10 mars 2014

Régime 5:2: cinq jours tu mangeras, deux jours tu jeûneras

Arrivé tout droit de Grande-Bretagne où il cartonne, le régime 5:2 ou «fast diet» marie périodes de restrictions et de plaisirs. Il est présenté par ses adeptes comme la nouvelle panacée. Vraiment? Le point avec une diététicienne.

Le régime 5:2 ou fast diet
Le régime 5:2 ou «fast diet» alterne périodes de restrictions et de plaisirs.

Cinq jours tu mangeras, deux jours tu jeûneras. Ce pourrait être le premier commandement d’une nouvelle religion tant ses adeptes présentent ce régime comme le miracle que tout le monde attendait. Son nom: le «fast diet» ou «régime 5:2».

Apparue en Grande-Bretagne, cette diète basée sur le jeûne intermittent cartonne outre-Manche et déferle aujourd’hui dans les pays francophones.

Il faut dire que le programme est alléchant: «Je mange, je jeûne, je maigris, la santé en plus!» indique le dos de la couverture du Régime fast, le best-seller du médecin Michael Mosley, coécrit avec la journaliste Mimi Spencer et désormais traduit en français.

Manger à sa faim tout en perdant du poids grâce à deux petits jours de jeûne par semaine: qui n’en a pas rêvé? Le point sur cette nouvelle diète.

Régime 5:2 illustration.
Le régime 5:2 recommande 500 calories quotidiennes pour les femmes et 600 pour les hommes.

Comment ça marche

On alterne cinq jours où l’on mange normalement avec deux jours où l’on réduit drastiquement son apport calorique: 500 calories quotidiennes pour les femmes et 600 pour les hommes. Ces jours dits de «jeûne» ne doivent pas être consécutifs et il est recommandé d’absorber les calories en deux repas, au petit-déjeuner et lors du repas de soir. Il est toutefois possible de «grignoter» un légume ou un fruit dans la journée pour autant que l’on ne dépasse pas son quota de calories.

Que doit-on manger?

Lors des périodes de jeûne, des aliments riches en protéines et à faible index glycémique, c’est-à-dire pauvres en glucides, tels que le lait de vache écrémé, les flocons d’avoine, les œufs ainsi que les légumes verts. La recette selon ses adeptes pour pouvoir tenir et ne pas souffrir de la faim lors de ces périodes de restriction alimentaire. Le reste du temps, ce que l’on veut.

N’importe qui peut-il jeûner?

Non. Les enfants, femmes enceintes et personnes atteintes de maladies, diabète ou troubles alimentaires ne doivent pas se lancer dans ce type de diète.

Ce régime permet de faire croire à l'orgasime qu'il est dans une situation de famine potentielle.

Quel effet sur l’organisme?

Selon Michael Mosley, le jeûne intermittent permet de «berner» l’organisme en lui faisant croire qu’il est dans une situation de famine potentielle et qu’il doit ainsi passer du mode «plein régime» à celui «d’entretien des fonctions».

Conséquence: une perte de poids et une diminution du risque de souffrir un jour de diabète, de certains cancers et de maladies cardiovasculaires, assure l’auteur.

Surtout, notre attitude face à la nourriture va changer, poursuit-il: «Le jeûne intermittent vous encourage à revoir votre alimentation. Car, avec le temps, vous découvrirez peut-être que vous souffriez d’une «distorsion des portions» et forciez «un peu la note». Résultat, vous réduirez naturellement vos portions et «ne viendrez plus à bout d’un grand paquet de chips!»

A quelle vitesse perd-on du poids?

Bien qu’il soit aussi baptisé «le régime fast», le régime 5:2 n’induit pas de perte de poids spectaculaire en un temps record. C’est plutôt le contraire. On table sur environ un demi-kilo par semaine et environ 4,5 kilos en dix semaines, soit un peu moins de 2 kilos par mois.

«Se retrouver en sous-alimentation ne fera que de créer de la frustration»

Véronique Di Vetta, diététicienne à la consultation d’obésité et des troubles du comportement alimentaire du CHUV.
Véronique Di Vetta, diététicienne à la consultation d’obésité et des troubles du comportement alimentaire du CHUV.

Véronique Di Vetta, diététicienne à la consultation d’obésité et des troubles du comportement alimentaire du CHUV.

Que pensez-vous de ce type de régime basé sur le jeûne intermittent? Est-ce un régime de plus ou un régime miracle?

Pour moi, il s’agit d’un régime de plus. Même s’il a permis dans certaines études de montrer à court terme que l’impact sur le poids était identique à celui qui pouvait être obtenu avec des régimes en continu, ces études n’ont été réalisées que sur une courte durée. Comme l’ensemble des régimes, il permet en effet d’obtenir une perte pondérale mais la reprise est généralement la constante. Ce régime s’apparente donc à n’importe quel type de diète, avec les dangers qu’on leur connaît, comme celui de reprendre tout le poids perdu une fois que l’on a arrêté. De plus, il joue sur les extrêmes, sur le tout ou rien, sans juste milieu.

Pourtant, à en croire les auteurs, jeûner amène un autre état d’esprit face à son alimentation.

Oui, ce type de pratique peut être une bonne démarche si elle intervient dans une réflexion plus globale sur son corps et son alimentation. Mais ce qui me gêne dans ce régime, c’est qu’il n’offre pas de réelle réflexion, que ce soit en quantité ou en qualité, lors des cinq autres jours sans jeûne. C’est pourtant là que le risque de consommation excessive est le plus important.

Jeûner permet tout de même de perdre du poids, non?

Sur le court terme peut-être, mais certainement pas sur le long terme. On ne peut pas jeûner toute sa vie, et sans une vraie réflexion et un réel changement dans sa manière de s’alimenter, cela ne servira à rien. Se retrouver en sous-alimentation ne fera que créer de la frustration et cette dernière va inciter à des comportements extrêmes, surtout dans le contexte d’opulence qui est le nôtre.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Illustration: Corina Vögele

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