25 octobre 2017

Le boom des drones à tout faire

Photo aérienne, livraison de colis ou simple loisir: les drones civils ont débarqué dans notre quotidien. Mais pour éviter les accidents avec ces engins volants, mieux vaut apprendre à les piloter.

Jean-Claude Maret, à la retraite depuis trois ans, combine à sa façon sa passion pour les hélicoptères et la photographie.
Jean-Claude Maret, à la retraite depuis trois ans, combine à sa façon sa passion pour les hélicoptères et la photographie.
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On connaissait les drones militaires, appareils espions parfois chargés de missiles. Mais aujourd’hui, ces engins volants télécommandés se sont allégés et ont envahi l’espace aérien. Grandes araignées de carbone ou petits multicopters ultra-compacts, munis de capteurs et capables de filer à plus de 70 km/h, ils se sont même tellement démocratisés qu’il s’en vendrait environ 20 000 par an en Suisse (estimation de la police genevoise en 2013 déjà) et qu’il y aurait en tout quelque 100 000 drones dans le ciel suisse.

De toutes les tailles et à tous les prix, ils se glissent dans tous les secteurs: entre autres la transmission – un test de livraison de médicaments par drone entre hôpitaux est actuellement en cours au Tessin –, la cartographie, l’épandage, le sauvetage, la sécurité… Et les loisirs bien sûr.

Du coup, on a vu s’ouvrir des écoles de pilotage et même le Touring club suisse (TCS) vient de lancer son programme de cours un peu partout en Suisse romande. «Dès 2014, j’ai proposé une formation pour les professionnels. Mais la technologie est devenue tellement accessible que, depuis 2016, j’ai décidé de m’adresser au grand public avec des cours d’initiation.

Les gens m’appellent parce qu’ils en ont marre de casser leur appareil,

Marc Wagner, directeur d’une école de pilotage de drone, est un expert tant sur le plan du maniement de l’appareil que de ses contraintes légales.

En Valais, la préoccupation est la même. Pour Frédéric Hemmeler, ancien pilote d’hélicoptère, qui a lancé l’année dernière la Drone Academy Fly & Film à Sion, Sierre, puis à Lausanne, Genève et Brugg (AG):

Il s’agit de faire un standard pour garantir un certain sérieux, éviter que les gens ne fassent n’importe quoi et anticiper une réglementation européenne.

Au total, plus de 120 pilotes ont déjà suivi un cours chez Fly & Film, qui a décroché des mandats jusque dans les Caraïbes pour effectuer de l’épandage avec drone dans les bananeraies.

Le profil des élèves qui commencent à se bousculer au portillon? Géomètres, employés d’hôpitaux, retraités, photographes, ados gâtés à leur anniversaire… Qui viennent apprendre les bases de la législation et acquérir la pratique de vol sans assistance. Frédéric Hemmeler souligne:

Les derniers modèles de drones sont très stables, même ma grand-mère aurait pu les piloter. Mais ils sont d’autant plus dangereux!

Car un drone, même léger, n’est pas un jouet. A plus de 2000 tours par minute, les hélices deviennent de véritables petites lames… «Souvent on fait trop confiance à la machine et on l’envoie trop loin. On doit toujours la garder dans son champ de vision. Un drone de 3 kilos qui tombe sur quelqu’un, c’est le scénario catastrophe», poursuit Marc Wagner, qui pointe aussi l’aspect légal:

on commet vite des infractions sans le savoir.

Ainsi donc, un vol, aussi récréatif soit-il, ça se prépare. Parce qu’il faut apprendre à interpréter les signes de la météo, comme les risques de givrage qui peuvent faire tomber le drone comme une pierre. S’habituer aux manettes de commande dont le mouvement est asymétrique. Et surtout connaître les points faibles de l’appareil. «Quand le GPS ne fonctionne plus, mieux vaut savoir faire revenir le drone en manuel. Il peut y avoir un bug dans les algorithmes, ce n’est jamais fiable à 100%», conclut Marc Wagner.

