et, bien sûr, terminer l’accrochage inaugural.

«Nous serons prêts, rassure Bernard Fibicher, le directeur du MCBA, en nous accueillant. Fébrile, le patron des lieux est également serein, car il sait qu’il peut compter sur une équipe ultra-motivée. «Chacun est prêt à donner le meilleur de lui-même, car tous savent que nous vivons un moment rare, l’inauguration d’un nouveau musée, qui plus est après une gestation de dix ans.»

Spectaculaire hall d’entrée, élégants escaliers en terrazzo, vastes salles d’exposition au plancher en chêne, le MCBA, autrefois logé dans le vieux Palais de Rumine, monte en gamme. «Nous changeons de ligue, confirme Bernard Fibicher en nous emmenant au premier étage. Nous bénéficierons d’une nouvelle aura, tout en étant idéalement placés à trois minutes de la gare, de quoi pouvoir facilement attirer des visiteurs de Suisse alémanique et même de Paris.»

L’accrochage des tableaux, ici «Échelle de Jacob» de Thomas Huber, demande autant de précision que de concentration.

Avant leur arrivée, les techniciens du musée sont encore en pleine action. Sous l’œil avisé du régisseur d’œuvres, la personne qui dirige l’accrochage et gère les entrées et les sorties de chaque objet, les ouvriers délimitent au millimètre près le futur emplacement de chaque tableau, contrôlent les niveaux au laser avant de planter des crochets et de venir installer, vêtus de gants blancs, l’œuvre d’art. «Il est parfait ici, bravo», félicite Bernard Fibicher en admirant «Échelle de Jacob», de Thomas Huber. Ce tableau représentant l’atelier ­d’artiste côtoie désormais une œuvre d’Émile Chambon montrant un autre intérieur, plus intime cette fois.

«Je n’ai pas opté pour un accrochage chronologique, précise le directeur. En mélangeant les époques, on remarque que certaines œuvres dialoguent entre elles.» Pour étayer son discours, Bernard Fibicher nous ­entraîne dans une autre salle où un Gustave Courbet converse avec un Pierre Soulages. «Regardez, les deux peintres ont travaillé sur la lumière jaillissant de l’obscurité.» Un mariage épatant.

Le commissaire d’exposition et directeur – pour l’accrochage inaugural, Bernard Fibicher a la double casquette – n’a pas que mélangé les siècles. Il a aussi voulu mélanger les styles. Ici, une sculpture d’Auguste Rodin semble se fondre dans les dessins de Denis Savary, un artiste vaudois. À côté, un couple peint par Charles Giron fait écho à deux lames métalliques pensées par Gunter Frentzel. «Vous voyez? Sur le tableau, les mains des deux personnes se touchent légèrement et dans la sculpture, les lames se frôlent», explique Bernard Fibicher. L’accrochage est subtil, sans être intellectuel.

Pour définir l’emplacement des œuvres, Bernard Fibicher a d’abord travaillé sur plan.

Pour parvenir à créer ce puzzle de quatre cents pièces que forme cette première exposition, notre homme a d’abord travaillé sur plan, à l’ordinateur. «Il a par la suite fallu faire des ajustements, car sur les clichés que nous avons, les encadrements n’étaient pas illustrés. Une fois les pièces dans le musée, j’ai alors constaté que tel cadre en bois très travaillé entrait beaucoup trop en confrontation avec un modèle plus sobre.

Pour réussir un accrochage, il faut être très organisé en amont et savoir faire preuve d’une grande improvisation…», résume en souriant Bernard Fibicher.

Un peu partout, dans les salles voisines, des tableaux attendent encore d’être installés. «Même s’il reste beaucoup à faire, il n’est pas question que l’équipe de six à huit personnes en charge de l’accrochage travaille les ­samedis et dimanches. Cette tâche demande la plus grande des concentrations et il est primordial que les collaborateurs puissent se reposer.» C’est qu’un seul instant d’inattention, un seul manque de coordination entre les manutentionnaires peut en un rien de temps conduire à la catastrophe. «À ce jour, l’accrochage se passe très bien et nous n’avons connu aucun accident.» Il en a été de même pour le déménagement des 10 000 œuvres. Une autre gageure pour Bernard Fibicher et son équipe. «Pour des questions de sécurité, celui-ci s’est déroulé dans le plus grand secret avec des camions anonymisés», précise le directeur. C’est ainsi que les Monet, les Hodler et les Giacometti ont le plus discrètement du monde traversé Lausanne. Sans qu’aucun piéton ou automobiliste ne sache qu’il se trouvait peut-être à côté d’un chef-d’œuvre…

Aujourd’hui, l’ensemble des collections est réuni au sous-sol du musée et sera montré par roulement. Les Vaudois, mais aussi tous les Romands auront alors durablement accès à des pièces qui, faute de place, n’étaient que rarement visibles. Quand un musée s’ouvre ainsi à la ville et à la vie, et dévoile ses pépites, qu’il s’agisse de monochromes ou de tableaux impressionnistes, chacun ne peut que s’en réjouir.

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