19 janvier 2018

Le clitoris ou le droit de jouir

Hommes et femmes ne sont pas égaux sous la couette. Si les uns trouvent l'orgasme à coup sûr, ce n'est pas toujours le cas des autres. C'est peut-être qu'on a oublié d'enclencher un bouton...

une carte de jeux.

Pour un homme, quelle est la différence entre le clitoris et le bistrot?

Le bistrot, l’homme le trouve toujours.

Bon, j’admets que la devinette est digne d’une blague Carambar, mais elle a le mérite de mettre une vérité en perspective: même si la plupart des hommes finissent tôt ou tard par localiser le clitoris, cette partie de l’anatomie féminine reste encore trop souvent ignorée des ébats sexuels.

Rien d’étonnant lorsque l’on lit l’étude nationale sur la sexualité des Suisses (2016). On y découvre que pour l’écrasante majorité des hommes hétéros (92%) et des femmes hétéros (95%), l’acte sexuel par excellence est la pénétration vaginale. La masturbation (par le ou la partenaire) est quant à elle considérée comme un acte sexuel par seulement 45% des hommes, contre 32% des femmes, le cunnilingus par 56 % des femmes et 67% des hommes. C’est à se demander où sont donc classées ses autres pratiques quand elles ne sont pas homologuées comme acte sexuel? Un jeu de touche-pipi, pince-burette? Un tour chez le marchand de glaces?

Toutes clitoridiennes

Quoiqu’il en soit, c’est la pénétration vaginale qui l’emporte. C’est elle qui, dans l’imaginaire collectif, rime d’abord avec faire l’amour, coucher, baiser, faire des galipettes. Le reste semble flou, accessoire, inégalement réparti et valorisé. Et voilà que la sexualité prend des allures de construction sociale où la doxa ne rime pas toujours avec plaisir. Parce que si pour la plupart des hommes, la pénétration vaginale débouche sur la jouissance, les femmes ne sont pas leurs égales sur ce terrain-là. Seule une femme sur cinq atteint l’orgasme ainsi, selon la chroniqueuse Maia Mazaurette – dont je vous recommande en passant, les excellents articles . La majorité de la gent féminine est donc clitoridienne, certains scientifiques nient même carrément l’existence de l’orgasme vaginal.

Eh oui! Ce n’est pas un scoop! Vous l’avez déjà entendu à la radio, lu dans un magazine, entendu de la bouche d’un sexologue à la télé. Avec les 8000 terminaisons nerveuses concentrées dans son gland, le clitoris est une sorte de semi-automatique qui n’attend qu’à se qu’on appuie sur sa gâchette. A titre de comparaison, le gland du pénis ne comporte que 4000 terminaisons nerveuses.

Simuler

Autant dire que faire l’amour sans clitoris c’est un peu comme faire l’amour sans pénis.

Ce n’est pas impossible, mais ça s’annonce compliqué. Très compliqué, au point que 56% des femmes disent avoir déjà simulé au lit. Une statistique que l’on pourrait d’ailleurs facilement faire grimper à près de 100% si l’on avait placé un détecteur de mensonges non loin des femmes sondées… M’enfin.

Toujours est-il que la classique pénétration vaginale peut mal à elle seule, mener à l’orgasme. Et pour tous ceux qui croient que leurs compagnes, femmes, copines, elles, grimpent ainsi à coup sûr aux rideaux, eh bien ils se trompent. Soit elles se finissent toutes seules à la main pendant que vous êtes au petit coin, soit elles y vont elles-mêmes pour achever le travail.

A qui la faute, pourrions-nous nous demander? Aux hommes? Aux femmes? Aux deux? Aux deux. L’année 2017 a suffisamment confronté les genres pour qu’on s’épargner un peu sur ce terrain-là.

Il ne fait aucun doute que les hommes ont parfois un poil dans le pénis et rechignent à devoir s’attaquer à certaines zones pas toujours faciles d’accès, clitoris en tête, quand ils n’y ont pas été correctement initiés. Et puis c’est quand même plus simple une pénétration vaginale… En plus de leur garantir la jouissance, elle les conforte dans leur virilité dont le symbole – le pénis – doit être capable d’apporter à coup sûr orgasme, amour, admiration, enfants, puissance… Je blague… A peine.

Désir

Pour ceux qui pratiquent le missionnaire sans trop s’enquérir d’autre chose que leur propre plaisir, passer à la table de la discussion s’avère donc compliqué. Surtout, si le missionnaire fait sa mission depuis longtemps et que soudainement la femme lui révèle qu’il passe en fait trop souvent à côté du but. Mais pour ce faire, pour que dialogue soit possible, encore faudrait-il que les femmes, elles-mêmes, se mettent en paix avec leur propre désir et plaisir. Qu’elles puissent s’affirmer comme être désirant au même titre que les hommes. Qu’elles imposent en quelque sorte, leur droit à la jouissance. Un droit égal à celui des hommes sans avoir peur qu’on les taxe de fille de petite vertu ou qu’on leur colle une étiquette de «femme à la sexualité compliquée», «frigide» ou que sais-je.

Pour le moment, comme le démontrent les statistiques précitées, nous sommes encore loin d’un tel état de fait. Malgré les mouvements féministes de 2017, l’égalité n’est pas encore à l’ordre du jour sous la couette. Et l’acte sexuel (du moins dans sa définition unanime) n’est pas toujours, pour de nombreuses femmes, synonyme de jouissance. En revanche, le jour où elles décideront massivement de placer en haut de la liste les pratiques impliquant le clitoris et donc l’orgasme dans la représentation que nous avons d’un acte sexuel, là nous auront peut-être fait un pas en avant. A bon entendeur...

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