Laura Keller: «Pour les chantiers, l’image aérienne permet d’avoir une vue plus globale»

Grâce au drone, le vertige n’est plus un obstacle pour Laura Keller, photographe indépendante à Genève spécialisée en architecture.

«J’ai parfois besoin de faire des prises de vue en hauteur, mais j’ai le vertige et monter dans un hélico ou sur une grue n’est vraiment pas mon truc!», explique Laura Keller, 40 ans. Cette photographe spécialisée en architecture garde d’ailleurs un souvenir difficile d’une ascension forcée sur un échafaudage. Mandatée par différents bureaux d’architectes, fondations et services d’urbanisme la jeune femme a trouvé une solution: apprendre à piloter un drone.

«Pour les chantiers, l’image aérienne permet d’accéder à une vue plus globale», explique Laura Keller, qui adore assurer le suivi des travaux et «voir comment les lieux de vie se construisent à partir d’une plaine de cailloux». De même pour les photos de bâtiments qui ont été surélevés, la perspective devient fuyante et il faut la corriger. Le drone permet de faire des photos à la hauteur voulue là où même les objectifs appropriés ne conviennent pas.

Laura Keller s’est donc inscrite à une formation avec, au programme, une dizaine d’heures de cours pratiques. «J’apprends à piloter en manuel et c’est assez difficile. L’appareil est très sensible, il faut s’habituer aux manettes, gérer le vent et arriver à s’orienter.

C’est un véritable exercice de représentation spatiale.

Si elle avoue n’avoir jamais joué avec un appareil télécommandé, le défi technologique ne semble pas la décourager, bien au contraire. Elle envisage de s’acheter prochainement un Phantom Pro4 et se réjouit de proposer de nouvelles perspectives à ses mandataires. «Pour mes différents travaux, je trouve intéressant de pouvoir offrir des vues d’ensemble», souligne celle qui envisage tout à fait aussi d’utiliser le drone pour ses travaux artistiques personnels. «Les photos prises avec le drone sont de bonne qualité. C’est un outil de plus qui m’apportera un point de vue différent.»

Jean-Claude Maret: «C’est comme si je pilotais un hélicoptère!»

Jean-Claude Maret, retraité à Lourtier (VS)

Une poignée d’ordinateurs, plusieurs caméras, une Gopro et trois drones. Jean-Claude Maret, directeur retraité d’une entreprise de construction spécialisée dans les téléphériques de chantier, est un vrai geek et il ne s’en cache pas! Il a acheté son premier drone, un Phantom 2, en 2013 pour filmer les travaux. «Je faisais des photos lors de la pose de conduites forcées en montagne, dans des terrains escarpés pas toujours faciles d’accès.»

Mais la retraite ne lui a pas coupé les hélices: il continue de voler autant que possible pour le plaisir. Mais pourquoi trois drones? «Le premier déformait les objets, l’objectif de la caméra arrondissait les angles. Le second a heurté un sapin dans une manœuvre de marche arrière. J’ai dû le faire réparer, mais entre-temps, j’en avais déjà acheté un troisième!», rigole Jean-Claude Maret. Qui a fini par suivre les cours complets de pilotage au printemps dernier. J’avais peur de voler dans le vent, maintenant, Je suis plus sûr du maniement et j’ai appris plein de choses sur la protection des données et les zones interdites de survol.»

Aujourd’hui ses drones lui permettent donc de réaliser des petits films qu’il s’amuse ensuite à peaufiner avec un logiciel de montage et qu’il poste sur Facebook.

J’aurais voulu être pilote d’hélicoptère et j’adore la photo. Le drone me permet de réunir deux passions en une!

Peut-être que j’achèterai le prochain Phantom...»

Ci-dessous, la carte www.map.airshoot.ch indique les espaces interdits:

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