19 juin 2017

«Je veux rester libre de défendre ma musique»

Après une année «Miss France», comme il le dit lui-même, le chanteur Vianney défend son second album et ses mélodies entêtantes dans une tournée à succès qui se conclura le 20 juillet à Paléo. L’occasion de dépasser son étiquette sage pour nous faire découvrir un artiste sans masque et au parcours autodidacte plein de légèreté.

Vianney sur une grande valise
Les chansons de Vianney lui sont inspirées par son quotidien.

Bonjour Vianney, comment se passe votre tournée?

Admirablement bien! Cette tournée est un peu l’histoire d’une famille qui voyage et se voit démesurément bien accueillie partout où elle passe. Je nous sais très chanceux de vivre une chose pareille.

Etre sur scène, c’est 100% de plaisir ou un peu de trac quand même?

Je ne ressens pas un soupçon de trac au moment de monter sur scène. En revanche, ma concentration doit être immense, mais cela n’empêche en rien d’être détendu! C’est d’ailleurs mon degré de sérénité qui inspirera le bon déroulement du spectacle. Et alors vient le plaisir…

Cette vie de saltimbanque sur la route, entre les concerts, comment la vivez-vous?

La dimension itinérante de cette aventure est un bonheur immense. Mais je savoure toujours mes rares retours à la maison. Dans ces moments-là, je sors très peu de chez moi, je vois ma famille et mes amis.

Vous revenez à Paléo pour la seconde fois en deux ans, et votre nom est presque en haut de l’affiche. Quel sentiment cela vous inspire-t-il?

Ma première fois à Paléo a été un bonheur immense et me laisse encore aujourd’hui un incroyable souvenir. Je garde d’ailleurs précieusement la vidéo de ce concert!

Je sais déjà que je pourrai y trouver la chaleur humaine qui rend ces soirs de festival si particuliers. Et puis, la scène sera cette fois encore plus grande que la première.

Le rapport avec le public est-il le même dans un gros festival que dans une petite salle? Avez-vous une préférence?

Il faut vraiment considérer qu’en festivals, beaucoup de gens ignorent tout ou presque de ce que je fais. C’est souvent une jolie leçon d’humilité. «Jolie», car ces dates de festivals sont alors finalement une vraie rencontre. Je suis donc plus concis en concert, et tente de dresser une setlist (répertoire des morceaux qui seront joués pendant le concert, ndlr) plus efficace. Dans une petite ou une grande salle de tournée, la démarche est différente. L’ambition y est surtout d’approfondir la rencontre avec ce public qui vient me voir. Alors je prends davantage mon temps, je m’ouvre un peu plus.

Vianney
Photo: Jérôme Witz/Warner Music

Pourquoi n’aspirez-vous pas à la célébrité comme beaucoup d’autres jeunes?

Je crois que cela vient de mes parents, qui n’ont jamais éprouvé de fascination pour la célébrité. Pas plus que pour la logique consumériste, d’ailleurs. Et je croise heureusement beaucoup de jeunes qui, comme moi, nourrissent des ambitions autres que celles de l’argent ou de la notoriété.

Maintenant que vous êtes connu, trouvez-vous cette expérience agréable?

Très sincèrement, je crois que tout métier a ses inconvénients et que celui de ne pas pouvoir être tranquille dans un restaurant est somme toute acceptable. D’autant qu’à chaque fois cela me vaut de jolis échanges avec les gens. A vrai dire, je n’y pense jamais maintenant, cela fait partie de mon quotidien.

Parlons musique. Vous écrivez vos textes, vous composez vos musiques. Cela vous offre une grande liberté artistique. Etait-ce important à vos yeux?

Je n’ai en fait jamais vraiment imaginé faire ce métier autrement qu’en contant mes histoires. C’est la base même de ma passion!

Votre père, pilote militaire, jouait Brassens et Le Forestier à la guitare. Un souvenir marquant?

Etre capable de voir du beau dans ce qui nous est hostile est une force immense. C’est ce qui m’a sans aucun doute marqué chez mon père.

Est-ce pour cela que vous aimez à affirmer qu’«il ne faut jamais placer les gens dans des cases»?

Je crois en effet que chacun de nous est un être complexe et que réduire les gens à une seule idée n’a aucun sens. Souvenez-vous de Céline.

Je me risque quand même à une définition: entre chanson à texte douce-amère et ballade folk flirtant avec la variété de qualité… Ça vous convient ou trouvez-vous que ça ne veut rien dire?

Ça ne ressemble plus trop à une seule et même case, votre truc! Et ça me plaît énormément... merci!

