22 août 2018

Le décodage du recyclage

Lætitia Boldini, 22 ans, suit sa seconde année de formation dans un métier encore peu connu: elle est recycleuse. Une profession diversifiée et passionnante, qui permet de travailler à l’air libre et qui offre de nombreux débouchés.

Lætitia Boldini en train de tenir fièrement des canettes d'alu recyclées en cube.
Lætitia Boldini connaît les particularités des matières recyclables sur le bout de ses doigts (photo: Nicolas Brodard).
Temps de lecture 7 minutes

Quand Lætitia Boldini arrive vers nous d’un pas nonchalant, cheveux blonds au vent et toute menue dans sa salopette verte, on demande comment elle a fait pour atterrir dans la gigantesque entreprise Goutte Récupération RG SA, à Sévaz (FR). Mais il suffit qu’elle nous serre fermement la main en nous regardant droit dans les yeux pour saisir qu’elle est là où elle veut et qu’elle y est parfaitement à sa place. Car Lætitia suit sa seconde année de formation dans un métier encore peu connu: elle est recycleuse.

«Quand je dis ce que je fais, tout le monde croit que je travaille dans un bureau, s’amuse-t-elle. Mais ce métier me permet au contraire d’être dehors et de vivre chaque jour quelque chose de différent. De la force? Oui, il en faut quand même, car on doit parfois soulever des choses lourdes, mais ça va, on a les machines pour nous aider.»

Déjà en possession d’un CFC de jockey – «Je travaillais à Avenches (VD), mais je voulais avoir congé les week-ends, des horaires normaux, mieux gagner ma vie et surtout, voir autre chose» –, la jeune femme a eu un coup de cœur pour le recyclage en venant amener régulièrement du matériel chez Goutte Récupération RG SA: «Je travaillais au magasin de seconde main Coup d’pouce, à Estavayer-le-Lac (FR) et,

Un jour, j’ai demandé si je pouvais venir faire un apprentissage ici. J’ai été prise et, depuis, j’adore mon quotidien!

Lætitia Boldini

Entre gestion des clients et tri des matériaux Seule fille de l’équipe et âgée de 22 ans, elle a dû apprendre à se faire respecter de ses collègues en montrant qu’elle ne rechignait pas à la tâche et aussi des clients en prouvant qu’elle maîtrisait toutes les facettes du recyclage.

«Elle sait très bien gérer son affaire, confirme son patron, le directeur Bernard Grandgirard. Les clients arrivent avec de nombreuses matières différentes, certains en espérant en tirer un peu d’argent, les autres pour se débarrasser de ce qui les encombre. Il y a donc une partie de contrôle, mais aussi une partie commerciale à mener à bien, et Laetitia maîtrise parfaitement ces deux aspects.»

Un savoir pointu sur les matières

Mais être recycleuse, c’est aussi connaître sur le bout du doigt les différents composants des objets pour pouvoir effectuer un tri aussi rapide qu’efficace. «De manière générale, on récupère tout ce qui vient des ménages, des industries et des communes, souligne le directeur. Certaines matières peuvent être recyclées à cent pour cent ad aeternam, comme la ferraille et les métaux, ou aussi le verre, transformable à l’infini et traité à Saint-Prex, dans la seule et unique verrerie industrielle de Suisse.»

Ce qui m’a le plus surprise au départ, c’est qu’il existe autant de sortes de métaux différents,

Lætitia Boldini

remarque pour sa part la jeune femme. Je connaissais la ferraille et le cuivre, mais il y a sept grandes catégories de métaux, sans compter une quantité presque infinie d’alliages.»

Une étape importante est la séparation des matériaux, comme pour cette robinetterie composée de pièces en plastique et en métal (photo: Nicolas Brodard).

Pour illustrer ses dires, elle nous entraîne dans l’espace de stockage de ces derniers. Sur une longue table, une montagne d’objets tels que robinets, ustensiles, tuyaux métalliques, pièces de différentes sortes en laiton et en bronze, mais aussi tout un lot de pièces de robinetterie flambant neuves encore emballées attend d’être triée à la main: «Avec l’habitude, on finit par tous bien les connaître, souligne Lætitia Boldini en dévissant un robinet et en attrapant au vol le ressort qui en surgit. Dans ce robinet, on va enlever les tuyaux d’alimentation, qui sont ferreux. La poignée est en zinc et il y a du plastique à l’intérieur.

Il est essentiel d’être efficace et rapide dans le tri, on ne peut pas se permettre de passer quinze minutes sur chaque objet.

