22 septembre 2014

Le cauchemar des punaises de lit

A Genève comme un peu partout, ce nuisible se répand dans les logements et les interventions de professionnels explosent. Au point de constituer un vrai problème de santé publique.

Une punaise de lit
En cas de présence de punaises de lit, il est très important d’avertir sa gérance au plus vite.
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La micro-invasion a pris tout le monde de court. Et fait les gros titres. Les punaises de lit prolifèrent. Et pas seulement dans nos matelas: coiffeurs, cinémas, lieux publics sont touchés. Les entreprises spécialisées en désinfection ne chôment pas. Vaud et Valais confirment une nette progression des interventions. Quant à Genève, il a carrément constitué un groupe de travail ad hoc. A l’étranger, la France constate un triplement des interventions contre l’insecte depuis 2005. Des véritables épidémies ont touché New York en 2010 ou Pise en 2003.

Vidéo: reportage de Radio-Canada sur l'invasion de punaises de lit dans plusieurs villes nord-américaines en 2010.

Car une fois l’invasion déclarée, rien à faire à part battre en retraite. La preuve? L’été dernier, une centaine de recrues et 44 cadres ont dû quitter précipitamment la caserne de Colombier (NE) pour être relogés au site d’instruction de Planeyse.

En 2010, nous avions traité sur Genève quatre logements infestés. L’année dernière, plus de 1500.

Stéphane Aeschlimann est le patron d’une société qui éradique toutes sortes de nuisibles. Mais depuis un ou deux ans, les punaises de lit occupent l’essentiel de son temps. «L’ensemble du canton est touché. Avec la recrudescence des voyages et des déplacements, avec la mode des brocantes et le plaisir d’inviter des amis, la bestiole ne peut que proliférer encore davantage», note Stéphane Aeschlimann. Qui salue la mise sur pied du groupe de travail genevois, tout en regrettant «qu’il ne comprenne aucun professionnel».

Il n’existe pas vraiment de moyen de s’en prémunir. Chez soi, passer souvent l’aspirateur, y compris sous et derrière le lit, éliminer le désordre, retirer le papier peint décollé ou sceller toutes les fissures ou crevasses ne suffit pas. Puisqu’il faut aussi se montrer très vigilant face à tout ce qui est introduit dans le domicile. «Idéalement, comme dans une chambre d’hôtel il faudrait laisser la valise dans la salle de bains, l’idéal consisterait à y placer les vestes des invités.» Evidemment, au quotidien, ces mesures ne s’avèrent guère pratiques à mettre en œuvre.

Autant dire que tous les hôtels sont un jour ou l’autre concernés par le problème. Du palace à l’auberge de jeunesse, ce n’est pas une question de standing. Cette idée reçue qui consiste à associer les punaises de lit à la saleté a un effet pervers: «Beaucoup ne veulent pas en parler par peur qu’on les soupçonne de ne pas respecter les règles élémentaires d’hygiène. Alors soit ils ne font rien et les punaises prolifèrent de plus belle, soit ils tentent de s’en débarrasser eux-mêmes et utilisent un insecticide, qui est un répulsif. Résultat? Non seulement cela ne les tue pas, mais elles essaiment dans tout le logement, voire dans ceux d’à-côté.»

Des chiens utilisés pour détecter les envahisseurs

Autre souci: un début d’invasion peut passer inaperçu. Les punaises peuvent vivre longtemps sans sang frais, et se cachent juste après avoir attaqué. Même les entreprises spécialisées ont parfois un doute. «Le meilleur détecteur est alors le flair de chien. Pour notre part, en cas d’hésitation sur l’utilité d’une intervention ou sur son efficacité après coup, nous collaborons avec une autre société genevoise qui utilise des chiens spécialement dressés.»

Lits d’hôtels, d’hôpitaux ou d’EMS, vêtements d’invités ou de copains de classe, sièges de cinéma ou d’avion, wagons lit: un seul contact avec le parasite peut suffire à le ramener chez soi. Tout le monde se fait alors, tôt ou tard, piquer.

En principe, les traces disparaissent naturellement. Mais il est quand même conseillé de nettoyer la peau, et d’éviter de se gratter. En cas de démangeaisons ou de fortes réactions allergiques, l’application d’une crème adaptée voire d’un antihistaminique s’avère nécessaire. Le service de dermatologie des HUG confirme que non seulement les méfaits des punaises de lit restent peu connus des praticiens (contrairement par exemple à ceux des poux ou de la gale), mais aussi que les «lésions dermatologiques extrêmement inconfortables» constituent un motif de consultation fréquent.

Egalement parce qu’associées à la nuit et à une période en principe de repos, ces attaques induisent parfois «du stress et des angoisses psychosociales» pouvant aller jusqu’à un «isolement social». Il s’agit donc d’un vrai problème de santé publique.

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

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