18 octobre 2018

Le Beaujolais joli est arrivé

Entre Lyon et Mâcon, la région ne se résume pas à la réputation, contrastée, de son vin. C’est aussi un paradis pour les randonneurs et les fondus d’histoire.

beaujolais
L’église et les vignes de Saint-Laurent-d’Oingt. (Photo: Getty Images)
Temps de lecture 6 minutes

Beaujolais. Quand on a dit ça, on croit avoir tout dit. Un vin sympathique certes, mais qui fait pauvre figure face à ses voisins bourguignons au nord et rhodaniens au sud. Bref, beaujolpif. Sauf qu’il existe, si l’on cherche bien, d’excellents crus produits par des vignerons d’exception. Et surtout que ce bout de terre coincé entre Lyon et Mâcon ne se résume pas à son pinard. Le Beaujolais, en vérité, c’est plutôt joli et même assez beau. Des paysages tout en collines, pentes vallonnées, châteaux perchés et vieux villages conservés, qui lui donnent par temps clair de petites allures de Toscane.

Le Beaujolais vient d’ailleurs d’obtenir, en avril 2018, le label Géoparc de l’Unesco, et la région Auvergne-Rhône-Alpes l’inscrit parmi ses vingt-six sites touristiques emblématiques. On n’y va donc pas que pour s’y rincer la dalle. C’est une contrée propice par exemple aux balades de toutes sortes: à pied, à vélo, en voiture, à cheval. Le Beaujolais, enfin, c’est toute une histoire.

Une chapelle dans les vignes du Beaujolais, avec en toile de fond le mont Brouilly. (Photo: Getty Images)

Une inscription rappelle ainsi à Villefranche-sur-Saône, la capitale actuelle, qu’en 1260 le sieur Guichard IV de Beaujeu dota la ville d’une charte. Dans laquelle, entre autres, il était stipulé qu’un couple convaincu d’adultère aurait le choix entre deux châtiments: «Courir nus dans la ville ou racheter cette course au prix fixé arbitrairement par le Seigneur de Beaujeu.» 

Symbole de ce Beaujolais à la fois historique et charmeur, Oingt, au pays dit des Pierres dorées, classé parmi «les plus beaux villages de France». Un bourg au sommet d’une colline, tout en maisons de pierres de couleur ocre et qui a conservé de son passé moyenâgeux la chapelle d’un château bâti autour de l’an mil, une porte fortifiée ainsi qu’une tour, du haut de laquelle on pourra contempler le vignoble du Beaujolais d’un point cardinal à l’autre.

Romantique: une calèche dans les rues d’Oingt. (Photo: Office de tourisme Beaujolais Pierres dorées)

Les petites ruelles pentues sont dotées de noms caractéristiques. Comme «Rue Trayne Cul». «Les mots disaient ce qu’ils disaient, explique Andrée Margand, institutrice retraitée et guide du village. C’est par cette rue qu’on allait chercher l’eau au puits et l’hiver elle pouvait être très glissante, on se retrouvait vite sur les fesses.» Le long des façades qui abritent pour la plupart des boutiques d’artisans, une austère petite porte de bois soudain fait tache, barrée d’une inscription noire et lugubre: «Prison». «Elle était prévue pour tous les délits, raconte Andrée, mais elle servait surtout pour le dégrisement des vendangeurs que le vin avait rendus méchants. En général, on les relâchait le lendemain.»

Quant aux fameuses pierres dorées omniprésentes, Andrée Margand explique qu’elles se sont «formées il y a 170 millions d’années au fond de l’océan, c’étaient des débris de lis de mer et de crinoïdes – des animaux marins en forme de plantes – avant d’être remontées jusqu’à 500 mètres d’altitude par le plissement alpin».

