29 juin 2018

Le baiser, bientôt sur toutes les bouches

Amoureux ou amical, la pratique du bisou diffère d’une société à l’autre. Un geste plein de signification auquel on a même consacré une journée internationale, vendredi prochain.

le baiser
Les baisers de cinéma ont marqué notre imaginaire. Ici, une photo tirée du film «Surf Party» datant de 1964. (Photo: Keystone/United archives/Iftn)

Bise amicale sur la joue, baisemain désuet, renversant french kiss de cinéma… Le baiser revêt différentes formes et, dans nombre de nos pays occidentaux du moins, il fait partie intégrante de notre vie en société et de nos relations amoureuses. Du tableau de Gustav Klimt aux vers d’ Alfred de Musset en passant par la rengaine de Philippe Katerine, le baiser ne cesse d’ailleurs d’inspirer tous les arts. Voilà donc qui méritait bien qu’on lui consacre une journée internationale. Et comme chaque fois depuis les années 1990, celle-ci a lieu le 6 juillet. Pourtant, loin d’être universelle, la pratique du baiser varie d’une région à l’autre du globe.

Dans de nombreuses sociétés, entrer en contact avec le visage de l’autre est impensable, explique l’anthropologue David Le Breton, spécialiste des questions du corps. Au Japon, par exemple, les gens ne se saluent jamais en se faisant une bise et le fait de s’embrasser bouche contre bouche en public est très mal vu, tout comme dans certaines régions du Maghreb. Quant à savoir d’où vient ce geste, la réponse reste obscure. D’après Sheril Kirshenbaum, grande spécialiste de la science du baiser, nous ne savons pas exactement quand et où nous avons commencé à nous embrasser. C’est probablement quelque chose qui est apparu et a disparu tout au long de l’histoire.

Les humains semblent avoir une envie instinctive de se lier de cette manière, mais le style et la forme dépendent de la culture et de
l’expérience.

Fêter le baiser, une bonne idée selon vous?

«Au sein du couple, s’embrasser peut être un thermomètre du désir»

Romy Siegrist, psychologue et sexologue chez Sexopraxis

La journée internationale du baiser renvoie notamment à la bise, une tradition bien ancrée chez nous…

Oui, au point qu’il est mal vu de refuser de faire la bise et de tendre la main à la place, notamment quand on est une femme. D’ailleurs dans les milieux féministes ou militants, ce caractère social, «obligatoire», de la bise est discuté: qu’est-ce qu’on fait quand on n’est pas à l’aise de la faire? En fait, certaines personnes ont des difficultés avec l’idée qu’on leur touche le visage. Il s’agit au fond d’une zone très intime et on devrait pouvoir refuser ce geste.

Comment?

On peut trouver d’autres manières pour montrer qu’on entre en contact avec l’autre, qu’on le reconnaît. Par exemple, serrer la main ou faire un simple signe ou un sourire. D’ailleurs, certains enfants préfèrent faire un geste de la main plutôt qu’un bisou à tata Jacqueline. Au fond, le but c’est que chacun se sente à l’aise avec ce qu’il a envie de donner et de recevoir, et en sécurité dans la manière de se connecter à l’autre.

Comment expliquer alors que ce geste se soit banalisé chez nous?

Il y a toute une histoire, une culture du baiser et de ses significations relationnelles, quelles que soient ses formes. Cependant, ce qui est «banal» au niveau du baiser évolue. Si l’on parle du baiser amoureux, en public il n’a pas toujours été bien accepté. Avec la chanson de Brassens Les amoureux des bancs publics, on comprend que le baiser pouvait déranger. Aujourd’hui c’est peut-être un peu moins le cas, même si cet acte reste soumis à des normes. Par exemple, on va moins prêter attention à un couple hétérosexuel qui s’embrasse dans la rue qu’à un couple homosexuel qui en fait autant.

Des normes qui touchent aussi les hommes, moins enclins à se faire la bise...

Oui, mais cela n’a pas toujours été ainsi. Au Moyen Âge par exemple, les chevaliers se faisaient même des baisers sur la bouche. C’était un signe d’égalité et de camaraderie. Ils pouvaient aussi se donner la main et dormir ensemble dans le même lit. Maintenant ce genre de comportement serait impensable comme signe d’amitié. Le baiser est donc un acte en perpétuelle évolution. 

Qu’en est-il de la place du baiser au sein du couple?

La majorité des couples s’embrassent de moins en moins sur le long terme et c’est pareil pour les baisers dits «profonds». Ces derniers vont alors être davantage réservés aux moments de partage sexuel. En dehors, on va plutôt se faire un petit baiser du bout des lèvres, qui reste bien sûr très agréable. Mais cette évolution démontre que le baiser peut être un thermomètre du désir. Au début, il y a toutes ces hormones de l’état amoureux qui donnent envie d’aller vers l’autre. Puis, une fois ce stade passé, la signification du baiser change. Quant à la pratique en elle-même, elle reste peu discutée au sein des couples.

C’est-à-dire…

On ne se demande pas vraiment comment l’autre aime être embrassé alors qu’on va parler plus volontiers des autres pratiques sexuelles. Pourquoi? Car émettre une préférence, une suggestion dans la manière pourrait laisser entendre que l’autre n’embrasse pas bien. Et ça touche, parce qu’il y a quelque chose de plus intime, de plus personnalisé dans un baiser que dans une pénétration ou une caresse.

On dit néanmoins qu’on garde toujours le souvenir de son premier baiser…

Oui, car on entre en contact avec l’autre à un niveau très intime, avec tous ses sens en éveil. La bouche est aussi une zone très sensible qui est investie dès l’enfance. C’est par là qu’on va manger et explorer le monde. Rien d’étonnant donc que le premier baiser soit si marquant.

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