12 juin 2017

Le congé paternité enfin sur la bonne voie?

Une initiative populaire réclamant 20 jours pour les pères a passé la barre des 120 000 signatures le 3 juin dernier. Pendant que l’idée d’un congé parental n’avance toujours pas au Parlement, le dernier mot reviendra au peuple.

Les mentalités changent, en Suisse aussi: de plus en plus de pères souhaitent s’investir à la naissance de leur enfant. (Photo: iStock)

lls ont réussi: 120 000 paraphes récoltées en un an, soit six mois avant le délai imparti. L’initiative sera déposée cet été à la Chancellerie fédérale. Aux commandes de la campagne, les organisations faîtières Travail.Suisse, männer.ch, Alliance F, Pro Familia Schweiz et 140 autres organisations. Une victoire sur le projet du Parlement, rejeté en avril 2016, dont le texte était pourtant moins ambitieux puisqu’il ne prévoyait que deux semaines de congé. C’est justement après cet énième revers que l’initiative populaire a été lancée en mai de la même année. Pour l’appuyer, un sondage Link commandé en 2015 par Travail.Suisse donne un congé paternité payé à 81% gagnant, en cas de votations.

Les revendications? Que les pères puissent prendre vingt jours, de manière flexible et dans un délai de douze mois, à la naissance de leur enfant. Pour créer des liens privilégiés bien sûr, mais pour aussi être capable d’épauler la mère, souvent seule pendant son congé maternité. Un droit durement gagné, rappelons-le. Inscrit dans la Constitution en 1945, il aura fallu en effet patienter soixante ans et cinq votations pour qu’il soit effectif.

Le congé paternité doit-il également s’attendre à un accouchement long et douloureux? Le Parlement vient de rejeter trois postulats qui réclamaient une analyse des coûts des modèles en discussion. Il semble néanmoins que l’on soit face à un changement de mentalité profond, les «papas nouvelle génération» ayant un vrai besoin de s’impliquer dès le début. Ce fossé entre élus et population se vérifiera-t-il dans les urnes?

«La famille traditionnelle, telle qu’on l’entendait auparavant, n’existe plus»

Jean-Marie Le Goff, maître d’enseignement et de recherche en démographie à l’Université de Lausanne.

L’initiative populaire pour un congé paternité de quatre semaines a récolté plus de 120 000 signatures, six mois avant la fin du délai imparti. Comment expliquez-vous un tel engouement?

Cela fait plusieurs années que l’on en parle, dans les médias notamment. De nombreux articles ont été écrits sur le sujet, sensibilisant ainsi le public. En effet, de plus en plus de pères désirent pouvoir s’investir davantage aux côtés de leur partenaire au moment de la naissance de leur enfant. Mais avec un à deux jours de congé paternité, c’est difficile.

Avec un congé maternité entré en vigueur en 2005 seulement, les Suisses sont-ils prêts à accorder le même droit aux papas?

Cela dépendra de la façon dont la campagne sera menée, des arguments avancés et il faut s’attendre à une levée de boucliers des partis conservateurs. Ce qui est certain, c’est que les Suisses font l’objet d’injonctions normatives relativement contradictoires lorsqu’ils deviennent parents. D’après une récente étude de l’Office fédéral de la statistique (OFS), une majorité de sondés considèrent l’activité professionnelle pour les deux conjoints comme un acquis. Cette même majorité soutient cependant que l’enfant souffre si sa mère travaille.

Certains y voient une ingérence de l’Etat dans la sphère privée. Qu’en pensez-vous?

C’est une vision très conservatrice que de penser que la famille est une affaire privée. Beaucoup de femmes travaillent, tout en ayant des enfants en bas âge. La grande majorité d’entre elles portent donc encore le poids de toute l’organisation du foyer et de la garde. Le manque de crèches se fait d’ailleurs cruellement sentir, l’Etat social suisse donnant très peu en matière de politique familiale. Beaucoup d’aspects institutionnels sont organisés sur le modèle traditionnel de la famille.

Par exemple?

C’est tout simple, mais les horaires d’école sont incompatibles avec deux activités à plein-temps. Il me semble cependant que l’Etat social réfléchit actuellement à développer des infra­structures, car la famille traditionnelle, telle qu’on l’entendait auparavant, n’existe plus. Aujourd’hui, nombreuses sont les femmes qui travaillent et conservent leur emploi une fois maman, en diminuant souvent le pourcentage d’occupation.

Que représentent ces vingt jours pour les pères?

Outre les liens créés avec lui, ces vingt jours permettraient au père d’apprendre à apporter les soins nécessaires au bébé, dès sa naissance. Il pourrait ainsi continuer à s’en occuper une fois son activité professionnelle reprise. Avec un jour de congé paternité, c’est plus difficile. Le papa a moins de temps pour mettre la main à la pâte, et a donc tendance à déléguer ces tâches à la maman, créant ainsi une spécialisation des rôles.

En quoi la vision du rôle de père a-t-elle changé chez les nouvelles générations?

L’image du patriarche comme seul pourvoyeur de ressources en a pris un coup. Les futurs et jeunes papas ont envie de participer aux tâches éducatives. Ils se questionnent toutefois beaucoup sur la définition de leur nouveau rôle au quotidien et sur la façon dont ils peuvent s’impliquer davantage, sans pour autant phagocyter la mère.

Texte © Migros Magazine – Nina Seddik

Auteur: Nina Seddik

Articles liés

Dix conseils pour créer un réseau de qualité

Loraine Gfeller: «Le technicien est le super-horloger qui rend le développement de l’ingénieur industrialisable». Contribution de lecteur

Un métier technique pour l’avenir

Un scaphandrier sous l'eau montrant ses outils

Des métiers périlleux

Entrepreneur à 15 ans, Oleg Gafner a l'impression d'évoluer dans une autre réalité que ses camarades.

Entrepreneurs en herbe