2 avril 2012

Le mobbing existe aussi à l’école

Brimades, railleries, insultes: lorsqu’un enfant subit régulièrement les piques de ses camarades de classe, on parle de harcèlement scolaire. Un phénomène aux conséquences parfois terribles... Analyse et témoignages.

Une filette triste dans un coin
Le mobbing laisse parfois des traces terribles chez les victimes. (Photo: Keystone/Image source)
Temps de lecture 8 minutes

En avril 2011, le corps sans vie de Markus, un petit Uranais de 11 ans, était retrouvé au bas d’une falaise, non loin du lac des Quatre-Cantons. Suicide? Vraisemblablement. Depuis deux semaines, il ne se rendait plus en classe, las de subir les incessantes moqueries de ses camarades... Car le mobbing n’est pas l’apanage des adultes: à l’école aussi, on peut être victime de harcèlement. Et si l’issue est rarement fatale, c’est avec la peur au ventre que certains enfants quittent chaque matin l’univers sécurisant du cocon familial. Sachant à l’avance qu’ils seront systématiquement raillés, exclus, frappés, menacés, ignorés, une fois qu’ils se retrouveront dans la salle de classe ou la cour de récré.

Si le phénomène reste difficilement chiffrable, des indices glanés çà et là dans notre pays montrent que la question occupe largement les esprits. Le mois prochain, un colloque international réunissant psychologues, sociologues, juristes et pédagogues se tiendra autour de ce thème dans les locaux de l’Institut universitaire Kurt Bösch à Sion.

Des ateliers de sensibilisation pour enseignants et parents

Dans la région de Romont (FR), en 2009-2010, des parents inquiets ont mené leur propre enquête, aidés par des étudiants en psychologie de l’Université de Fribourg, sur le climat tendu qui régnait dans les écoles. Quant à la fondation Santé bernoise, voilà près de quatre ans qu’elle met à la disposition des enseignants des outils pédagogiques – dont des formations – leur permettant de prévenir, détecter et gérer au mieux ce genre de situations. Des ateliers de sensibilisation et des cours sont également proposés aux parents.

Zoe Moody, professeur à la Haute Ecole pédagogique du Valais : "L'attention que l'on porte à ce problème est relativement récente." (Photo: LDD)
Zoe Moody, professeur à la Haute Ecole pédagogique du Valais : "L'attention que l'on porte à ce problème est relativement récente." (Photo: LDD)

«L’attention que l’on porte à ce problème est relativement récente, reconnaît Zoe Moody, professeure à la Haute Ecole pédagogique du Valais (HEP-VS), qui prendra part au colloque de Sion. Mais le phénomène n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans la réalité scolaire, est inhérent au processus de socialisation. Cela dit, on se rend compte de plus en plus que lorsque les offensives se répètent, elles peuvent être fortement préjudiciables pour la victime.» Car c’est bien la récurrence, la fréquence et la durée prolongée des attaques qui nous fait parler de harcèlement, un acte isolé ne pouvant être considéré comme tel.

Un phénomène néfaste pour la construction de l’identité

Résultats scolaires en chute libre, baisse de l’estime de soi, anxiété, humeur dépressive et, nous l’avons vu, suicide dans les cas extrêmes: autant de répercussions qui guettent les enfants harcelés, souligne encore Zoe Moody. Pour Nicole Perrenoud Treyvaud, pédagogue curative et conseillère spécialisée pour la prévention à la fondation Santé bernoise, il est donc nécessaire d’agir le plus tôt possible, «afin d’éviter les dommages trop importants sur la construction de l’identité de la victime».

Stephan Oetiker, 
directeur de Pro Juventute: "Nous recevons chaque jour des appels d'enfants mobbés." (Photo: LDD)
Stephan Oetiker, 
directeur de Pro Juventute: "Nous recevons chaque jour des appels d'enfants mobbés." (Photo: LDD)

Pour pouvoir intervenir, encore faut-il que les adultes soient mis au courant. Bien souvent en effet, ce n’est qu’au bout de plusieurs mois, voire des années, que les parents apprennent le calvaire vécu par leurs enfants. Ces derniers hésitent à en parler, craignant, «en brisant la confidentialité, d’être encore davantage mis à l’écart», explique Nicole Perrenoud Treyvaud. Et Stephan Oetiker, directeur de Pro Juventute, de renchérir: «Nous recevons chaque jour, sur notre ligne d’aide 147, plusieurs appels d’enfants mobbés. Il est très difficile pour eux de chercher de l’aide dans leur environnement direct. Ils ont peur de voir leur secret éventé.»

Face à ce silence, de quels indices disposent dès lors les parents et les enseignants pour déterminer si les petits sont victimes ou non de mobbing? «On assiste par exemple à une baisse de la motivation et des résultats scolaires, répond Nicole Perrenoud Treyvaud. L’enfant montre des signes de nervosité, rechigne à aller à l’école, souffre de troubles du sommeil.» Elle relève également les éventuels indices de violence physique, comme des bleus ou des cicatrices. Car le harcèlement peut prendre différents visages. Les fiches d’information publiées par Santé bernoise distinguent les formes directes – les coups, les moqueries, les insultes, les menaces – de variantes plus subtiles comme l’exclusion systématique des groupes, le fait d’ignorer sciemment un enfant et de répandre des fausses rumeurs à son égard. A noter que l’apparition d’internet a donné naissance à une nouvelle forme de mobbing, via les réseaux sociaux, encore plus insidieuse. «Il n’existe plus aucune distinction entre l’école et la maison, déplore Zoe Moody. La victime n’a plus la possibilité de se ressourcer, elle est en position de faiblesse même dans sa chambre, elle fait face aux rumeurs 24 heures sur 24.»

Différents plans d’action

Nicole Perrenoud Treyvaud, spécialiste de la prévention, Santé bernoise: "Il est important d'agir le plus tôt possible." (Photo: LDD)
Nicole Perrenoud Treyvaud, spécialiste de la prévention, Santé bernoise: "Il est important d'agir le plus tôt possible." (Photo: LDD)

Pour protéger les victimes de harcèlement scolaire – «Souvent des enfants discrets, assez timides, peu sûrs d’eux, peut-être moins sportifs que les autres», détaille Nicole Perrenoud Treyvaud – différents plans d’action ont été envisagés par Santé bernoise: un travail en amont pour améliorer le climat général d’une classe, l’organisation de journées thématiques pour sensibiliser parents, enfants et enseignants et, dans les cas déjà déclarés, la mise sur pied de médiations. «L’important étant une bonne communication entre les adultes et que l’enfant se sente écouté afin qu’il ose demander de l’aide.»

A noter enfin que les victimes ne sont pas les seules à souffrir de la situation: «Bien souvent, les harceleurs utilisent cette forme d’expression pour éviter de devenir eux-mêmes la cible, relève Nicole Perrenoud Treyvaud. Ils rencontrent parfois des difficultés scolaires ou familiales, ils manquent de cadre. Ils auront eux aussi besoin d’être suivis.»

Sur le Net: www.santebernoise.ch et www.iukb.ch

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