24 janvier 2018

Le blues du remplaçant

Pas facile de cirer la banquette. Heureusement le mercato d’hiver est là, avec ses promesses d’herbe plus verte. Et Dieu veille sur les «supersubs».

Après avoir rêvé de coupes, Lucas boit la tasse.
Après avoir rêvé de coupes, Lucas boit la tasse.

Remplaçant, c’est pas cool. La vieille appellation de «coupeur de citrons» a certes disparu, mais l’opprobre reste. Même le «supersub» – le remplaçant qui plante un but chaque fois qu’il entre - a rarement l’estomac assez solide pour digérer cet infamant statut.

Janvier pourtant est le mois où le cireur de banquettes croit entrevoir la lumière. Le mercato d’hiver se présente comme une opportunité d’aller vérifier ailleurs si le gazon, et surtout le temps de jeu, sont moins gelés. Cela ne se fait pas sans lamentations ni colères plus ou moins exprimées.

Ainsi le brésilien du PSG Lucas Moura, que la venue de son compatriote Neymar a précipité dans les oubliettes et qui pourrait signer à Nantes: «Le choc est brutal. Je suis dégoûté de ne plus jouer, de ne plus pouvoir m'exprimer comme je le faisais.»

Heureusement pour le remplaçant mal aimé, comme pour le titulaire indiscutable, et même peut-être davantage, il n’y a pas que le foot dans le vie. «Dieu est tellement grand» raconte Lucas dans le journal «L’Equipe» «que, pendant le moment le plus difficile de ma carrière, il m'a offert le plus beau des cadeaux». A savoir, un fils. «Quand je rentre à la maison, que je prends Miguel dans mes bras et qu'il me regarde dans les yeux, j'oublie tout.»

Déchirant. Il semble d’ailleurs exister une connexion toute particulière entre Dieu et les remplaçants. Ainsi le lyonnais Memphis Depay, entré à la 69ème minute et qui inscrivit dans les arrêts de jeu un but de la victoire somptueux contre le PSG, prend cette revanche d’assez haut: «Je n’ai rien à prouver à mon entraîneur. Je joue pour Dieu, et seulement pour Dieu. Je reviendrai. Je suis incassable.»

Signalons enfin le cas – tragique – du remplaçant qui n’a pas l’habitude et à qui ça fait tout drôle. Tel Karim Benzema s’apprêtant à entrer en jeu à la 64ème minute lors du match Real Madrid-La Corogne. Et accueilli, avant même d’avoir posé un orteil sur la pelouse, par un concert de sifflets. Son agent a raconté que le joueur l’avait plutôt mal pris: «Karim a toujours fait preuve d'un engagement exemplaire et a toujours fait passer les intérêts de l'équipe avant les siens. Il ne mérite pas ça. Ses sifflets sont injustes.»

Les gens sont méchants, c’est sûr, et les footballeurs, même lourdement payés, de petites choses fragiles, crédules et romantiques.

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