Quelles sont vos sources d’inspiration et comment travaillez-vous?

Mon quotidien et celui des autres m’inspirent des sentiments et des idées que je m’applique à mettre en chansons. Que ce soit dans ma chambre, dans les loges, le «tourbus» ou le métro… C’est aussi simple que ça. Je commence parfois par le texte, parfois par la mélodie, souvent les deux en même temps. Mais je n’ai pas davantage de règles.

Votre premier album a été un grand succès critique et public, comme l’on dit. Vous vous y attendiez?

Lorsque l’on termine juste ses études et que l’on décide de sortir un album de chansons issues de sa chambre, on ne s’attend pas à grand-chose, vous savez!

Je crois d’ailleurs que c’est un trait qui me caractérise: je tâche de ne jamais m’attendre à quoi que ce soit.

J’ai lu que vos chansons étaient sorties un peu par hasard de votre chambre où vous les fredonniez à un ou deux amis. Est-ce vrai?

C’est tout à fait vrai! Mes parents ont découvert ces chansons au moment où je les enregistrais, mes meilleurs amis également. Seuls quelques copains musiciens avaient pu les entendre.

Puis vient le temps du second album, que l’on qualifie souvent de premier moment de vérité dans une carrière. Pour vous, on a le sentiment que cela n’a pas représenté un gros écueil?

Au moment d’arranger cet album, de l’enregistrer, je ne pensais qu’à ça, j’en étais obsédé, au point de ne plus dormir assez. Mais ces difficultés ont aussi été l’essence de mon plaisir. Je me suis vu progresser, et pour un musicien, c’est la plus grande satisfaction qui soit.

Vous revendiquez une certaine légèreté d’être, cela empêche-t-il d’être un gros travailleur?

Je reste léger dans ma façon d’être, car je pense sincèrement qu’à mon niveau, en musique, rien ne peut être qualifié de «grave». Je fais l’un des métiers les moins sérieux du monde! Mais il est vrai que j’y consacre mes journées entières, par passion, par bonheur.

A la guitare, vous êtes bon?

Je n’ai jamais appris la guitare que seul dans ma chambre. Académiquement, j’ai un niveau tout à fait honteux… En revanche, j’ai mes techniques à moi et cela me permet vraiment de m’amuser. Alors tout va bien!

Vous connaissez la fameuse sentence affirmant qu’aucune grande chanson n’a été composée à la guitare? Apparemment, vous n’êtes pas d’accord…

Je ne connaissais pas du tout cette idée (rires). Mais demandez à Neil Young si l’album Harvest est globalement né sur autre chose qu’une guitare…

Evidemment, certains se moquent de votre côté garçon sage. Cela vous agace ou vous vous en fichez?

Si on parle réellement de moqueries, il va de soi que je m’en fous royalement. Par contre, j’ai pu tomber sur certaines blagues même un peu acerbes qui m’ont fait franchement rire.

D’autant que cela n’empêche pas un côté un peu aventurier, avec vos grandes virées à vélo ou en scooter électrique, non?

Nous revenons à notre conversation sur les «cases» un peu plus tôt. Méfiez-vous des formes, elles peuvent avoir du fond!

La France a choisi un président du changement. La volonté des élites politiques d’améliorer les choses, vous y croyez? Ou tout part-il toujours d’initiatives individuelles comme celle à laquelle vous avez participé – ou participez encore – avec Hiver Solidaire?

Je crois que les changements profonds s’opèrent par le collectif. Le président n’est rien sans son peuple, et le peuple est composé d’individus théoriquement responsables.

Les initiatives individuelles sont un modeste terreau; c’est le groupe qui finira par faire fructifier celui-ci.

Vous ne cachez ni votre foi catholique ni vos années de scoutisme. Votre foi est-elle importante dans ce que vous êtes aujourd’hui comme artiste et comme homme?

Bien entendu. Mon rapport au ciel est un lien de chaque instant. Dans ce que je vis, je ne suis jamais seul. Mais tout cela relève de l’intime.

Vous rêvez de fonder une famille et d’être l’homme d’un seul amour, ai-je lu, est-ce vrai? Vous assumez ce romantisme pas très rock’n’roll?

Je crois qu’au contraire il n’y a rien de plus rock que d’ambitionner la longue durée dans une époque où le court terme est une norme. Car plus que du romantisme, je crois qu’il s’agit d’une ambition de liberté.

Choisir, c’est être libre. Et quel choix plus immense que celui de toute une vie?

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Audoin Desforges / Pasco

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