30 mai 2015

Logements d'étudiants: le casse-tête

Trouver un toit à prix modéré en Suisse romande relève souvent de la gageure pour les personnes en formation. Une expérience pionnière montre cependant que de la pénurie actuelle peuvent naître des idées innovantes.

Etudiants en colocation
Chercher à se loger en Suisse romande n’est jamais une partie de plaisir pour les étudiants. Et principalement dans l’arc lémanique, où les taux de logements vacants restent très bas. (Photo: Getty Images)
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«Etudiant calme, sympathique et prêt à rendre service cherche chambre à louer.» Les sites internet regorgent de petites annonces du même acabit. Et le temps presse. De Lausanne à Genève en passant par Yverdon, Sierre, Neuchâtel ou Fribourg, les personnes qui s’apprêtent à rejoindre une haute école ont jusqu’à mi-septembre pour trouver une habitation. Moins de quatre mois durant lesquels les futurs étudiants devront faire preuve de débrouillardise et de persévérance afin de trouver un logis à prix décent dans un marché tendu.

Aussi, les personnes en formation sont confrontées à une double contrainte. D’une part, elles recherchent des logements à prix modérés, et de l’autre, elles n’ont souvent pas les moyens d’avancer trois mois de garantie de loyer pour obtenir une habitation. Et ce n’est pas tout: elles se retrouvent en concurrence avec des salariés qui eux-mêmes peinent à trouver un appartement en Suisse romande. L’arc lémanique arrive en tête des régions romandes les plus touchées par la pénurie, avec moins de 1% de logements vacants. Résultat: alors qu’un étudiant sur cinq choisit la colocation, 39% vivent chez leurs parents. C’est ce que relève un rapport de l’Office fédéral de la statistique (OFS) sur les conditions d’études et de vie dans les hautes écoles suisses.

Source: OFS (situation en juin 2014)

Vivre chez papa-maman

Les étudiants «locaux» ont effectivement la possibilité de rester dans le giron familial. Une bonne nouvelle pour eux puisqu’ils échappent ainsi aux frais liés au logement. Ceux-ci se montent en moyenne à 754 francs par mois. Soit «le plus gros poste des dépenses totales», selon l’étude de l’OFS. En plus de l’aspect financier, «trouver une solution lorsque l’on vient de la région est en général plus facile. On sait où s’adresser et on peut faire marcher son réseau», remarque Rachel Oesch, collaboratrice scientifique au Département de l’éducation et de la famille du canton de Neuchâtel.

Le problème est tout autre pour les étrangers ainsi que pour les personnes venant d’un autre canton. Ils représentent plus de 50% de la population dans les universités romandes en 2014 (voir graphique).

Ça va mieux, mais…

«Chaque année, des étudiants renoncent à venir à Genève, car ils ne trouvent pas d’hébergement», explique Jean-Jacques Kronneberg, représentant du logement estudiantin au sein de la Fondation pour la promotion du logement bon marché et de l’habitat coopératif (FPLC) à Genève. «La rentrée prochaine s’annonce tendue même si plusieurs constructions sont en cours dans le canton», ajoute-t-il.

La Fondation maisons pour étudiants Lausanne (FMEL) loge quant à elle quelque 2500 personnes, dont les trois quarts ne sont pas vaudois. Elle a déjà fermé les inscriptions pour la rentrée 2015. Pourtant, son directeur, François Guichon, remarque: «La situation est moins problématique que les années précédentes même si la crise n’est pas complètement résolue.» Du côté de Fribourg et de Neuchâtel, les services du logement parlent d’un marché «tendu mais qui fonctionne».

Occuper des bâtiments vacants pour loger des étudiants

C’est au cœur de cette problématique que l’idée d’occuper des espaces vides est née dans plusieurs cantons. «Depuis vingt-cinq ans, l’Association pour le logement des jeunes en formation (ALJF) négocie avec des propriétaires de bâtiments temporairement inoccupés des contrats de prêt à usage», commente Gabriel Gonzalez, membre de cette association lausannoise et sociologue urbain. Cette technique permet à des étudiants de trouver un toit à moindre coût (la cotisation mensuelle de 100 francs fait office de loyer). En échange, les membres s’engagent à s’occuper des locaux «afin que ceux-ci ne se dégradent pas lorsqu’ils sont inhabités».

Christoph Holz, architecte, membre du projet «Les Garages» qui a transformé un local inutilisé en micro-habitats.

Si la plupart de ces immeubles appartiennent à des communes, des particuliers ont également fait confiance à l’association. «Les contrats sont de durée variable, allant de six mois à plusieurs années. De notre côté, nous nous employons à quitter les lieux, sans faire d’histoires, dans le délai négocié.» La Ciguë à Genève (coopérative de logement pour personnes en formation) fonctionne également partiellement sur ce principe. Elle compte quelque 600 adhérents.

Problème: ces deux organismes sont victimes de leur succès. Leur liste d’attente déborde. A Lausanne, ils sont ainsi 300 à patienter alors que l’ALJF n’a aujourd’hui que 200 chambres à proposer et que celles-ci sont déjà occupées.

Expérimentation urbaine

«Face à cette situation critique, nous avons cherché des solutions alternatives adaptées aux besoins d’une population à revenu modeste», relève Gabriel Gonzalez. Et c’est en constatant que de nombreuses surfaces commerciales étaient inoccupées que le projet «Les Garages» est né. En mars, un collectif composé de membres de l’ALJF, d’architectes et d’artistes, a ainsi installé six drôles de constructions dans un local d’un ancien concessionnaire automobile à Renens. Ces micro-habitats sont tous différents. Ils revêtent néanmoins ces mêmes caractéristiques: il y a un lit, de la place pour ranger quelques affaires mais surtout des cloisons qui permettraient à qui le voudrait d’avoir un peu d’intimité dans un espace moyen de 7 mètres carrés. Le lieu a fait l’objet d’une exposition. Il est désormais en phase d’expérimentation pour une poignée de volontaires.

Gabriel Gonzalez, sociologue, membre de l’Association pour le logement des jeunes en formation.

«Ce que nous proposons n’est pas un domicile mais un logement temporaire. Cela pourrait servir, par exemple, à des étudiants qui ne trouveraient pas d’habitation immédiatement. Avec notre concept, on pourrait les loger pour une durée limitée. Puis, le jour où il faut quitter les lieux, ces maisons nomades pourraient être démontées en quelques heures», commente Christoph Holz, architecte EPFL et membre du projet. Tout comme lui, ils sont six collectifs d’architectes à avoir planché bénévolement sur la question. Le résultat est ludique. Enfantin. Cela ressemble à des sortes de cabanes pour adultes. Mais est-ce vraiment viable? Mattia Pretolani, étudiant en architecture tessinois, a testé durant deux semaines sa création et assure: «Il faut certes aimer vivre en communauté, car les espaces communs (cuisine, toilettes, douche, ndlr) sont partagés, mais j’y ai très bien dormi!»

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Texte: Emily Lugon Moulin

Photographe: Dom Smaz

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