9 mai 2018

Le printemps renaît à l’Arboretum

Alors que la nature se pare de jaune, de rose et de blanc, le vaste jardin botanique du vallon de l’Aubonne (VD) accueille les visiteurs pour sa cinquante et unième saison. L’occasion de déambuler parmi ses magnolias et cerisiers florissants.

Des magnolias en fleurs à l'l'Arboretum du vallon de l'Aubonne
Même si l'Arboretum est intéressant à toute saison, le printemps se prête particulièrement à une visite (photo: Yannic Bartolozzi).

«Vous sentez ce parfum sucré? C’est le chèvrefeuille», glisse Pascal Sigg, directeur de l’Arboretum. «Sa floraison était l’une des premières de l’année», poursuit-il, pointant une fleur blanc crème et son abeille butineuse. Le printemps semble régner à nouveau dans les collines vert tendre du vallon de l’Aubonne.

Depuis avril, les premiers visiteurs foulent les prairies de ce vaste jardin botanique. Véritable laboratoire d’expérimentation botanique et «catalogue géant», ce site unique en Suisse abrite 3500 espèces et variétés ligneuses du monde entier.

Nous avons l’ambition de devenir un pôle de compétences pour les écoles, les apprentis et les étudiants,

Pascal Sigg

explique le conservateur, rappelant qu’il s’agit aussi d’un lieu de plaisance où de nombreux curieux viennent se ressourcer.

Pour visiter ses 120 hectares de prairies et de forêts, pas moins de dix balades et 30 km de sentiers balisés sont proposés. Nous empruntons le Sentier de Plan qui s’étend sur 2,5 km, «idéal pour observer les arbres en fleurs», assure Pascal Sigg, qui connaît le parc comme sa poche.

➜ À lire aussi: «L'homme qui parlait aux arbres», un portrait de Pascal Sigg dressé lorsqu'il a pris la direction de l'Arboretum.

Arbre cinquantenaire

Nous partons de la buvette, d’où culmine un majestueux séquoia géant, typique de la sierra californienne. Premier arbre historique du parc, il a depuis le 6 mai un petit frère, planté à l’occasion de la commémoration de son cinquantième anniversaire. «L’Arboretum a été créé à la fin des années 1960 par des passionnés. Aujourd’hui, il est visité chaque année par 50 000 personnes et entretenu et animé avec l’aide de 150 bénévoles», explique le directeur nommé en 2013.

Quinze ans plus tôt, il faisait ses premiers pas dans ce jardin comme civiliste. Évoluant parmi charmes et lilas, nous délaissons volontiers les sentiers pour observer les bourgeons, nous imprégner de délicieux parfums et lire les panneaux didactiques parfois plantés hors des chemins.

Ici, on peut marcher partout, se coucher dans l’herbe et même cueillir des champignons. L’important est de respecter les lieux.

Pascal Sigg

Magnolias en robe blanche

Il ne nous aura fallu qu’une vingtaine de minutes pour atteindre la collection de magnolias et leur avalanche de fleurs blanches destinées à attirer les insectes et assurer la pollinisation. Une parure luxuriante, mais vulnérable: «Il suffit d’un coup de froid pour que tout brunisse et tombe. Nous verrons ce que les prochaines semaines nous réservent», poursuit-il.

Pascal Sigg admire les fleurs du Magnolia étoilé, dont le joli dégradé rose peut varier d'année en année (photo: Yannic Bartolozzi).

Acquise au début des années 1990, cette collection, «l’une des plus grandes du Nord des Alpes», fait aujourd’hui la fierté de l’Arboretum. Plantés en même temps en un même endroit de façon à pouvoir être comparés, ces arbres présentent un rythme de développement, une taille, et des couleurs différents. «Nous avons ici un magnolia ‹à grandes fleurs› qui fleurit plutôt en été et dont les feuilles sont persistantes. Il est courant chez nous dans les endroits abrités ainsi qu’au Tessin. Par la suite, il donnera des fruits semblables à des pives.»

