20 juillet 2017

Le faiseur de rêves à vélo

Depuis trois ans, Gerry Oulevay est Barbapapi et sillonne festivals et fêtes en tout genre avec sa drôle de bicyclette convertie en machine à barbes à papa ou en sorbetière. Et devinez quoi? C’est gratuit! A condition de pédaler.

Barbapapi entouré d'enfants, dont une fillette qui actionne son vélo à barbapapa
Une barbapapa à la clé, les enfants prenent un grand plaisir à pédaler un peu avant de réclamer leur dû...
Temps de lecture 4 minutes

Peut-être l’avez-vous croisé au détour d’une manifestation ou d’un festival avec son chapeau melon, son gilet et sa barbe. Ce qui est sûr, c’est qu’avant de vous approcher de sa silhouette en noir et blanc tout droit sortie d’un film muet, vous avez d’abord vu la file d’enfants. Des dizaines à attendre sagement leur tour pour enfin pédaler sur le vélo de Barbapapi et faire surgir comme par magie des barbes à papa à la force du mollet.

Un rêve de gosse rendu possible grâce à un drôle de mécanisme installé à l’arrière qui ravit petits et grands depuis que Gerry Oulevay a lancé il y a trois ans sa machine à nuages sucrés offerts contre quelques coups de pédales pour faire plaisir à la fille de sa compagne. «Elle me demandait tout le temps de lui acheter des barbes à papa et je lui répondais: «Trop cher, trop sucré.»

Un vieux vélo pliable et beaucoup de suite dans les idées plus tard, Barbapapi était né. «Son nom vient du fait que les barbes à papa qui en sortent sont blanches comme celle de papy.

Et le but était de ne pas les faire trop grandes et que les enfants se rendent compte de l’énergie qu’il faut pour les fabriquer.

Un inventeur fou? Plutôt un «artiste-artisan» adepte du système D façon Mac Gyver. Dans son minuscule atelier installé dans l’espace Roseville 44 à l’entrée de Vevey, on trouve pêle-mêle de vieux vélos pliables pendus au plafond, une horloge, une buse empaillée, un tableau lumineux représentant la déesse Shiva, qui clignote et diffuse une musique indienne lorsqu’on l’allume.

L’Inde justement. C’est là, dans un orphelinat de Bombay, qu’est né Gerry Oulevay il y a trente-quatre ans avant d’être adopté à 8 mois par un couple de Vaudois résidant à Chexbres. En 2007, dix ans après un premier voyage en compagnie de sa mère adoptive, Gerry est parti à la rencontre de ses racines à vélo lors d’un périple qui dura trois ans et demi alors qu’il était prévu pour six mois.

Un voyage épique, au bout de lui-même, qui l’a mené à travers l’Iran, le Pakistan, puis en Inde, à Bombay, dans son orphelinat où il travailla quelques semaines et au Kerala, au sud du pays, dont on lui a dit qu’il était probablement originaire. «J’avais besoin de me confronter aux gens, de voir si je ressemblais à mes origines. Au Kerala, je me suis senti comme à la maison, j’avais trouvé ma place.»

Le vélo s’est imposé comme une évidence. «C’est le meilleur moyen de se retrouver face aux gens et de voir les paysages. Mon voyage m’a aussi appris que les enfants sont souvent le premier contact lorsqu’on arrive en terre inconnue.» C’est aussi en Inde que ce bricoleur-né tombe sur le vélo «milk-shake». Une inspiration? Peut-être.

De retour en Suisse, le voyageur cherche sa voie. Les six ans passés à la vallée de Joux pour apprendre le métier de technicien ES en micromécanique puis l’année chez un luthier du Brassus avant de partir pour l’Inde ne lui suffisent pas. Il cherche, encore et encore.

J’ai toujours été un peu farfelu, en marge.

Petit, j’étais une tête brûlée, je me chamaillais beaucoup avec les autres.» L’apaisement viendra de la terre, suite à sa rencontre avec un paysan vaudois. «Il m’a parlé de sa spiritualité, de l’importance d’être bien là où on est.»

Faire marcher son imagination

Gerry sera donc «artiste-artisan», une passion pour l’heure dont il espère bien vivre un jour. Depuis son retour, il passe aussi dans les écoles raconter son histoire, participe à des conférences sur les voyages à vélo. Surtout, il donne libre cours à sa créativité. A côté du vélo de Barbapapi, Gerry a créé le «Magnesium photographer». Il se balade en gilet et haut-de-forme avec sa chambre obscure mobile de 40 kilos où un jeu de lentilles couplées à un mécanisme a été placé devant un capteur numérique fait maison puis relié à un système d’impression.

Les photos prises dans un éclair sortent numérisées comme par magie. La semaine passée, il était au Paléo festival avec son «Sorbélo», sa dernière création imaginée tout spécialement pour l’occasion: un vélo rehaussé d’une sorbetière à l’arrière sur lequel petits et grands ont pédalé à l’envi pour se faire une glace. Mais déjà une autre machine, le «Cyclotron» qui permettra aux petits de s’essayer à la coupe du bois en pédalant, est en préparation pour la prochaine édition du festival du Lombric les 4 et 5 août 2017 ainsi qu’un vélo à bulles pour l’hiver. Toujours avec trois bouts de ficelle, car «c’est comme ça qu’on fait marcher son imagination». Sûr que Gerry Oulevay n’est pas près d’être à court d’idées.

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