24 septembre 2012

Le bootcamp, version civile du sport militaire

Directement issu de l’entraînement des GI américains, cette transpiration de groupe en plein air a déjà conquis le monde anglo-saxon et la Suisse alémanique.

Des participants en actione en plein air
Les participants au bootcamp 
ont vécu une heure et demie d’activité physique 
très intense.
Temps de lecture 5 minutes

Nom de code: Bootcamp. Comme souvent en matière de transpiration de groupe, la mode vient des Etats-Unis. De son armée, précisément, version GI et sergent-major éructant. Après un sprint à travers les parcs et autres plages nord-américaines, la version civile marche déjà fort en Suisse alémanique et commence à envahir les offres des spécialistes romands de la transpiration volontaire.

Si la tenue de camouflage est facultative, la finalité reste la même: proposer à celles et ceux qui veulent perdre du poids de dépasser leurs limites dans une sorte de course d’obstacles en pleine nature contre les kilos.

Responsable du secteur sports au sein de l’Ecole-club Migros du canton de Vaud, Florent Jeannerod est bâti comme le baraqué du film Platoon, la balafre en moins et le sourire en plus. En ce 21 août, ce passionné va faire découvrir durant une heure trente la version concentrée du bootcamp à treize personnes inscrites à une présentation de la discipline lors de journées sportives dédiées aux femmes.

Logiquement, le public de ce soir est exclusivement féminin, à l’exception de Marco, quadra sportif inscrit par son épouse, elle-même grande amatrice de fitness. «C’est le plus souvent comme ça. Les hommes sont pourtant tout autant concernés, mais ce sont les dames qui s’inscrivent», relève Florent. Moins de complexes, peut-être? Une chose est sûre: les origines martiales du bootcamp ne les dérangent nullement. La plupart d’entre elles entretiennent déjà leur condition physique: même si le bootcamp s’adresse à tout le monde, son intensité rebute sans doute les moins habitués. «Après, c’est à l’instructeur de s’adapter aux participants», note encore Florent, qui s’est spécialement formé pour développer cette offre portant le label américain Les Mills.

«Aujourd’hui, c’est une prise de contact avec le bootcamp, conçue comme une séance unique. Notre offre de cours sera vendue comme un «package», soit une dizaine d’heures assez concentrées assorties de conseils en matière de nutrition», explique le coach à l’énergie communicative.

Quatre copines venues pour essayer

Dans un coin du parc du Signal de Bougy, un quatuor féminin oscille entre appréhension amusée et impatience. Myriam, 32 ans, est l’instigatrice de leur inscription. Toutes les quatre travaillent à Montbenon, au Tribunal d’arrondissement de Lausanne. «Avec Emilie, je fais déjà du fitness en salle pendant la pause de midi. J’ai motivé deux autres copines du boulot à essayer cette nouvelle offre.» Caroline et Marlène, 31 et 26 ans, parlent de traquenard en rigolant. «On voulait voir si on en était capables. Comme un petit défi.» Bon, c’est pas tout ça: il est 18 heures, et discipline militaire oblige, l’heure, c’est l’heure. Rassemblement des troupes et mise en jambes sous forme de course et d’échauffement.

Florent Jeannerod: «A mon avis, le bootcamp est promis à un bel avenir»
Florent Jeannerod: «A mon avis, le bootcamp est promis à un bel avenir»

Florent Jeannerod motive déjà ses troupes. Le ton martial reste sans doute l’aspect le plus militaire du bootcamp version lycra et perte de poids. Pas de simulacre d’armée pour autant (lire encadré). «Pour moi, il y a aussi le travail en équipe, qui permet d’aller au bout de soi-même», souffle entre deux enjambées notre prof. Fin de l’échauffement et première petite pause. La soirée frise la canicule, et les ateliers qui s’annoncent demanderont toute leur énergie aux participants. Là-haut, autour d’un tronc, un gros élastique pour du cardio en tension sans oublier de bien lever les genoux. Caroline fait front avec courage, mais le souffle est déjà court. «On doit être un peu masos, grimace-t-elle. En même temps, on est venues pour souffrir…» Mais Florent la remet à l’ordre, goûtant peu toute dépense d’énergie inutile. «Ensuite vous changez de poste, et au pas de course», précise-t-il dans un mélange d’autoritarisme et de sens de la motivation dont il a le secret.

Cela se vérifie un peu plus tard, lors de la course par équipe. Deux groupes de sept, chacun court avec le ballon aller-retour et passe le relais. «Allez, vas-y à fond», lance Emilie à une fille devant elle.

Après le coup de l’élastique, mais aussi des bonds de grenouille, des sauts sur un banc et une multitude d’autres exercices stimulant le cœur autant que les muscles, les troupes semblent pourtant bien fatiguées. Même Marco, qui sort du Grand Raid à vélo (petit parcours, déjà très costaud) il y a quelques jours, reconnaît: «C’est très physique. J’ai l’habitude de l’effort et pourtant, en matière de cardio, j’étais à fond.» Avis largement partagé par les participantes, Myriam en tête: «L’effort est intense tout le temps. Et comme c’est très bien dosé, avec aussi beaucoup d’exercices en groupe ou en équipe, j’ai eu le sentiment de vraiment aller au bout de ce que je pouvais faire.»

Un beau compliment pour le programme intensif mitonné par Florent Jeannerod, lui-même convaincu par le concept: «Il faut dépasser les exercices de pompes ou d’abdominaux, travailler avec les éléments de la nature ou de l’endroit, amener de la nouveauté, du jeu. A mon avis, le bootcamp est promis à un bel avenir, tout comme les autres pratiques sportives qui sortent les gens des grandes salles de musculation un peu passées de mode.»

Photographe: Laurent de Senarclens

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