Vue sur le bourg d’Oingt. (Photo: Office de tourisme Beaujolais Pierres dorées)

Loin de ces abysses, à Salles en Beaujolais, on pourra visiter une église et un cloître fondés au Xe siècle par des bénédictins dépendant de l’abbaye de Cluny et à l’histoire tout à fait particulière. Alliant travaux intellectuels et métiers de la vigne, les moines occuperont les lieux jusqu’en 1300. L’abbé de Cluny les rappelle alors pour loger à la place des bénédictines issues de familles nobles et surtout riches.

Ces dames, au fil des siècles, chercheront à s’émanciper, jusqu’à rompre avec Cluny en 1777. Elles se font désormais appeler chanoinesses, renoncent aux vœux, vivent dans l’opulence, disposent de servantes. Elle peuvent sortir quand elles veulent, prendre des vacances, recevoir. Leur uniforme consiste en un seyant manteau doublé d’hermine avec une croix en or pendant à un ruban violet. Les novices ne s’appellent plus novices mais nièces, et finissent souvent par épouser l’un des visiteurs du cloître. La supérieure, madame de Ruffey, âgée de 31 ans, mandate un architecte pour de luxueuses transformations: nouvelle église, avec jardins, bassins, jets d’eau et hôtels pour les visiteurs. La Révolution mettra brutalement fin à ces ambitions: les chanoinesses sont arrêtées, emprisonnées à Lyon et leurs biens confisqués.

La mode du Beaujolais nouveau sur le déclin

Retour au temps présent, à Ternand, au domaine de Jean-Jacques Paire, l’un des viticulteurs, en appellation Beaujolais, qui ouvre ses portes sur rendez-vous et propose, outre une dégustation, la visite d’un petit musée résumant quatre siècles de viticulture dans la région. «Vignerons depuis seize générations, annonce-t-il fièrement, racontant qu’il possède, avec son fils, une dizaine d’hectares. «Ce n’est pas beaucoup, mais c’est un peu la taille usuelle pour une exploitation familiale.» Il montre un vieux pressoir devant la maison, s’excuse presque. «Il n’a que 200 ans.» Et avance une explication. «Avant la Révolution, il était interdit de faire du vin, c’était réservé aux seigneurs et à l’Église. Puis les propriétaires ont été les Lyonnais qui avaient fait fortune dans la soie.»

À Salles, un cloître fondé au Xe siècle par des bénédictins dépendant de l’abbaye de Cluny. (Photo: Office de tourisme Beaujolais Pierres dorées)

Dans le musée, entre une impressionnante alignée de sécateurs et de tranche-marc, deux énormes seringues de métal peuvent intriguer. «C’était pour lutter contre le phylloxéra (puceron ravageur de la vigne, ndlr) à la fin du XIXe siècle. Les premiers traitements consistaient à asperger les vignes au pétrole, ce qui n’était évidemment pas très bon. La bonne façon de faire était de tout arracher et de replanter.»

Devant une rangée de hautes cuves en ciment, il explique que «ce vin est âgé de vingt jours, il sera embouteillé dans deux semaines et sera sur votre table le troisième jeudi de novembre pour être servi en Beaujolais nouveau». Pour justifier l’habitude prise de boire un vin si jeune, Jean-Jacques Paire raconte que c’est un peu la faute des Lyonnais. «En novembre, les vins du Beaujolais à Lyon étaient déjà tous bus, ou plus très bons.» La mode du Beaujolais nouveau, de plus en plus vilipendée comme une opération avant tout de marketing, semble en perte de vitesse. Jean-Jacques Paire confirme la tendance: «Il y a quinze ans, le Beaujolais nouveau représentait 75% de ma production. Aujourd’hui, ce n’est plus que 25%.»

Il reste pourtant des amateurs. Le vigneron frappe sur une cuve. «Ça, c’est pour le Japon.» Les autres gagneront plutôt le nord du Beaujolais où la litanie des crus rien qu’à l’énumérer, gamme tout en gamay, réchauffe déjà le cœur: Brouilly, Saint-Amour, Régnié, Moulin à Vent, Morgon, Chenas, Fleurie, Julienas et Chirouble.

Sur le mont Brouilly. (Photo: Office de tourisme Beaujolais Pierres dorées)

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