Lætitia Boldini

Juste à côté, une douzaine de containers accueillent des métaux divers: tournures de cuivre, chutes d’étampage, cheveux d’ange en laiton, pots et channes en étain, «un métal qu’on reconnaît au son qu’il fait et au fait qu’il est relativement mou», plombs d’équilibrage pour les voitures, et même un amoncellement de douilles de laiton provenant de stands de tir: «On doit les contrôler, car certaines contiennent du fer, et il faut vérifier qu’elles ne sont plus chargées.»

La passion des machines et des véhicules

Un bruit fracassant attire notre attention: une gigantesque grue est en train d’écraser une voiture. «On perce le réservoir au préalable pour vérifier qu’il n’y a plus d’essence à l’intérieur, on enlève les pneus, la batterie, les liquides, le catalyseur, puis on la compacte, explique Lætitia Boldini. Les carcasses aplaties sont ensuite chargées dans des wagons. Nous avons une connexion au rail privée, qui permet de transporter immédiatement les matériaux de notre entreprise aux différents centres de traitement ou aciéries. Car le recyclage est fortement dépendant du stockage et du transport.»

Nouveau fracas de métal, qui nous fait sursauter mais laisse de marbre la jeune recycleuse: «On s’habitue très vite au bruit, explique-t-elle alors que, juste à côté d’elle, une autre grue ramasse et lance des pièces d’aluminium dans un immense broyeur. Et, levant un regard enchanté sur cette dernière: «Moi, mon péché mignon, c’est les machines et les véhicules!

J’adore conduire les élévateurs et j’aimerais passer mon permis de poids lourds et de machiniste pour conduire les grues.

Lætitia Boldini

Comme le fait remarquer le directeur de Goutte Récupération SA, «la formation de recycleur et recycleuse date du début des années 2000. C’est un métier en constante évolution, qui offre de nombreuses formations complémentaires et beaucoup de débouchés. On peut ensuite travailler au service des communes ou de nombreuses entreprises, car celles-ci sont à la recherche de personnes qui connaissent bien les matières et les filières. Les possibilités d’emploi sont donc énormes. C’est pourquoi nous essayons de rendre la profession plus visible, notamment en participant au projet Lift en collaboration avec le cycle d’orientation de la Broye (FR). On offre aux jeunes des deux derniers cycles secondaires la possibilité de faire un stage de deux-trois mois, harmonisé avec le cursus scolaire. Nous proposons des places d’apprentissage en fonction de nos possibilités. Actuellement, nous avons deux apprentis pour vingt collaborateurs, administration comprise.»

Alexandre Sansonnens, maître d’apprentissage de Lætitia, a également commencé comme apprenti au sein de l’entreprise (photo: Nicolas Brodard).

Alexandre Sansonnens, un ancien apprenti, est devenu le maître d’apprentissage de Lætitia. Il arrive juché sur le tout nouveau «bijou» de l’entreprise: «C’est un élévateur de cinq tonnes, cent pour cent électrique, explique son élève. Il a l’avantage à la fois de faire peu de bruit et de ne pas polluer. Mais pour les autres machines, nous avons aussi notre propre station d’essence!»

Déchetteries régionale et mobile

Nous nous rendons dans un espace construit en début d’année, à gauche de l’entrée: la déchetterie régionale, destinée à cinq communes et près de quatorze mille habitants. Ouverte plus de cinquante heures par semaine, elle offre la possibilité de trier plus de quarante matières différentes. «La plupart des matières laissées ici sont gratuites. Celles qui sont payantes doivent être pesées selon le principe de la taxe au poids», explique Lætitia Boldini.

Si elle n’est pour sa part que rarement active à la déchetterie régionale, la jeune recycleuse se charge en revanche fréquemment de la camionnette de déchetterie mobile: «Le samedi, je vais régulièrement à Murist (FR), un des villages les plus éloignés de la région. Les gens sont toujours contents de me voir arriver, car c’est compliqué pour eux de venir jusqu’à Sévaz.»

Tout en discutant, on jette un coup d’œil curieux aux différents amoncellements d’objets: ici, du bois – traité d’un côté, non traité de l’autre. Là, des capsules de café. Plus loin, des végétaux dans des grandes brouettes. Puis des meubles: «Ces canapés bruns sont en parfait état, s’insurge la jeune femme.

C’est triste, cette surconsommation qui pousse les gens à jeter plutôt qu’à proposer ces objets en seconde main.

Lætitia Boldini

On trouve des habits avec leurs étiquettes de prix et quantité d’aliments jetés alors qu’ils ne sont pas périmés! Il arrive de temps en temps que nous récupérions pour notre propre usage un objet ou un appareil encore en bon état. Moi, la dernière fois, c’était une stéréo…»

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