27 octobre 2012

Le cannabis rend-il idiot?

L'influence négative des joints sur les performances intellectuelles a pu être enfin démontrée en suivant un groupe de fumeurs pendant vingt-cinq ans. Les médecins suisses émettent toutefois quelques réserves.

Les effets du cannabis
Selon une étude néo-zélandaise, un individu ayant régulièrement consommé de l'herbe pendant sa puberté peut perdre jusqu'à 8 points de QI une fois à l'âge adulte. (Illustration: Pascal Jaquet)
Temps de lecture 5 minutes

Le cannabis pourrait perdre définitivement son statut de «drogue douce». Une enquête a été menée avec 1037 enfants néo-zélandais nés en 1972 ou 1973, puis observés jusqu’à l’âge de 38 ans. A intervalles réguliers, les participants ont été soumis à des tests de quotient intellectuel (QI). Et les résultats de ce travail de longue haleine – publiés dans la revue scientifique Actes de l’Académie américaine des sciences – ont pu confirmer l’hypothèse des chercheurs: un individu ayant régulièrement consommé de l’herbe pendant sa puberté peut perdre jusqu’à 8 points de QI une fois à l’âge adulte.

Daniele Zullino: "Il est certain que des jeunes qui arrivent en cours sous l'influence de drogues, le cerveau en "stand-by", retiennent moins d'informations."
Daniele Zullino: "Il est certain que des jeunes qui arrivent en cours sous l'influence de drogues, le cerveau en "stand-by", retiennent moins d'informations."

Si l’influence du cannabis sur les capacités de notre cerveau était depuis longtemps envisagée par les scientifiques, elle n’avait jamais pu être démontrée de manière si précise. Marc Augsburger, responsable opérationnel de l’unité de toxicologie du CHUV, n’est donc pas surpris par ces résultats. «Grâce à des études sur des rats, on savait déjà quelles parties du cerveau sont touchées lors d’une consommation de cannabis. Ce sont ces mêmes zones qui sont les centres de l’apprentissage et de la mémoire. Des facultés mises à contribution justement lors des tests de QI!»

D’autres éléments entrent en jeu

Daniele Zullino, médecin-chef du service d’addictologie aux HUG, reste pourtant prudent face à ces résultats. «Les chercheurs établissent une corrélation entre QI et consommation de cannabis. Mais d’autres éléments pourraient entrer en jeu, reproche-t-il. Pour prouver de manière certaine de telles affirmations, il faudrait choisir aléatoirement un groupe de personnes et administrer à 50% d’entre eux une dose régulière de THC, sans les prévenir. Une étude bien sûr impossible à réaliser! N’oublions pas non plus que l’adolescence est une période charnière dans le développement de notre esprit. Il est certain que des jeunes qui arrivent en cours sous l’influence de drogues, le cerveau en «stand-by», retiennent moins d’informations. Du temps perdu et des lacunes qui seront très difficiles à combler par la suite.» Un autre biais possible est pointé du doigt par Daniele Zullino: la spécificité de ces résultats. «Si cette enquête est exacte, on ne devrait pas pouvoir constater le même phénomène avec le tabac ou l’alcool, poursuit l’expert en addictologie. Pourtant, les risques de développer une psychose sont les mêmes pour ces deux substances! Dans la phase initiale d’une étude on forme des hypothèses. Mais celles-ci sont toujours influencées par la société. Pour cette raison, les chercheurs ne réalisent jamais les mêmes études pour d’autres produits à risque de dépendance.»

Les jeunes fument moins mais boivent davantage

La consommation de cannabis chez les jeunes semble heureusement connaître une légère diminution depuis quelques années. L’enquête de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a établi en effet qu’en 2010, 10,4% des jeunes de 13 à 29 ans avaient consommé au moins un joint au cours des six derniers mois. Ils étaient 11,1% en 2007 et 13,3% en 2004. «C’est une bonne nouvelle mais il est impossible de connaître les raisons de cette baisse, explique René Stamm, remplaçant du chef de la section drogue à l’OFSP. Bien trop de facteurs sociaux entrent en jeu! En contrepartie, on observe malheureusement une augmentation de la prise d’alcool chez les jeunes. Substance qui, prise en grande quantité, peut engendrer des effets tout autant dévastateurs sur leur cerveau!»

En ce qui concerne la prévention face au cannabis, l’étude néo-zélandaise réconforte l’OFSP dans ses choix. «Notre cible principale est déjà les jeunes à risque, affirme René Stamm. Nous privilégions une méthode axée sur l’intervention précoce. Pour cela, nous avons notamment publié il y a déjà plusieurs années une brochure destinée aux écoles. Elle apprend aux enseignants comment gérer le problème du cannabis en leur sein en répondant à des questions comme: comment s’adresser à un jeune qu’on soupçonne de consommer du cannabis? Faut-il en aviser le directeur de l’établissement scolaire? Ou contacter directement ses parents?» Un travail sur le terrain donc, plutôt que de massives campagnes publicitaires comme on en voit pour l’alcool ou le tabac. A compléter avec des informations diffusées au grand public, dont pourrait bien faire partie à l’avenir cette nouvelle étude.

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