Disparu d’Europe lors de la dernière glaciation, le magnolia est de nos jours planté dans les parcs et jardins. «Comparé à certaines régions comme l’est de l’Amérique du Nord et la Chine,

notre continent est relativement pauvre en biodiversité en ce qui concerne les essences ligneuses.

Pascal Sigg

Cette situation provient de la ‹remise à zéro› de la végétation due aux périodes de glaciation successives.»

La collection grandit

Avec 80 000 espèces réparties dans le monde, dont 150 en Suisse, sans compter les nombreuses variétés issues de la main de l’homme, la catégorie des arbres et arbustes constitue un vaste répertoire botanique. Prenant le parti de choisir des essences adaptées au climat suisse, Pascal Sigg choisit chaque année une centaine de nouveaux individus. «Demain, nous plantons vingt styrax. Ces arbres fréquents en Extrême-Orient sont très utilisés en pharmacie.»

Parvenus au bord d’un étang, nous nous arrêtons quelque peu. Une pause bienvenue avant de gravir une douce colline, de laquelle on aperçoit le lac Léman et le château d’Aubonne. Ici, d’intrigantes sculptures attirent notre attention: il s’agit d’une exposition en plein air thématisant l’arbo­rescence. «La majorité des œuvres sont créées par des artistes romands, comme celle-ci, de Danièle Carrel, une artiste peintre neuchâteloise.»

L’Arboretum compte de nombreux étangs servant à arroser les plantes lors de périodes sèches. Ici, celui qui borde le Sentier de Plan (photo: Yannic Bartolozzi).

Promenons-nous dans les bois…

Après avoir admiré une collection de chênes, un arbre existant dans le monde entier sous diverses espèces et dont le bois très dur et résistant à l’eau est omniprésent dans les parquets, escaliers et barriques, nous entrons dans le Bois Capetan. Ici, nous découvrons le premier débourrement d’un hêtre. Celui-ci reverdit depuis le bas. «Les feuilles proches du sol naissent toujours en premier, car elles bénéficient de la chaleur du sol.»

Au printemps, les chatons de saule font exploser leurs étamines pour libérer leur pollen (photo: Yannic Bartolozzi).

… pendant que le lynx n’y est pas

Sangliers, chevreuils, fouine, belette, martre, renard… et même chamois! Avec ses 80 hectares de forêt où la chasse est strictement interdite, ce site est une véritable réserve de faune. «Nous n’avons encore jamais vu le lynx, mais il doit sûrement passer par là», confie Pascal Sigg. Quant aux castors, «un couple et leurs petits sont devenus de véritables emblèmes du parc par leur activité intense autour du lac», explique-t-il, passant à côté d’une clique de geais.

Nichoirs haut perchés

Intrigués par des chants d’oiseaux, nous apercevons une mésange sur une branche environnante. «Une soixantaine d’espèces différentes d’oiseaux nichent dans le vallon. Il y a deux semaines, nous avons vu pour la première fois le retour d’une huppe, qui est classée prioritaire selon le Programme de conservation des oiseaux de Suisse.

Un constat réjouissant, car ces volatiles n’ont pas toujours été aussi présents en ces lieux: «En Suisse, les arbres de nos forêts sont en bonne santé,

il y a peu de branches mortes et de cavités naturelles. Or, certains oiseaux en ont besoin pour nicher.

Pascal Sigg

Grâce aux dons d’une fondation, un vaste projet de promotion de l’avifaune vient de se terminer au sein du parc et 250 nichoirs ont été posés sur l’ensemble du site: «Certains sont installés très haut pour les besoins spécifiques à certaines espèces, tel le pigeon ramier.»

Après avoir passé à travers champs pour admirer les cerisiers en fleurs japonais et américains, nous terminons notre tour du monde. La promenade se clôture par un verre de jus de pomme bien mérité, concocté à partir de fruits de variétés anciennes.

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